Adjani, César et Rushdie

02/03/10 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , ,

Historique.

Le mot est peut-être un peu fort. On l’entend souvent depuis quelques jours, depuis qu’Isabelle, “la grande Isabelle”, a reçu son cinquième César. Ça n’est pas avec cinq César qu’on marque l’histoire du cinéma français, mais avec cinq prestations. Une compression de plus, finalement, la grande Isabelle s’en fiche sûrement un peu. C’est le rôle, qui lui tenait à cœur, celui de cette prof au bout du rouleau qui prend toute sa classe en otage.

Adjani réussit enfin son (énième) come back après une décennie dans le brouillard, par la petite porte : “La Journée de la Jupe, personne n’en voulait !”. La récompense est d’autant plus méritée. Mais avant d’être une enseignante bouffie, Isabelle a été flamboyante en Reine Margot (César), troublante en baby doll (L’été meurtrier, César), tétanisante en adultérine hystérique (Possession, César), et fragile en Camille Claudel. Ce qu’on retient d’ailleurs de Camille Claudel, outre la performance magistrale de la grande Isabelle, c’est aussi son César. Et surtout, le discours de l’actrice lors de la cérémonie en 1989, année du bicentenaire de la Révolution Française, année de mes 10 ans… Année de la fatwa contre Salman Rushdie, condamné à mort pour apostasie après la parution des Versets sataniques – blasphématoires selon l’ayatollah Khomeiny.

Adjani, engoncée dans une improbable robe orientalisante, monte sur scène pour recevoir son César – c’est le troisième. On la devine tremblante, l’émotion sans doute, la surprise peut-être – quoique… Elle s’y attendait sûrement. Elle a d’ailleurs préparé son discours, et après un hommage à Camille Claudel, “cette artiste trop vite exclue par les autres, tuée trop tôt”, Adjani ajoute : “on croyait révolue l’exclusion de l’artiste et sa condamnation à mort”.
Sans un mot de remerciement pour papa, maman, le réalisateur, l’équipe technique, Diam’s ou sa concierge, l’actrice lit un passages des Versets sataniques, pendant trois minutes : “La volonté, c’est de ne pas être d’accord, ne pas se soumettre, s’opposer.”

Quelques années plus tard, Isabelle Adjani revient, dans un texte publié sur L’express.fr, sur les circonstances qui l’ont menée à sacrifier le césariquement correct sur l’autel de l’urgence : “J’étais dans un état de chamboulement émotionnel qui me rendait particulièrement sensible à toutes ces questions. Et, comme toujours dans ces moments particuliers, le sentiment d’urgence semble prendre le pas sur la raison : un impératif catégorique se manifeste, il faut lui obéir, il faut agir.”
En soutenant ainsi Salman Rushdie, Adjani a livré un discours essentiel, un discours sur la tolérance, l’importance d’être libre d’écrire, de jouer, de sculpter, et de dire non aux interdits.

Historique.

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1 commentaire

    nempower  | 02/03/10 à 17 h 42 min

  • Sublime Adjani,je l’adore…trés beau résumé
    Sabrina tu es la plus ouf..

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