Tous au Larzac : entretien avec Christian Rouaud

02/12/11 par  |  publié dans : Cinéastes, Cinéma | Tags : , ,

Il y a quatre ans, Christian Rouaud collectait d’unanimes louanges pour son documentaire Les LIP, l’Imagination au Pouvoir. Avec Tous au Larzac, le réalisateur braque sa caméra sur ceux qui ont osé lever le poing et lacher leurs brebis contre le pouvoir.

Vous n’en n’êtes pas à votre premier documentaire sur le monde paysan.

C’est vrai, mais je considère ce film comme la suite des LIP, il y a une vraie connexion entre les deux. Pour les LIP, j’avais tourné une séquence au Larzac, qui avait malheureusement du être coupée au montage. Et quand le film est sorti, le magazine “Gardarem lo Larzac” y a consacré un article, dans lequel les paysans s’exprimaient et trouvaient dommage que je ne parle pas d’eux. Cela m’a touché. Je suis allé les voir, on a beaucoup parlé des évènements survenus sur le plateau dans les années 70, et c’est ainsi qu’est né ce projet.

Avez-vous envisagé d’inclure des témoignages de militaires présents à l’époque sur le plateau ?

Jamais. Comme pour les LIP, je voulais adopter le point de vue de ceux qui se sont battus. De la même manière, je n’ai pas cherché à faire témoigner des hommes politiques, qui de toute façon ont été autistes du début à la fin dans cette histoire, et se sont fermés à toute écoute.

Les paysans qui interviennent devant la caméra ont-ils vu le film ?

Ils ont même été les premiers ! On a discuté de quelques détails, comme la durée de certaines séquences, mais ils ont été emballés. Aujourd’hui, ils présentent le film aux spectateurs lors d’avant-premières, ils l’accompagnent, le font vivre. Ils sont particulièrement émus quand des jeunes viennent le voir.

Si ces événements avaient eu lieu aujourd’hui, la répression n’aurait-elle pas été encore plus violente ?

On me pose souvent cette question, et honnêtement… je ne pense pas, non. Déjà à l’époque, il ne faut pas croire que ça été un chemin de roses: lutter n’est jamais chose facile. Aujourd’hui, on trouve de nouvelles formes de lutte, on le voit par exemple avec les Indignés, ou avec le printemps arabe, où les réseaux sociaux ont joué un grand rôle. A l’époque, ça n’était pas possible. Mais ceux qui voient ce film en ressortent souvent regonflés à bloc, car on a tout de même beaucoup à apprendre des luttes passées.

L’affiche est très réussie. Est-ce vous qui l’avez conçue ?

Non, mais je l’ai choisie parmi plusieurs propositions qu’on m’a faites. J’ai flashé sur elle. Il y a un côté Full Metal Jacket qui me plaît, et on a choisi avec soin ce qu’on allait écrire sur le casque. Elle correspond bien au film, je trouve, et suggère qu’il ne raconte pas une histoire triste.

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