Une envrakée à Cannes : épisode 8

27/05/12 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : ,


Jeudi soir, j’ai soigné ma déprime sur la plage, devant Les dents de la mer, au cinéma en plein air. La (très belle) copie restaurée du film culte de 1975 de Steven Spielberg, le génie de sa mise en scène, le talent de ses acteurs, l’humour et la peur, m’ont carrément requinquée. Le contexte de l’économie touristique, quant à lui, bénéficiait d’une mise en abîme de choix sur le sable cannois.

Jour 8 : vendredi 25 mai, après.

Deux films aujourd’hui : Cosmopolis de David Cronenberg et Do-nui Mat d’Im Sang-soo. Et ce soir : clôture de la Quinzaine des réalisateurs, avec open-bar.

Cosmopolis, c’est l’histoire d’un courtier qui va chez le coiffeur en limousine. Coincé dans les embouteillages, il reçoit ses rendez-vous professionnels dans sa voiture. Au petit-dej, au dej et au diner : il voit sa nana. C’est lent, le propos est verbeux, les dialogues truffés de jargon boursier, et on finit par se lasser de cette branlette interminable. Là, ça devient intéressant. Une fois apathique, on voit mieux. Si Cosmopolis, c’est de la masturbation – ou du porno pour cerveau – logique que les dialogues importent peu. On se concentre alors sur le mouvement. Puisque la quasi-totalité du film se déroule dans la limo, espace restreint d’un monde sans correspondance avec notre réalité, chacun des rendez-vous y apporte donc, à sa façon, un peu d’action. Alors, quand Juliette Binoche rampe sur le tapis de sol entre la rangée de siège et celle d’écrans, on salue au chapeau le confiné comme idée de réalisation. Il amplifie les tensions : sexuelles, intellectuelles, contextuelles. Il sert ainsi son récit. En plus, au générique, il y a Metric qu’on aime bien.

Do-nui Mat ou The Taste of Money ou L’ivresse de l’argent (- on ne sait jamais quel titre utiliser à Cannes), suit le parcours de l’homme à tout faire d’une famille de riches coréens, qui blanchissent des billets, qu’ils dépensent ensuite à foison. La première partie du film ressemble à un manifeste esthétique où tout serait beau : les acteurs, les décors, les costumes, les cadres et les plans. Les personnages s’y regardent dans les reflets des tableaux de grands maîtres, dans leur maison familiale luxueuse. La première partie dure une heure, quand même, pendant laquelle on se demande si le film de Im Sangsoo n’est pas juste un prétexte, ou un sacrifice au profit du joli. Et puis, soudain, L’ivresse de l’argent bascule dans le burlesque. Les masques tombent et chacun montre une autre facette : la mère coincée, digne, parfaite, qu’on devinait névrosée, éclate enfin son vernis. Les autres, aussi. Les situations surprennent, et on rit. Et ça reste splendide, et on ne comprend plus : pourquoi la première heure, et pourquoi ne pas avoir assumé la comédie ?

Le vendredi, c’était donc le jour des films qui posent, et il fallait bien fêter ça. Nous sommes donc allés sur la piste avec Noémie Lvovsky, lauréate du prix de la Quinzaine des réalisateurs pour son film Camille redouble, que je n’ai pas vu mais dont je n’ai entendu que du bien. Et on l’a bien observée : pas une fois – malgré le retour de la pluie – elle n’a arrêté de sourire de la soirée. Possible que nous non plus…

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