The Prodigies : interview du réalisateur

02/06/11 par  |  publié dans : Cinéastes, Cinéma | Tags :

Avec ses petites lunettes, ses cheveux en moins et son humour de geek porté sur l’auto-dérision, Antoine apparaît d’emblée comme un type éminemment sympathique. Mieux : un fois lancé en interview, il se montre envers les journalistes aussi généreux et sincère que son The Prodigies l’est pour son public, et communique avec vigueur son bonheur d’avoir fait un premier film. Une chose est sûre : Antoine est promis à un brillant avenir, que ce soit en Europe ou à Hollywood – qui ne manquera pas de lui faire les yeux doux.

Pour un film d’animation, vous allez plus loin que ce qu’on a l’habitude de voir dans la violence.

En 2007, mon idée c’était de faire un film viscéral : à partir du moment où je vous prends, je vais essayer de vous garder sous tension jusqu’à la fin. L’idée a été de faire un film coup de poing, sucker punch, du rentre dedans, en essayant d’accélérer le rythme de plus en plus. C’était vraiment un parti-pris de montage. Il y a une sorte de lessiveuse qui se met en place, au moment où les gamins rentrent dans leur propre colère, et qui ne s’arrêtera plus jusqu’à ce que Jimbo essaie de s’interposer.

Quitte à décrocher une interdiction aux – de 12 ans ?

Oui. The Prodigies c’est une adaptation libre du bouquin La nuit des enfants rois, qui était à la base ultra plus violent que le film. Dans le livre, le jeune Gil se fait violer aussi, Jimbo couche avec Lisa [il a une vingtaine d’années, peut-être 30, elle a 15 ans ndlr]… c’est hardcore. Les producteurs m’ont amené le projet en me disant qu’on allait l’adapter librement, car il y a des choses qu’on ne peut plus faire aujourd’hui. Mais on a voulu garder la violence, le sujet et le thème. Ado, j’ai lu le bouquin – j’étais un vrai geek, je lisais des comics, je jouais aux jeux vidéo… alors qu’il valait mieux jouer au foot pour se taper des filles. J’avais cette colère et toutes ces hormones qui montaient en moi… [Rires] C’est une prof qui m’a dit “tiens, lis-ça, ça va t’aider”. Et donc j’y ai retrouvé ce côté des gens seuls, qui sont différents et qui ont vraiment du mal à trouver leurs semblables. Quand on m’a engagé ça a vraiment été un pacte dès le début de vouloir faire l’équivalent d’un film indépendant, de dire oui il sera violent, oui il aura certainement l’interdiction aux – de 12, et on l’assume jusqu’au bout. On était d’accord avec le créateur graphique, on voulait faire le moins de concessions possibles et les producteurs nous ont appuyés. Après c’est du bon sens : le but n’est pas d’aller chercher du – de 16 ans, de faire du Irréversible. Ça ne sert pas le propos. Le but c’était d’avoir cette tension viscérale tout le long.

Vous avez rencontré l’auteur ? Quelle version préférait-il ?

La notre ! Et pas seulement parce qu’il a été payé ! Quand on parle d’adaptation, et d’adaptation libre, c’est toujours un peu compliqué : en général on se dit que l’auteur a touché un gros chèque et qu’il s’en fout de ce qu’on peut faire à son bouquin. Moi, en tant que fan, je me suis dit c’est trop facile, on va faire autrement. On savait qu’on allait transposer des choses, que le livre était trop violent, qu’on ne pourrait pas montrer Jimbo coucher avec Lisa… mais j’ai travaillé avec l’auteur, je voulais absolument garder l’état d’esprit du bouquin. Et ça, Bernard Lantéric l’a très bien compris jusqu’au bout. On était très carrés tous les deux, on a décidé ensemble de rajouter des super-pouvoirs parce que ça devait être plus blockbuster, plus comics, plus moderne. A l’époque, dans le livre, les gamins, leur truc super intelligent c’était de braquer les distributeurs de banque… aujourd’hui ça fait un peu petit bras quand on voit qu’on peut mettre hors-service le PSN Network et que plus personne ne peut jouer dans le monde pendant deux semaines… Donc l’idée était de ramener ça dans un côté plus super-héros. Tout ça s’est fait avec son aval. C’était très important pour moi. Dès le début, on a appris qu’il avait un cancer, donc qu’on se battait un peu contre le temps, et on voulait être sûrs qu’il soit content de cette adaptation. Et pour tous les changements, Bernard m’a apposé un tampon sur la fesse en me disant “ok, vas-y, t’as le droit”.

Il y a 10 ans, quand Matrix est sorti on a dit : c’est le jeu vidéo qui prend le pouvoir dans le cinéma. Aujourd’hui, c’est les geeks ? C’est la revanche des geeks ?

[Riant]Un geek n’est pas revanchard. Un geek préparait dans sa chambre, dans l’ombre, sa domination sur le monde ! …Ou pas. Ça, ça s’appelle une fiotte, mais n’écris jamais ça ! [rires] je vais avoir tous les geeks contre moi ! En fait je pense que c’est toujours pareil : il y a eu la vague des mecs du clip, à la Michael Bay. Mais régulièrement, pour faire ce genre de films grand spectacle, le cinéma cherche les gens qui essayent de fabriquer des trucs un peu différents. En ce moment c’est les mecs du jeu vidéo. Par exemple, je faisais des cinématiques, les petits films interactifs qui servent de narration dans un jeu vidéo. Il suffit d’appuyer sur X pour la supprimer. Tout réalisateur de cinématique de jeu passe son temps à mettre les gens sous pression, à leur faire plaisir, pour éviter qu’ils n’appuient sur X même s’ils n’ont qu’une envie, c’est de jouer. On a une logique de geek, de générosité, il faut “donner”. Je pense que ça part de là. Et puis il y a malheureusement eu le 11 septembre. Ça a changé le cinéma. Avant, on faisait des films de terroristes qui explosaient New York. Après, on a plus eu droit au terrorisme. C’est là que Marvel et les super-héros sont arrivés : on pouvait à nouveau détruire le monde avec des super-pouvoirs. Et nous, qui lisions ça depuis que nous étions gamins, avions désormais l’âge de réaliser ces trucs là. Je me souviens, sur le premiers trucs où j’ai débarqué, les ricains étaient fébriles de voir arriver un petit français. Et puis dès qu’ils voyaient que je connaissais tout l’univers de Marvel, des jeux vidéo etc ils étaient rassurés, et savaient que ça allait marcher. Enfin, je ne pense pas que ce soit la revanche des geeks. Je suis très copain avec Mathieu Kassovitz qui lui, vient d’un cinéma plus classique, et quand tu discutes avec lui tu sens que le geek a encore beaucoup à apprendre sur qu’est-ce que le cinéma. Il ne suffit pas de venir d’un truc qui est un peu moderne, un peu techno. Il faut aussi savoir raconter, avoir des moments plus calmes, au lieu de toujours accélérer comme je l’ai fait. Je sais que c’est l’une des faiblesses du film. Si j’en refais un autre j’aurai appris qu’il fallait savoir appuyer sur le frein de temps en temps. C’est pour ça aussi que travailler avec des producteurs comme Fidélité et Warner aide beaucoup. Je ne vous montrerai jamais la première séquence de viol que j’ai montée, c’était un Call of Duty… non, un God of War ! Moi j’étais super content, mais le producteur m’a fait comprendre que ça n’allait pas le faire… Ça fait partie aussi de la pédagogie.

Il y a beaucoup de ces scènes qui ont été coupées ?

Non, parce que je peux te dire que ça coûte très cher de faire un film en 3D relief ! En animation il y a une règle qui veut que le budget fait le timing : on sait qu’on a un film qui va faire tant, pas plus, c’est une règle de fabrication. Donc il n’y a pas beaucoup de scènes qui ont été coupées, par contre il y a des séquences qui faisaient 25 minutes en trop sur le fameux quota de 87 minutes qui m’a été alloué, et qu’il a fallu retirer, elles ne sont pas arrivées au bout du processus. Elles apportaient beaucoup plus de développement sur les personnages, mais à un moment il a fallu faire des choix, resserrer, d’autant que ces développements n’apportaient rien à la trame principale. Il y a peut-être des choses qui vont arriver avec le Blu-Ray, parce que dans les temps de fabrication on a pas pu tout faire. Quand on a commencé le film, on avait tellement de trucs à raconter qu’on avait prévu une préquelle en comics. Ça raconterait l’histoire de Killian, le premier prodige, le premier à avoir du gérer sa colère et qui par la suite a lancé la quête des génies. Et on avait aussi prévu de faire un jeu vidéo qui serait la suite, la fin ouverte, qui mettrait plus en avant les gamins. Dans l’hypothèse d’une bonne surprise le 8 juin, ce serait Prodigies 2. En tant que fan de comics – où par exemple Spider-man continue ses aventures depuis 40 ans – je suis assez partant sur cette histoire de franchise, du moment qu’il y a des histoires à raconter. Là on s’est focalisé sur l’histoire de Jimbo, ses parents, et sa quête d’adulescent, de faire le set up.

Les enfants-rois, New-York et les États-Unis, la télé réalité… ces choix ne sont pas innocents. Vous en avez parlé ensemble ?

L’élément télé-réalité, Lantéric était à fond là-dessus. Lui, il trouvait vraiment que les gosses devenaient des sales gosses. C’est peut-être un peu mégalo de sa part, mais il pensait que son bouquin dans les années 80 était précurseur de ce qui se passait maintenant, avec les enfants qui laissent de plus en plus cours à leur colère, qui deviennent stars de leurs propres mondes, sans que les parents n’arrivent vraiment à reprendre le contrôle des choses. Il était très rock’n’roll le bonhomme, et il n’hésitait jamais à nous dire : “soyez plus trash que ça”. Sur un tel film, à 20 millions de budget, c’est mortel d’avoir des gens comme ça !

Votre prochain projet ?

Prodigies 2, bien sûr ! Si ça se faisait je serais partant, à fond la caisse (rires). Là, les mêmes producteurs me proposent de passer à la prise de vue réelle avec l’adaptation d’une B.D qui s’appelle Naja, qui serait aussi en relief. Je suis convaincu que le relief va défoncer à partir de maintenant, car on est tout un tas de réalisateurs à avoir fait notre premier film en relief, donc on sait ce qui marche et ce qui ne marche pas. Maintenant il faut arriver à être encore plus surprenant avec le relief pour les spectateurs, et leur offrir encore plus de sensations.

Propos recueillis collégialement en conférence de presse le 27 mai à Aix en Provence. Merci à Agnès et Alexis @Europalaces.
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