Une envrakée à Cannes : épisode 9

28/05/12 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , ,

 

Jour 9 : samedi 26 mai, après.

Dernier jour de festival, avant-dernier jour à Cannes, nostalgie pire que présente : on sait qu’il va falloir qu’on occupe nos journées à autre chose que voir des films, écrire dessus, finir en soirée open bar à en parler – on voudrait que ce soit pour la vie. On se console : on ne patientera plus des heures, se nourrira d’autre chose que de pain/café, et – surtout – on dormira.

Notre dernier film de la compétition officielle (mais pas de la journée), c’est Mud de Jeff Nichols, qu’on attend depuis l’annonce de la sélection comme une palme potentielle. Parce qu’on avait trouvé Take Shelter très fort, que Mud suit des enfants dans le bayou, que c’est un super titre : ça veut dire boue.

Mud s’avère en fait être le surnom d’un vagabond amoureux que deux gamins de 14 ans rencontrent sur une île inhabitée. Le film s’assume comme une “aventure d’enfants” (- genre les Goonies, en pas marrant). Les jeunes acteurs rayonnent (Jacob Lofland, qu’on verrait bien dans un Gus Van Sant, Tye Sheridan, du dernier Terrence Malick) et les rôles secondaires ne disparaissent pas dans le décor (Michael Shannon de Take Shelter et Sarah Paulson, récemment dans American Horror Story). Le décor, lui, comme dans le précédent film de Jeff Nichols s’intègre complétement à l’histoire. On passe un bon moment, trouve assez fin ce qui se devine sur l’amour, le premier flirt, l’âme sœur, le couple marié. Ça dit que ça finit mal, en général, mais que ça vaut le coup de s’accrocher. On retrouvait de cette idée – ou idéal – dans Take Shelter, qui était tout de même beaucoup mieux : réalisation plus percutante, film plus ambiancé, questionnements plus présents. On suivra Jeff Nichols, mais on ne le récompensera pas là.

Après, il se passe des trucs : j’ai mal à la tête, la gueule de bois, je m’apprête à me coucher, et puis me dis NON. C’est le festival de Cannes, je veux aller à la séance spéciale de minuit et demi : le remake de Maniac de William Lustig, film culte de 1980, réalisé ici par Frank Khalfoun, scénarisé par Alexandre Aja et Gregory Levasseur.

J’avais croisé Laurent Pécha, d’EcranLarge, qui me vendait le film comme une très bonne surprise. J’avais vu des photos qui laissaient croire que le scalp – gore à souhait – s’élèverait au rang d’acte esthétique. En vérité, le film, n’est ni fou, ni beau. Il opte pour le point de vue subjectif (l’objectif de la camera passe pour le regard du héros), qui ne tient pas sur la durée. Le procédé empêche plus qu’il n’encourage l’empathie, a priori indispensable au spectateur qui – dans le cas contraire et présent – crie au mélopathos. Maniac de Khalfoun, insiste beaucoup – et mal – sur la sensibilité de son personnage, faisant appel aux flash-backs. Durant ces derniers, on revient au point de vue objectif, ce qui a du sens. Ça en a donc moins quand la camera tourne l’un des meurtres (qui ont le mérite d’être filmés de près) de façon classique, abandonnant la première personne sans raison, si bien qu’on suppose une erreur de montage. On n’a qu’une envie : voir l’original.

Il est 2h30, direction Le Petit Majestic, bar historique, avec Guillaume et Jon de France24. On y croise toute l’équipe de l’Ivresse de l’Argent d’Im Sang-soo, y compris sa magnifique actrice Kim Hyo-Jin. On me présente comme une critique du Monde (- je l’ai été trois mois), le quiproquo enfle si vite que je n’ose rectifier. Elle me demande ce que j’ai pensé du film, je réponds que je n’aime que la seconde moitié, elle semble bien le prendre. Je ne sais si elle m’apprécie ou veut m’impressionner. On discute de la Corée, notre duo intrigue tant qu’on se fait prendre en photo : drôle de soirée que ma dernière ! Et à demain pour le bilan.

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire