L’alphabet de David Lynch

16/12/09 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : ,

“Le cinéma expérimental, ça veut rien dire !” s’exclament les mauvaises langues, pour qui l’art n’aurait donc pas pour unique fonction d’être simplement “beau”, mais de raconter quelque chose. A y regarder de plus près, les films dits expérimentaux nous en disent pourtant beaucoup plus que ce qu’ils laissent paraître, sous le vernis de leurs images souvent qualifiées d’étranges. C’est le cas de The Alphabet, court-métrage réalisé en 1968 par un David Lynch encore méconnu. A son actif, un seul autre film, lui aussi au format court (Six figures getting sick, 1966).

The Alphabet, ce sont près de 4 minutes où le malaise et l’étonnement prédominent. Un A majuscule y accouche d’une myriade de petites voyelles, les lettres pénètrent le cerveau d’une jeune fille endormie, laquelle, terrifiée, crache du sang sur ses draps, des lignes indistinctes se dessinent à l’écran pendant que d’étranges voix se mélangent (pour réciter l’alphabet, essentiellement…). Vous avez dit bizarre ?

Il y a bien un sens derrière tout cela : le film est inspiré à Lynch par un cauchemar que lui a raconté sa nièce, et lui sert de support à une réflexion sur les difficultés à appréhender le langage. Une interprétation qui ne fait plus de doute quand on sait que durant toute son enfance, Lynch a été tétanisé par l’apprentissage de la lecture et de l’écriture.

Ce n’est qu’en 1977 que le réalisateur livre son premier long, Eraserhead, film aussi étrange que ses petits prédécesseurs et ressuscitant la figure du bébé monstrueux déjà présent dans The Alphabet. Avec ce film, Lynch prouve que la recherche formelle au détriment parfois du récit linéaire et accessible, peut inaugurer une carrière phénoménale.

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