Un Beau Dimanche : Nicole Garcia sur les traces du fils préféré

05/02/14 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : , ,

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Elle aurait pu l’appeler Le fils préféré mais le titre était déjà pris, par l’un de ses propres longs-métrages, d’ailleurs. Avec Un beau dimanche, la réalisatrice Nicole Garcia offre presque une variation autour du film – immense – qui avait permis à Gérard Lanvin d’étoffer une palette désespérément « grand public » et de remporter un César du meilleur acteur en 1994. Cette fois, loin de diriger un roc du cinéma français, c’est sur son propre enfant qu’elle braque son regard, Pierre Rochefort.
Fils maudit d’une famille qu’il a choisi de fuir un beau dimanche, son personnage, Baptiste, est pourtant ramené vers elle par la fatalité et l’amour naissant qu’il porte à une jeune mère bousculée par la vie (Louise Bourgoin). Rochefort se contente de peu de mots et de quelques regards lointains pour imposer à l’écran une omniprésence discrète. Une sobriété qui n’est pas sans rappeler celle – souvent décriée – de l’acteur américain Ryan Gosling, paré de cette même mélancolie latente dont il a presque fait sa marque de fabrique.

Famille, je te hais

beaudimancheOn n’en dira pas plus. Autant se laisser porter par les vagues avec ces protagonistes un peu écorchés, un peu fragiles, que la réalisatrice aurait pu égarer dans un mélodrame poussif. Jamais de ça, chez Nicole Garcia, qui fait preuve de subtilité bienvenue même si parfois, la caricature guette. C’est une constante chez la réalisatrice : cette volonté louable de croquer la haute bourgeoisie par le prisme de la famille et des secrets recelés et révélés.
Dans Un beau dimanche, c’est autour d’un repas que la cellule familiale – déjà passablement fissurée – implose. Le malaise est distillé grâce à des dialogues au couteau, des silences et des regards sans appel, des champs contre-champs qui captent l’indicible. On aime les films de Nicole Garcia pour ça : pour la finesse dont elle fait preuve. Pour les sublimes clairs-obscurs en intérieur. Les tonalités bleutées du bord de mer. Celles, plus chaudes malgré le malaise ambiant, qui illuminent les visages fermés d’une famille détruite. Du cinéma simplement beau et subtil.

D’aucuns argueront que la femme, derrière la caméra, n’y est pas pour rien. Ceux-là n’ont rien compris. La réalisatrice elle-même, lors d’une avant-première publique à Aix le mois dernier, soulignait : « Il n’y pas de cinéma féminin ou masculin. Il y a des cinéastes. C’est une des forces de l’art, d’effacer cette notion de sexualité. En tant que cinéaste, je me projette dans les hommes, les femmes, les vieillards, les enfants… C’est une liberté immense. »

Un Beau Dimanche de Nicole Garcia, avec Pierre Rochefort et Louise Bourgoin, sorti ce 5 février 2014.

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