Universal Soldier, le jour du jugement : la poétique du last action hero

12/02/13 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags : ,

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Les souvenirs d’Universal Soldier premier du nom – et seul qu’on a vu – s’envolent. C’était en 1992 ou 1993, il était question de super soldats génétiquement modifiés par L’U.S.Army, un parent vigilant nous avait coupé net alors qu’on rembobinait la VHS pour se la passer une seconde fois : allez ouste, allez jouez dehors. De la madeleine de Proust a ce numéro 4, sequel opportuniste qui prétendrait à 19,99 euros de notre bourse et 2 heures de notre vie, il y a donc 20 ans. Et une indifférence profonde pour cette saga qui a lancé – hem – Roland Emmerich.

Surprise : Universal Soldier, le jour du jugement vaut son pesant de cacahuètes. Il ne ressemble à rien. Il n’est pas besoin d’apprécier Van Damme, ni les films d’action – enfin, un peu ne fait pas de mal – ni même d’avoir vu les films précédents pour entrer dans celui-ci tant il trace sa propre voie, singulière et surmultipliée, tout en empruntant éhontément autant à Apocalypse Now qu’à Fight Club et Enter the Void, de Gaspar Noé. La steady-cam suit la nuque des personnages de longs moments, ou flotte fantomatiquement au dessus de l’asphalte, l’écran scintille, fond au blanc stroboscopique et brûle la rétine, les lignes de dialogues sont réduites à leur portion congrue (et c’est tant mieux). Dans cet enrobage sur-stylisé et limite auteurisant (ou ce qui s’en rapproche le plus dans une série B) les universal soldiers de John Hyams sont tout ce qu’il y a de plus incarnés. Ce sont les gueules et les abdos du casting über testostéronné, Van Damme en tête, crâne improbable, visage peinturluré, regard blasé, Colonel Kurtz qui bouffe l’écran chaque fois qu’il paraît – soit 1/4 d’heure de film cumulé. Face à lui, Scott Adkins, en impose, la souplesse des biscottos inversement proportionnelle à celle de ses muscles faciaux. Il serait – paraît-il – l’un des prétendants au trône de movie karateka-star (c’est que Van Damme a 53 ans). Entre la figure tutélaire et le jeune premier : une suburbia poisseuse et un bayou labyrinthique, peuplé de colosses aussi taiseux que terrifiants qui se foutent sur la gueule avec une férocité rare. Le quatre morceaux de bravoure du film épatent par le côté viscéral des cascades, qu’on croyait ne plus trouver que dans un certain cinéma asiatique.

On laissé le synopsis sur le bord de la route : il y est question de secte militaire, de FBI, de dédoublement(s) de personnalité, de vengeance(s), de manipulation(s) et de fantômes dans la machine, dans des circonvolutions là encore bienvenues dans un genre volontiers bas du front. Mieux : pour qui n’a pas vu les films précédents, cet Universal Soldier réserve de jolies chausse-trappes et surprises thématiques. Il n’est ainsi pas interdit d’y voir une mise en abyme des sequels et du last-action hero beaucoup plus convaincante que les Expendables.

Pour son esthétisme bourrin, parce qu’il se paie le luxe de déconstruire la saga dont il fait semblant d’être issu, parce qu’il transcende son statut de film “directement pour la vidéo” : Universal Soldier, le Jour du Jugement est une franche réussite.

Universal Soldier, le Jour du Jugement (Day of Reckoning). De John Hyams. Avec Scott Adkins, Jean-Claude Van Damme, Dolph Lundgren. En DVD chez Wild Side depuis le 23 janvier.

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