Une envrakée à Cannes : épisode 2

20/05/12 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , ,

Jour 2 : samedi 19 mai, 18h.

Je devais avoir une heure pour parler du premier film de Brandon Cronenberg, Antiviral, que j’ai vu ce jour à 14h. Et je pensais qu’il me faudrait bien dix minutes pour pondre le résumé. Les ordinateurs libres se faisant rares, je n’ai finalement que peu de temps devant moi avant d’aller attendre la projection de Jagten de Thomas Vinterberg (La Chasse, en français), sagement dans ma file jaune, pour la séance de 19h30. Aujourd’hui, c’est donc ma journée “BERG”. Aurai-je l’occasion de comparer les deux films ? Sûrement. Le hasard du planning a voulu que les deux films fassent – tout comme hier – la même durée, à savoir 1h50. Et que les réalisateurs s’opposent – tout comme hier – littéralement : Brandon Cronenberg livrait ce matin un film d’une qualité visuelle époustouflante (je l’ai tweeté), Thomas Vinterberg n’est autre que l’inventeur du DOGME avec notre ami Lars Von Trier. Bien qu’elle s’annonce de taille, je tacherai de ne pas conclure cette fois sur la leçon de cinéma.

Pendant ce temps à la Quinzaine, Houda – autre envrakée embarquée – a vu No de Pablo Larrain, et a plongé dans le film comme dans le regard créatif du publiciste de Gael Garcia Bernal, dans un contexte de lutte pour le non au référendum imposé et in fine perdu par Pinochet. Elle conseille le film. –

Puisqu’on parle du moment où je vous ai laissés hier soir, pourquoi ne pas reprendre là ? Après avoir écrit, après avoir mangé, nous avons bu. A la villa Schweppes d’abord, où un DJ en mal d’enchainement fit se succéder Free from Desire de Gala au Pretty Woman de Roy Orbison. Les soirées sur la plage de Cannes valent celles des campings de la côte, de la mauvaise techno aux mauvais tubes, tout y passe, et surtout I Follow Rivers de Lykke Li (le remix). Une chanson que certes j’apprécie mais ai déjà trop entendue ici. Xavier Dolan, lui, a du goût pour les bonnes playlists. A New Error de Moderat ou If I Had A Heart de Fever Ray côtoient Enjoy the Silence de Depeche Mode ou The Funeral Party de The Cure dans la BO très appuyée de Laurence Anyways – qui en fait parfois un film bruyant. Les bandes originales de ses films précédents témoignaient de même de la mélomanie de ce dernier. Sa soirée d’hier soir à Cannes, au château du Cercle (photo ci-contre), aussi. Devant l’entrée, les filles aux talons trop hauts patientent pieds nus – quelque chose que je ne saisis pas encore. Ici, on ne rentre que sur invitation. Et ceux qui ont des invitations peuvent rentrer en baskets. Quant à ceux qui viennent en baskets, ils peuvent trouver des invitations. Ce fut mon cas hier, avec l’aide de mes deux acolytes, dont Jean-Baptiste Viaud, rédacteur en chef du webzine “Il était une fois le cinéma“. Nous vous conseillons d’ailleurs sa rubrique cannoise (du moment que vous revenez nous voir après). Du château du Cercle, outre le bon son, on retiendra la vue de la terrasse que la pluie démotivée n’a pas contrariée.

Jour 2 : samedi 19 mai, 20h.

Une heure d’attente pour Jagten, ou pour rien, au choix. La séance de 19h30 était si blindée que même la file bleue n’a pas pu entièrement passer. C’est la petite satisfaction de ma grande déception. J’ai donc un peu de temps pour vous parler du film de Brandon Cronenberg, mais n’ai plus l’occasion de le confronter à l’autre Berg. Antiviral suit Syd, employé dans une clinique qui vend à ses clients, les virus de leurs stars préférés. Imaginez, en 2013, votre idole, Michelle Williams (au hasard), annule le tournage du nouveau Xavier Dolan à cause d’un mauvais rhume, contracté au festival de Cannes (- où le climat change tous les jours : aujourd’hui il fait beau, et ventu). Vous compatissez, vous empatissez. Lucas Clinique vous proposerait d’aller plus loin en partageant sa douleur, en portant le même virus, prélevé sur la peau de Michelle elle-même. A moins que vous ne préfériez son herpes génital de l’époque Dawson.

Antiviral, en dépit de son ton grave, n’est pas dénué d’humour noir. Et Antiviral, présenté en compétition “Un Certain Regard” – et concourant pour la caméra d’or – a une place de choix dans la sélection du festival. Ici, les fans déplient les escabeaux dès 8h du matin pour la montée des marches de 20h, pour avoir l’occasion de voir les stars, et d’en posséder une photo souvenir d’une qualité exécrable. Dans Antiviral, la photographie est magnifique, et la star si malade qu’elle en décède. Syd, qui s’était injecté le virus pour le revendre à des organisations illégales, doit lever le voile sur cette mort pour éviter de subir la même fin. Il devient par la même occasion, un objet – marchand – de convoitise. Au delà de ce qu’il répète du monde économique, où tout se monnaye, et avec de moins en moins d’éthique, Antiviral s’intéresse donc au viral. Pour le rapport au corps (cher à la famille) d’une part, qui permet à son acteur, Caleb Landry Jones, de livrer une performance physique, de cerner son intriguant visage, de boiter sur une canne, chétif et transpirant. Un acteur à suivre (ça aussi, je l’ai tweeté).

Caleb Landry Jones : un acteur à suivre.

Beau, froid et quelque peu hermétique, le premier film de Brandon Cronenberg peut être rapproché de celui de Julia Leigh, Sleeping Beauty, présenté au festival l’année dernière (l’un est blanc, l’autre beige). Le corps de Syd ne lui appartient plus, comme celui de Lucy dans le drame australien. Ils ne sont plus, pour ces jeunes adultes, qu’un moyen de se faire de l’argent, sans regard pour leur dignité personnelle/corporelle. Comme un peu tous ceux qui ne courent plus qu’après la richesse (- stars incluses). Le viral, pour la métaphore – et d’autre part – c’est aussi la folie de la société, la contagion de l’obsession, qui se propage par les médias, s’empare petit à petit de Syd et semble s’être emparé de tous. Comme s’il n’y avait pas de contre-pouvoir, pas d’alternative à “entretenir ou profiter du système” – ce qu’on considère comme une faille du scénario. Seule une journaliste pose la question : le véritable virus n’est-il pas la fan attitude, et n’est-ce pas dérangeant de l’entretenir ? On pense à Cannes, on pense aussi qu’il faut arrêter de mettre des journalistes dans les films pour dire aux journalistes qui regardent les films comment interpréter les films. On pense donc que le premier film de Brandon Cronenberg n’est tout de même pas exempt de défauts, ni de maladresses.

Pendant ce temps en “Certain Regard”, Houda a vu Les Chevaux de Dieu de Nabil Ayouch, adapté du livre de Binebine Les étoiles de Sidi Moumen, lui même inspiré de la triste réalité du terrorisme qui a sévi au Maroc en 2003 et des religieux qui trouvent racine dans la misère des bidonvilles. Elle a trouvé le film haletant, il l’a entrainée dans une course à la survie. Elle le qualifie d'”Incontournable et réel” –

Quant au film de mon autre “Berg” de la journée, je vais de ce pas le découvrir, et vous donne rendez-vous demain pour en parler.

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