The Lunchbox : Femme curry, à moitié dans ton lit

29/11/13 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags :

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Ila, une jeune femme délaissée par son mari, se met en quatre pour tenter de le reconquérir en lui préparant un savoureux déjeuner. Elle confie ensuite sa lunchbox au gigantesque service de livraison qui dessert toutes les entreprises de Bombay. Le soir, Ila attend de son mari des compliments qui ne viennent pas. En réalité, la lunchbox a été remise accidentellement à Saajan, un homme solitaire, proche de la retraite. Comprenant qu’une erreur de livraison s’est produite, Ila glisse alors dans la lunchbox un petit mot, dans l’espoir de percer le mystère. Saajan lui répond. Une relation épistolaire s’installe.

A côté des habituels Bollywood dont l’Inde nous repaît – jusqu’à nous donner l’impression qu’elle ne sait faire que ça – The Lunchbox est un court-métrage : 1h42 seulement, sans sari clinquant et sans numéros de danse rose fluo. C’est reposant. Mieux encore: c’est réussi. Sur une trame aussi fine et niaise qu’une actrice de High School Musical, le défi était essentiellement d’éviter les écueils traditionnels de la comédie romantique. Encore que : The Lunchbox n’en est pas vraiment une.

Vu dans Life of Pi (il joue le “vieux” Pi), l’excellent Irfan Khan veut encore nous faire croire qu’il est un croulant parmi tant d’autres. Un senior, amoureux à distance d’une femme deux fois plus jeune. Sans être le grabataire qu’on veut nous vendre, Khaan parvient quand même à tout nous faire gober, y compris sa résignation lasse quand un adolescent lui cède sa place dans le métro. Dans le film, Saajan n’est pas qu’un corps. Il est surtout une voix: le recours à la lecture en voix-off, et par leurs propres auteurs, des missives échangées, était peu ou prou inévitable – surtout pour ceux qui ne lisent ni l’anglais ni le hindi. Si bien qu’on se familiarise vite avec le couple presque formé, auquel il ne reste plus que la rencontre au delà des mots, pour que le film se termine (bien). On n’en dira pas plus, évidemment. Sinon qu’entre la poire et le fromage – entre le naan et le poulet tandoori, plutôt – les liens de papier sont de plus en plus indéfectibles.

lunchboxA Hollywood, on en aurait sans doute fait une énième Meg-Ryanerie sirupeuse et indigeste comme un burger. Ritesh Batra, lui, joue tout en finesse les deux partitions, usant de l’humour, sans ajout de matière grasse, pour désamorcer les déceptions des uns et des autres, et autour de ces deux héros pleins d’espoir, fait graviter deux personnages formidables : l’omniprésent Shaikh, le stagiaire pot de colle qu’on a envie tour à tour de claquer puis de serrer bien fort. Et l’omniabsente Aunti, truculente voisine du dessus, qu’on ne voit jamais mais qui converse avec l’héroïne depuis son balcon, échangeant avec elle des condiments qui circulent d’un appartement à l’autre grâce à un panier attaché à une ficelle. On y voit là la parfaite illustration de ce que le film veut nous raconter : l’impossible communicabilité d’un groupe d’êtres qui sous couvert d’une histoire d’amour peu banale, ont autre chose à personnifier. Ila et Aunti se parlent sans cesse, mais ne se voient jamais ; Ila et Saajan s’écrivent, mais ne se rencontrent (peut-être) pas ; Ila et son mari se voient tous les jours, mais ils ne se parlent plus. Reste Saajan et le stagiaire orphelin, qui d’une relation professionnelle peu chaleureuse, arrivent finalement à se voir, se parler, s’apprécier et jouer chacun un rôle essentiel dans la vie de l’autre. Le binôme le plus passionnant du film est donc celui-là : The Lunchbox, histoire d’amour culinaire, est aussi une histoire d’amitié touchante entre deux hommes que rien n’opposait vraiment. Ça pour une surprise…

The Lunchbox, de Ritesh Batra, sortie le 11 décembre 2013.

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