Un superhéros injustement méconnu

01/08/07 par  |  publié dans : Cinéma | Tags :

Dai Nipponjin, un film que vous ne verrez (peut-être) jamais. Pas de bol, il est génial…
Mai 2007, Festival de Cannes: Cohue japonaise avant la projection en avant-première du film de Hitoshi Matsumoto, Dai Nipponjin. Un engouement dépassant totalement les spectateurs occidentaux qui ne doivent leur présence dans la file d’attente qu’à la chance d’avoir pu se procurer un ticket pour n’importe quel film, celui-là ou un autre, d’ailleurs, ils s’en foutent.

Cohue japonaise, donc, et armada de journalistes, japonais itou, distribution du dossier de presse aux spectateurs qui n’en demandaient pas tant et qui en profitent pour s’éventer.
Certains se disent qu’un tel enthousiasme est de bon augure. D’autres ont déjà tout compris, pour avoir lu une brève présentation du film dans les diverses publications cannoises pré-festival: Dai Nipponjin serait un portrait de superhéros déprimé et incompris. On y verrait tout un tas de gags super drôles. Dai Nipponjin serait, par dessus le marché, l’OVNI numéro un de toutes les sélections confondues. On met le doigt sur l’une des raisons de toute cette fièvre nippone: le réalisateur est une énorme star au Japon, un acteur comique entré dans la légende, un bull-dozer, un dieu… Les occidentaux continuent à s’en foutre. Les journalistes japonais, eux, n’en peuvent plus.
Lorsque les portes de la salle s’ouvrent enfin, Hitoshi Matsumoto apparaît, acclamé par une grande partie du public, gentiment applaudi par l’autre. “Vous n’avez jamais vu un film comme celui-là” annonce t-il. Et il insiste, le bougre: “JAMAIS“. Le scepticisme est de mise, mais son humilité toute approximative a le don de titiller la curiosité d’un peu tout le monde.
Et puis le film commence.
C’est drôle, en effet, mais pour l’instant, on a déjà vu ça ailleurs: le protagoniste, Dai Sato (interprété par le réalisateur lui-même), est interviewé par un reporter télé. Installé dans sa cuisine, blasé, il raconte sa vie, face à la caméra, droit dans les yeux. Sur les murs de sa maison sont tagguées moult insultes et lorsqu’un caillou traverse sa fenêtre en pleine interview, il reste de marbre. Blasé, on vous dit.
Un tour au parc, le temps d’apprendre qu’il est divorcé, père d’une petite fille dont il ne peut pas s’occuper, “à cause de mon travail“, précise t-il. Un passage par le café du coin, où il nous raconte que son père et son grand-père faisaient le même métier: “ce travail, c’est de père en fils. J’ai bien peur d’être le dernier. J’ai une fille. Je suis content d’avoir une fille mais elle ne pourra pas faire ce travail“.

Quelques malins commencent à se marrer dans la salle: eux savent déjà de quel travail parle Dai Sato. Pas nous. Mais force est de constater que le ton et l’ambiance séduisent. Le cinéma-vérité de Hitoshi Matsumoto fait mouche malgré quelques petites longueurs pardonnables.
Mais quid du superhéros mentionné dans le dossier de presse?
C’est au détour d’une scène de transformation physique dévoilant l’ampleur – stricto sensu – du fameux et mystérieux travail de Dai Sato que l’on découvre le fin mot de l’histoire. Dés lors, l’intimisme est écrasé – là encore, stricto sensu, non mais vraiment – par le joyeux n’importe quoi, et par une galerie improbable de gros méchants (vraiment très gros) appelés “Nuisibles”, et dont les armes secrètes – puanteur abominable, bras de 9 kilomètres, oeil rebondissant… véridique – laissent perplexes. Pour le coup, on est bien obligés d’admettre qu’effectivement, on n’avait jamais vu ça. Dai Sato, lui, en a vu d’autres. Obligé de se battre contre les nuisibles – de père en fils, qu’il disait – il doit aussi faire face au fiel populaire. Rejeté par la veuve et l’orphelin, le superhéros voit sa cote baisser de jour en jour, malgré les rares sponsors qui acceptent encore de lui apporter leur soutien. Harcelé par son agent, détesté par le peuple, Dai Sato a tout du héros déchu, et sa lâcheté est prétexte à des scènes de combat hilarantes, jusqu’à un final complètement foutraque où des ersatz de superhéros américains viennent à son secours pour latter le chef des nuisibles. Dans la salle, une grosse poignée de spectateurs engoncés dans leurs costards ont quitté la salle depuis belle lurette, choqués de constater que la contre-culture a aussi sa place dans la programmation volontiers académique du festival de Cannes. Ceux-là ont pu souffler devant la flopée de films chiants massivement présents dans la quinzaine des réalisateurs.

Après le générique de fin, quelques rares Français sont encore dans la salle et participent de bon coeur à l’ovation réservée à Hitoshi Matsumoto.
A la sortie , l’aventure continue, notamment pour les deux envrakés présents sur place, alpagués par une horde de journalistes japonais bien décidés à recueillir les impressions des rares rescapés occidentaux. De la folie pure.

Le plus drôle dans tout ça? Vous ne verrez probablement jamais Dai Nipponjin. A moins d’un remontage qui lui serait bénéfique (une bonne vingtaine de minutes à jeter pour rétablir le rythme), le film a tout de l’objet indésiré par les exploitants, craint par les distributeurs, impossible à vendre sans en dévoiler les ressorts. Un sauvetage en DVD serait le bienvenu (Wild Side, si tu m’entends…), ou en dernier recours un vol charter pour Tokyo où le film est toujours projeté.

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Pas de commentaire

    Jean-Jerôme  | 01/08/07 à 22:59

  • Je confirme : Dai Nipponjin vaut le coup d’oeil. Bancal, un peu longuet et tout et tout, mais bel et bien un ovni rigolo et bien foutu.

  • Sab  | 02/08/07 à 17:51

  • C’est toi le type de 4 mètres qui me cachait l’écran ?

  • Jean-Jerôme  | 02/08/07 à 21:31

  • Heu… je suis grand oui, mais est-ce qu’on était à la même séance ?

  • Sab  | 13/08/07 à 15:22

  • Oui t’étais à ma droite. Non mais tu me prends pour qui? J’ai reconnu ton écriture

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