Tu dors Nicole de Stéphane Lafleur – Quinzaine #Cannes2014

30/05/14 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , ,

Tournage «Tu dors Nicole» de Stéphane LafleurLa Quinzaine présente : l’errance d’une jeune adulte dans la maison familiale, en banlieue, en été.

Le pitch

Quand il a fallu pitcher Tu dors Nicole au premier qui nous a demandé notre avis, en deux mots là comme ça, on a évoqué Ghost World de Terry Zwigoff et Frances Ha de Noah Baumbach. Devant son sourire béat, on s’est empressé de modérer nos références flatteuses avec une note agacée pour ces films qui nous ennuient en filmant l’ennui, avec une pointe d’humour décalé.

La vingtaine ou le passage à l’âge adulte, deux jeunes femmes dont la relation ne survivra peut-être pas à la canicule, on ne puisait pas au hasard. Avec Tu dors Nicole, Stéphane Lafleur a voulu filmer cet âge où trainer en vélo, dans leur banlieue québécoise, pendant les vacances d’été, ne fait plus le bonheur des meilleurs amies. Les parents de Nicole sont en voyage, et Nicole a la maison pour elle, du moins le croit-elle. Son frère, musicien, débarque avec les deux membres de son groupe de rock instrumental pour y répéter jours et nuits. Le tête à tête de Nicole avec la liberté, que les premiers plans laissaient supposer avant l’invasion, est foutu. Le trip qu’elle préparait avec Véronique en Islande, compromis par l’arrivée des garçons. Qu’allaient-elles faire là-bas ? “Rien, mais rien ailleurs. Du beau rien”.

Le souffle

L’introspection de Nicole n’en sera que plus vive. En journée, les bruits incessants de ces invités nourrissent son besoin d’évasion. Sur ce point, le travail sur le son de Stéphane Lafleur est époustouflant : le vacarme des instruments, tantôt pris ensemble, tantôt séparément (quand le groupe s’enregistre) hante la maison et donne vie à ces pièces dans lesquelles Nicole, qui n’a pourtant pas quitté le nid, semble déjà étrangère. Ces moments chapitrent également le film, sous forme d’interludes atypiques – particulièrement appréciés. La nuit, les insomnies de l’héroïne font office d’accalmie. Las, Nicole se cherche. La lose est belle, en noir et blanc (sous la fine direction artistique de Sara Mishara à la photographie). Elle s’accompagne autant de moments de pure poésie (le chant des baleines) que de gimmick déphasés. Les deux se conjuguent quand Nicole converse avec Martin, jeune garçon de 10 ans dont elle fut la babysitter, qui a mué trop tôt et, par la force des choses, gagné en maturité. Il a l’âge de jouer au cowboys et aux indiens, lui tient des discours de vieux sage quand il ne lui déclare pas sa flamme, la poussera à grandir, par jeu de contraste. Une relation subtile, à l’instar de celle qu’entretient de Nicole avec son frère : elle le critique, l’aime, lui ressemble. Lui a étiré au maximum son adulescence, elle doit se résoudre à y rentrer.

Le quotidien de Nicole, son amourette, son job d’été, son amitié, nous toucheront moins. Peut-être parce que d’autres sont passés par le même chemin et qu’on préfère souligner l’originalité de Tu dors Nicole, ses petits plus qui le sortent d’une chronique de la jeunesse oisive. Ce qui fait le portrait de son personnage en somme : son énergie déjà épuisée, sa nostalgie, sa quête d’une place dans ce monde et ce léger recul qui la fait aspirer à ce qu’il soit plus vaste. La qualité globale du film (mention pour l’image, le montage, et – surtout – le son), quant à elle, nous laisse présager que Stéphane Lafleur, également monteur et musicien (ceci explique cela), pourrait aller loin. Après plusieurs films (3 courts, 2 longs) sur la banlieue, il s’annonce prêt pour la ville (Montréal, dans laquelle il habite depuis 19 ans), arrivé lui aussi au carrefour des responsabilités.

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