Une envrakée à Cannes : épisode 7

25/05/12 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : ,

Jour 7 : jeudi 24 mai, 18h30.

Mayday, mayday, j’ai vu deux films pas bons. Pas nuls, mais pas bons. Vous ne pouvez pas savoir dans quel état ça m’a plongée ! Depuis mon arrivée, j’allais crescendo et commençais à croire que le festival rassemblait vraiment les plus grands films de l’année, comme dans la légende. Il y avait des défauts (Laurence Anyways /Antiviral), des propos ratés (Resnais), mais rien n’avait encore été entaché. Jusqu’à aujourd’hui, où j’ai vu Paperboy de Lee Daniels à 8h30, puis Trois Mondes de Catherine Corsini à 14h.

Après Precious de Lee Daniels, on s’interrogeait un peu. Le monsieur avait réalisé du lourd, avec du style – et un certain équilibre. On supposait que deux chemins se proposaient à lui : celui de la facilité commerciale, et l’autre. On peut maintenant trancher.

Dans Paperboy, Lee Daniels garde des tics maniéristes, bien que les interludes clipés laissent place aux surimpressions. Il continue son contre-emploi d’acteur : Mariah Carey assistante sociale passe le relais à Macy Gray femme de ménage, Zac Efron ne chante pas, Nicole Kidman se fait vulgaire (c’est ce qu’on préfère), Matthew McConnaughey a un rôle. Et tout ce beau monde se looke années 70. Le réalisateur charge son film de scènes chocs, qui titillent l’intérêt : Nicole Kidman simule une fellation à John Cusack, pisse sur Zac Efron / Matthew McConnaughey s’essaye au bondage, se fait trancher la gorge à la machette. C’est aussi putassier : l’ado Disney Channel se promène en slip un tiers du film. S’adressant aux spectateurs, la voix off et nasillarde de Macy Gray – faite pour chanter – refuse cependant de nous montrer la scène de sexe de Zac et Nicole, tandis que John la prend en levrette sur la machine à laver.

L’histoire du film, elle, s’avère sans importance. Mais bon : en 1969, deux journalistes, Yardley le noir (David Oyelowo) et Ward le blanc (Matthew McConnaughey) tentent d’innocenter un condamné à mort (John Cusack), avec l’aide de la fiancée épistolaire de ce dernier (Nicole Kidman). Le frère de Ward (Zac Efron) tombe amoureux, sous le regard de sa bonne (Macy Gray). Lee Daniels filme plus qu’il ne raconte, suit le scénario sans chercher à nous captiver – donc on ne l’est pas. Au moins se concentre-t-il sur ses personnages, pas inintéressants, et lance-t-il sur le tapis la peine de mort et le racisme (déjà présent dans Precious) – on a de quoi réfléchir quand on s’ennuie.

Jour 7 : jeudi 24 mai, 19h30.

Après The Paperboy, je me réjouissais donc de voir un film français, non starifiant, pour lequel personne ne s’évanouirait à la montée des marches. Trois Mondes, de Catherine Corsini, m’a pourtant enfoncée.

Juliette, enceinte, est témoin d’un accident de voiture, avec délit de fuite. Elle se rapproche de la femme du blessé, une moldave sans papiers, et cherche à retrouver le chauffard, fils de pauvre sur le point d’épouser la fille de son patron, et d’hériter de la direction du garage automobile. Ce sont les trois mondes en question, bourrés de clichés – voire de préjugés – sociaux.

Dans le film de Catherine Corsini, il y a des phrases comme “personne ne peut mourir à notre place“. C’est d’Heidegger paraît-il, et on l’apprend grâce au petit ami de Juliette, professeur de philosophie – le monde des aisés. Elle, est étudiante en médecine, spécialisation psychiatrie, et ne peut s’empêcher de vouloir aider tout un chacun, même quand ça ne la regarde pas. La femme (bientôt veuve) moldave finit par faire chanter Juliette, accompagnée de deux compatriotes peu bavards et musclés – le monde des sans-papiers. Quant au chauffard parti de rien, il s’embrouille avec ses amis garagistes, maintenant qu’il est le chef, parce que ce qu’il a aujourd’hui, il ne le doit qu’à lui – le monde des nouveaux riches. J’ai pouffé, et mon voisin aussi – en même temps, c’était Jean-Baptiste – tant certaines répliques étaient écrites pour faire profond, ou faire pleurer. D’autant qu’il y a des violons. Il m’en reste un peu toutefois, de Trois Mondes de Corsini, du personnage de Juliette surtout. De cette idée qu’à vouloir aider tout le monde sans vouloir faire de mal à personne, les choses ne peuvent que se retourner contre vous. Il me reste le sourire de Raphaël Personnaz, et mon envie d’aimer le film avant qu’il ne verse dans ce qu’il aurait dû, à tout prix, éviter.

Je suis venue ici pour vous parler de films magistraux, non pas investie d’une mission, mais de ma passion pour le cinéma.
Ce jour, j’aurai échoué. Un sentiment dont j’ai, ce soir, du mal à me défaire. Ainsi, je n’ai pas eu le courage de voir V Tumane de Sergei Loznitsa à 19h30, film russe de deux heures dans la brume de la seconde guerre mondiale, une histoire de collabo en Bielorussie. Pourtant, c’est sûr, ça m’aurait requinquée.

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