Un prophète : un chef d’oeuvre

01/09/09 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : , , ,

Disons-le tout net : l’effervescence médiatique autour du dernier film de Jacques Audiard est totalement justifiée. Avec Un prophète, le réalisateur tient indéniablement le plus grand film français de l’année. Une narration tenue de bout en bout, des acteurs exceptionnels, des dialogues au couteau, un malin plaisir à mêler réalisme cru et élégance sordide… De là à dire qu’Un prophète est son meilleur film, il y a un pas qu’Envrak ose ne pas franchir.

Malik, petite frappe de 19 ans, est condamné à six années d’emprisonnement pour avoir agressé un policier. A son arrivée, il tombe sous la coupe de prisonniers corses. Ici, ce sont eux qui font la loi. A leur contact, Malik s’endurcit, gagne leur confiance, accepte les missions qu’ils lui délèguent. Mais rapidement, le jeune homme parvient à développer son propre réseau à l’intérieur de la prison.

“Ce que je voulais avant tout, c’était réaliser un film de genre” affirme Jacques Audiard. Le cinéaste s’empare ainsi de tous les codes régissant le film dit “de prison” – trafic de hash intramuros, rivalités ethniques, passages à tabac, meurtres impunis, soudoiement… mais ne parvient pas toujours à se les réapproprier, là où on attend de lui qu’il imprime à ses images cette noirceur qui le rend reconnaissable au premier coup d’œil. La faute sans doute à un sujet tant de fois ressassé par le cinéma américain que les réalisateurs adoptent les tics inhérents à son traitement. Même la musique (encore une fois composée par Alexandre Desplat) a par moment quelques envolées hollywoodiennes assez agaçantes.

Pas de quoi laisser un goût amer, cependant, car ce seul défaut ne suffit pas à reléguer le film au rang d’œuvre mineure. Bien au contraire. Car il y a les acteurs. Impérial en parrain corse vieillissant, Niels Arestrup crève l’écran. Savoir exister à ses côtés n’est pas chose aisée, et Tahar Rahim, qui porte le film de la première à la dernière image, livre ici une performance phénoménale. Et puis il y a l’audace : celle par exemple de faire cohabiter, dans une même cellule, le jeune Malik avec le fantôme de l’homme qu’il a dû assassiner pour gagner la protection des Corses. Celle aussi de faire de la prison une métaphore de la vie. Elle est sans doute là, la “patte Audiard” : dans l’aisance avec laquelle il insuffle du fantastique dans le réalisme, et dans la possibilité qu’il donne à son protagoniste de se forger une existence au prix d’actes irréversibles.

Pour ces raisons, parce que ce qui ne te tue pas te rend plus fort, et parce qu’Audiard est un cinéaste miraculeux mais pas parfait, Un prophète est un grand, très grand film. Peut-être pas aussi poignant que Regarde les hommes tomber ou De battre mon cœur s’est arrêté, mais au-delà des passions qu’il va soulever et des polémiques de comptoir qu’il engendre déjà (lors de l’avant-première aixoise, le débat n’a porté que sur le pseudo racisme des Corses, ici dépeints avec pourtant énormément d’acuité), Un prophète est surtout la confirmation éclatante que Jacques Audiard est le plus grand réalisateur français en activité.

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Pas de commentaire

    pumkin*  | 04/09/09 à 10 h 47 min

  • et bien moi j’ai détesté… mais j avais détesté tous les autres films aussi de Jacques… c’est lent dans le mauvais sens du terme, pour moi c du mou pseudo intello et pas du mou intéressant. En revanche, si vous lisez ma critique du film sur mon blog, n’en faites pas un drame, j’aime la méchanceté gratuite et les critiques non constructives :)

  • Camiiille  | 04/09/09 à 11 h 45 min

  • Laisse nous l’adresse de ton blog alors :)

  • Cam  | 04/09/09 à 11 h 48 min

  • J’viens de voir la petite couleur ose qui indique que tu as laissé un lien ^^ je n’ai rien dit donc et je clique.

  • auré  | 08/09/09 à 13 h 10 min

  • Moi j’ai vraiment bien aimé, j’ai trouvé que c’était prenant, bon j’avoue j’ai trouvé la fin particulièrement immorale (peut être accrue par mon chauvinisme corse).
    Ce qui m’a en revanche choqué, c’est la vision du monde carcéral et judiciaire, qui doit somme toutes être assez réaliste, ce qui est assez triste pour l’avocat que je suis… mais bon, ça reste un bon film.
    Bisous sabrina!

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