L’Île aux Fleurs

01/04/10 par  |  publié dans : Cinéma | Tags :

Réalisé en 1989, L’Île aux Fleurs de Jorge Furtado, fait partie de ces objets culturels indémodables car drôles, pertinents et décalés. Petit modèle de documentaire et/ou de court-métrage bien fait, il se regarde aussi bien à l’université qu’au détour d’un lien twitter, facebook, réseaux de curieux. Et pour ceux qui l’on vu (et revu), le voilà qui s’infiltre dans les conversations, dès que le prétexte se présente. Ce chef d’œuvre, c’est pourtant l’histoire banale d’une tomate.

Dix-sept fois récompensé, notamment par l’Ours d’argent du court métrage au Festival de Berlin (1990), L’Île aux Fleurs suit donc une tomate de la cueillette à la décharge, expliquant son cheminement d’une voix off exagérément pédagogique qu’on suppose parodique, ou à l’attention de gens très cons. Un peu des deux puisque le court traite de l’absurdité de la logique humaine. Et comme elle ne se remarque plus à force d’être niée, le générique met en garde : “Ceci n’est pas un film de fiction” – et donne d’emblée sa conclusion :“Dieu n’existe pas”. C’était il y a vingt ans et la réalité avait déjà de quoi effrayer, risiblement.

En douze minutes d’un cynisme certain et d’artifices si gros qu’ils instaurent un climat de complicité, le documentaire aborde des thèmes aussi vastes que les revers du capitalisme ou les ravages de la guerre. Il emmène surtout le spectateur exactement là où il veut – et où l’information se retiendra – : l’île aux fleurs, décharge de Porto Allegre (- ville qui génère 500 tonnes d’ordures par jour, apprendra t-on). Toutes les digressions du narrateur (- on se laissera séduire par la VF), et de ce texte que Jorge Furtado a porté huit mois avant d’en accoucher en trois jours, ne s’avèrent que préliminaires. Elles posent le rythme, engagent la prise de conscience en lui offrant des occasions de souffler/sourire, anticipent la césure que causera le propos du dénouement : être libre, c’est quoi? Encore aujourd’hui, on ne sait pas.

Outre le commentaire informatif aux pauses significatives et à l’humour tantôt jaune, tantôt noir, ce qui fait le charme du court-métrage, c’est l’intelligence de son montage dissociant image et son. Le documentaire joue sur la redondance visuelle et auditive – un peu comme si le montage des attractions d’Eisenstein rencontrait Le fermier dans son pré (ohé, ohé, ohé). Puisque l’être humain se caractérise par “Le télé-encéphale hautement développé [qui lui] permet d’emmagasiner des infos, de les mettre en relation, de les ordonner et de les comprendre.”, L’Île aux Fleurs mise sur la capacité du spectateur à traiter lui même ce qui est ici mis à sa disposition. C’était il y a vingt ans, quand Jorge Furtado faisait encore semblant mais ne nous prenait pas vraiment pour des cons. Il aurait pu.

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