Une envrakée à Cannes : épisode 4

22/05/12 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , ,

* Quinzaine, séance de 9h : Houda voit 3 (Tres), de Pablo Stoll Ward (photo ci-dessus), qu’elle qualifie d'”IDEAL POUR CONTINUER SA NUIT” (en majuscules dans le texto). Annoncé comme une comédie, vu comme une série de péripéties sans queue ni tête, et pire, sans saveur, d’une jeune élève brillante en pleine crise, entourée d’adultes tout aussi inconséquents. Un des loupés de la Quinzaine.

Jour 4 : lundi 21 mai, 17h30.

Quelle petite présomptueuse je fais ! Ce matin, en rattrapant l’Amour de Michaël Haneke à 11h, j’ai pensé “palme potentielle”. Holden me l’avait bien dit par sms samedi “Lol. La palme à J+3 ! On voit que tu débutes”. Oui, c’est mon premier festival, et – effectivement – autant je m’étais retenue sur le Mungiu le premier jour, autant je me suis emballée sur le Vinterberg le troisième soir.

Mais pourquoi Amour plus que Jagten ? Parce que les vieux. Aussi étrange que ce soit à écrire : les abus sexuels, on en a soupé. Les vieux : ça manquait. Bien qu’en couleur et en français, l’Amour de Michaël Haneke s’avère moins accessible que La Chasse de Vinterberg. Parfois, oui, on regarde le temps passer. Mais le thème rarement abordé fait plaisir à voir au cinéma, tout comme on se délecte du jeu des acteurs octogénaires, Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva, tous deux parfaits. La cerise sur la gâteau étant Isabelle Huppert, ou Franz Peter Schubert, selon vos préférences pour la pianiste ou le piano.

Dans Amour, Georges et Anna sont amoureux, il lui dit encore qu’elle est belle, elle lui dit encore qu’il est un monstre, ils ont encore des histoires inédites à raconter au petit déjeuner, soixante ans après. Suite à une attaque, puis une opération, Anna se retrouve paralysée du côté droit. Georges, qui lui a promis qu’elle ne finirait pas à l’hôpital, doit alors s’occuper de sa rééducation, la nourrir, la changer. Jamais on ne se dit “c’est ça la vieillesse” mais on pense souvent “c’est ça l’amour”. Georges et Anna sortent peu, leur quotidien se déroule dans leur appartement, autour de la table de la cuisine, dans les fauteuils du salon, en huis clos. Ils semblent se suffire à eux-mêmes, ne sortir que pour les concerts ou les enterrements. Leur cohabitation offre, tout au long du film, de très beaux moments, puissants ou légers. Et surtout, il y a la façon dont Georges, l’homme, s’occupe d’Anna et préserve sa dignité. Refuse de la laisser devenir un fardeau, refuse d’en parler autour de lui, refuse que sa fille se permette de lui dire comment faire mieux. Avec cette phrase, dont je n’ai pas retenu les mots précis mais qui dit en gros “j’aime ta mère autant que toi, ne m’insulte pas”. Georges, l’homme, et c’est – quelque part – une originalité, quand une certaine tendance cinématographique pousse les cinéastes à montrer des femmes fortes dans de pareilles situations. Amour de Michaël Haneke ne tombe ni dans la facilité, ni dans les généralités, et ne prétend pas à l’universalité. Pourtant, dans le monde, où les vieux sont de plus en plus nombreux. En France, où le confort de la vieillesse reste source de questionnement, où elle fut l’une des grandes oubliées des débats. Et partout, où l’amour se doit d’être roi. Le dernier film d’Haneke mérite d’être récompensé.

Jour 4 : lundi 21 mai, après.

Mon premier long-métrage de la journée, c’était le Resnais. Vous n’avez encore rien vu : théâtre filmé, réflexion manquée sur la transmission. Un dramaturge (Denis Podalydès) meurt et convie dans son exécution testamentaire les acteurs ayant figuré dans sa pièce, une adaptation d’Eurydice de Jean Anouilh, à se rassembler dans sa dernière propriété. Il leur projette les différents actes, joués par une troupe du théâtre de Colombes (et filmés par Bruno Podalydès), dans une mise en scène plus contemporaine. Les anciens, de la comédie française, portés par leur amour pour leur ami décédé, celui du théâtre et celui du rôle qu’ils ont jadis interprété, font écho aux jeunes acteurs en clamant les répliques qui se jouent à l’écran. Ce sont Sabine Azéma et Pierre Arditi ou Lambert Wilson et Anne Consigny (qui furent Orphée et Eurydice), les premiers éclipsant les seconds non par la justesse de leur jeu – discutable – mais par l’importance que leur confère Alain Resnais, lequel a du couper certaines interventions des deux autres au montage (- ou mal équilibrer son film, au choix). On croirait une farce dont seul Matthieu Amalric se sortirait – et dans une moindre mesure Jean-Noël Brouté -, faisant le pont entre théâtre et cinéma lorsque les autres n’y pensent même pas. L’exercice de style est intéressant, il aurait pu être réussi, mais on s’y ennuie.

Et mon dernier : Angel’s share (La Part des Anges), de Ken Loach. Pour une fois, à 19h30, et après une heure à attendre sous la pluie, je suis dans les dix seuls jaunes à passer : pas le temps de pisser, je dois me placer. J’ai le choix entre être assise dans les fauteuils de droite et ne voir que la moitié gauche de l’écran ou l’inverse. Je choisis les marches du milieu : confort mini, visibilité maxi. Le dernier Loach ne tentait pas mon entourage : Looking for Eric au festival 2009, les ayant démotivés. Ils ont eu tort de ne pas retenter une comédie du réalisateur britannique : Angel’s Share, c’est bien. Pourquoi le film est-il en compétition, c’est en revanche la grande question. Rien de transcendant, d’original, de jamais vu. Rien qui ne projette le Ken Loach dans le top des meilleurs films de cette année, ou de la suivante. Ici, je trouve qu’il détend. Au ciné, j’aurais dit distrayant. On rit (et on en a besoin à Cannes, à mi-festival, et en fin de journée), les acteurs sont bons, la morale gentille, le tout sympathique et bien filmé, avec un peu de propos mais pas trop. Les premières scènes rappellent la série Misfits, surement à cause de ces jeunes condamnés aux travaux d’intérêts généraux. Mais Angel’s share s’avère moins fun, moins fou, moins décalé – et ne verse pas dans la science-fiction. Il reste le film idéal pour clôturer ma journée.


LA PART DES ANGES : BANDE-ANNONCE
 

* A 20h, Houda a vu Rengaine, de Rachid Djaidani. Si le tournis est assuré avec ce premier film rythmé au cadrage aventurier, le scénario et les personnages remettent les choses en place. Sabrina, musulmane d’origine maghrébine, a quarante frères et un amoureux. Mariage en vue… de quoi rendre heureux, sauf l’un des frères, qui ne le voit pas de cet œil et veut annuler la cérémonie, parce qu’il refuse que sa sœur épouse un noir chrétien. Novateur, bien écrit, engagé, mais mal filmé – avec son tout petit budget. C’est le dynamisme que le public – qui l’a ovationné – a surtout retenu. Rachid Djaidani ira loin, gageons-le.

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