The Snowpiercer en DVD : Rencontre avec Bong Joon-Ho

28/04/14 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags : , , , ,

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The Snowpiercer (Le Transperceneige), qu’on a vu en salle, aimé et chroniqué, est sorti en DVD il y a quelques jours. Rencontre avec son réalisateur, le Coréen Bong Joon Ho.

Quand vous avez découvert la BD, était-ce évident qu’elle pourrait devenir un film ?

La première fois que j’ai tenu le livre entre mes mains, c’était dans une toute petite librairie en Corée et j’ai été frappé par la beauté de la couverture, dessinée par Jean Marc Rochette, du couple enlacé. Ensuite, j’ai commencé à feuilleter les pages et je me suis rendu compte que toute l’histoire se déroulait dans un train et avait pour thème l’apocalypse avec un retour à l’âge de glace. J’ai donc tout de suite pensé que ce serait très cinématographique de traiter de la lutte pour la survie, de la promiscuité des humains dans un espace confiné, et de le faire d’une seule traite. En revanche, je ne pensais pas que l’adaptation prendrait autant de temps.

On dit que c’est souvent difficile de coller ses propres images sur un livre écrit par quelqu’un d’autre, là ce doit être encore plus compliqué sur des images dessinées. Pouvez-vous nous parler de ce processus ?

Beaucoup de bandes dessinées font l’objet d’adaptations cinématographiques mais là, ce qui était intéressant, c’était de saisir l’esprit de l’œuvre originale, c’est-à-dire, le train comme décor principal, le thème du retour à l’âge de glace ainsi que la lutte des classes de ces gens qui sont dans ce train et qui n’ont pas d’autre choix pour survivre. A partir de ces piliers, je pouvais réécrire l’histoire à ma sauce, sans pression particulière. L’inspiration graphique est vraiment venue des dessins de Jean Marc, avec ces scènes de paysages, ces compartiments où les gens sont entassés les uns sur les autres.

L’aspect social a une très grande importance, est-ce un élément sur lequel vous souhaitiez insister dès l’écriture du scénario ?

L’aspect social est effectivement au cœur de l’œuvre et lorsque j’ai feuilleté le livre pour le lire plus attentivement ensuite, je me suis aperçu que cela se reflétait même dans les dessins. Il y a un train en marche, qui est comme une arche pour la survie, et pourtant les gens n’arrivent pas à s’entendre. Même dans un espace confiné, ils trouvent le moyen de se déchirer. C’était vraiment au cœur de l’œuvre graphique.

Qu’est-ce qui était difficile dans ce passage à un cinéma « plus américain » ? Finalement, qu’est-ce que cela enlève et qu’est-ce que cela apporte ?

Je n’ai pas trouvé énormément de différences. C’est vrai que ce film est tourné en anglais avec des financements étrangers, mais j’avais déjà eu l’expérience de ce type de tournage international avec Shaking Tokyo, un tournage avec une équipe 100% japonaise, et dans The Host où des membres de l’équipe de tournage venaient des Etats Unis, d’Australie etc. A la différence de Park Chan-Wook, qui est allé tourner dans les studios américains, The Snowpiercer avait à la base les financements coréens et nous devions aller chercher les équipes techniques et les acteurs aux Etats Unis.

Vous avez évoqué une période de 8 ans pour mettre à bien ce projet, qu’est-ce qui a pris tant de temps ?

Je ne me suis pas consacré seulement à ce film. Entre temps, j’ai aussi réalisé Mother et The Host, ce qui a un peu retardé les choses. Mais parallèlement, je nourrissais le projet dans ma tête. J’ai lu attentivement le roman graphique pendant la pré-production de The Host en 2005. Puis, en 2006, lorsque le film a été présenté au Festival de Cannes, j’ai rencontré Benjamin et Jean Marc.

SNOWPIERCER

Il y a une folie dans les personnages coréens de The Host et dans The Snowpiercer, qu’il y a beaucoup moins chez les personnages américains, beaucoup plus sérieux, moins drôles. C’était voulu ?

Je n’ai pas encore assez d’expérience avec l’international pour vous dire que les américains sont comme ceci et les coréens comme cela mais il se trouve en effet que dans le film, Tilda Swinton a l’air d’une vraie folle. Un autre acteur non coréen de ce film, qui dégage aussi une vraie folie, est le tueur en costume sans cravate, un personnage bien allumé et dont on ne saura jamais comment il s’appelle. Il s’agit d’un acteur roumain qui a travaillé sous la direction de Cristian Mungiu.

Malgré le côté noir de vos films, il y a toujours cette volonté de conserver des moments de pure comédie. Est-ce que ce mélange des genres vous parait nécessaire ?

Ce n’est absolument pas volontaire mais je pense que c’est dans mon caractère. J’ai tendance à voir quelque chose de très comique au sein de situations très compliquées. Et dans le roman graphique, on retrouve cette distanciation, où il est question de distopie, le contraire de l’utopie, la fin du monde, et où il est aussi question d’une histoire d’amour.

A la moitié du film, il y a une bascule où la révolte collective devient une sorte de voyage intérieur et où chaque wagon a un univers.

Effectivement, j’aime bien faire quelque chose d’inédit, que les autres n’ont jamais tenté. J’aime cette prise de risque. J’ai une affection particulière pour la scène du jardin, qui produit réellement une cassure ou pour la scène de la classe avec cette bagarre qui éclate. Il y a une espèce de progression linéaire des révoltés, de gauche à droite, vers l’avant du train. Là est la différence entre la BD et le cinéma, dans le sens où le réalisateur peut moduler le rythme à sa façon et de façon progressive.

Pourquoi être passé d’un individu (dans la BD) à un groupe d’individus dans le film ?

Effectivement, il est question d’un Spartacus sauf que dans ce film, il se trouve dans un train. Ce que je voulais montrer était la révolte entre deux groupes. Ceux qui veulent avancer de gauche à droite et ceux qui tentent de les arrêter en face. Dans le train, les compartiments sont étroits et longs. Du coup les mouvements sont forcément linéaires. Par exemple, Si on veut passer du compartiment A au compartiment C, il faut impérativement passer par le B. Il n’y a donc pas de détour possible. Il faut aller tout droit, quoi qu’il arrive. Et je pense qu’en cas de collision, dans un sens comme dans l’autre, cela crée une réelle énergie.

Vous avez pris le parti de représenter un anti-héros, au passé très très dur, et qui n’est pas un sauveur. Il n’hésite pas à regarder son ami mourir sans intervenir. D’où vous est venue cette idée ?

La culpabilité et la honte sont les composantes essentielles de son tempérament. Par exemple, dans la scène où il fume une cigarette avant d’entrer dans la salle des moteurs, il fait une sorte d’aveu où il dit qu’il a tué quelqu’un 17 ans plus tôt parce qu’il avait faim. D’une certaine façon, c’est un personnage qui attire de la compassion de par ces sentiments personnels car à ce moment précis, on réalise qu’il n’a même pas eu le courage de se couper le bras pour se racheter. Il agit donc comme un Spartacus, en allant toujours de l’avant alors que son cœur régresse de par ses fantômes du passé. Ce n’est pas un hasard si cet homme dit qu’il n’est pas celui qu’on croit. S’il se bat, c’est pour donner le pouvoir à Gilliam et non pour lui car il pense ne pas le mériter.

Avez-vous été tenté de sortir davantage de ce train ?

Pour moi, ça a été un réel plaisir de montrer 2 heures d’actions dans cet espace confiné. Ce n’est que si on voit un opus 2 ou 3 de Transperceneige, dirigé par d’autres réalisateurs, qu’ils seront tentés d’aller voir l’extérieur. Pour ma part, c’était l’inverse.  Cela dit, j’en parle là avec le sourire mais pendant les 3 mois de tournages dans les décors pré fabriqués, j’ai cru mourir.

Quels sont les réalisateurs qui vous ont influencé ?

Il y a un cinéaste coréen du nom de Kim Kyung qui a fait l’objet d’une rétrospective à la cinémathèque française. J’aime aussi beaucoup Claude Chabrol et sa façon de montrer une certaine criminalité dans les classes moyennes.

Si vous deviez monter dans un train qui serait une arche de survie, qu’emmèneriez-vous ?

Des DVD.

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