Nuit et Brouillard

01/12/09 par  |  publié dans : Cinéma | Tags :

Nouvelle rubrique ! Une séquence commentée par numéro : ce bimois-ci, Nuit et brouillard, la censure et le problème de mémoire…
En 1955, Alain Resnais sort un film émouvant et politique sur les camps de concentration et l’extermination, mêlant des images d’archives, des photos et des séquences couleurs qu’il a filmées lui-même. Nuit et Brouillard est typiquement le film qu’un professeur d’histoire montre à ses élèves tant il est juste sur le plan historique, tant il heurte la sensibilité de chacun par les images d’archives édifiantes et le texte percutant de Jean Cayrol.

Mais l’image à laquelle Envrak vous propose de vous intéresser est au début du film quand le narrateur énumère différents camps de concentration. On arrive fatalement au camp français de Pithiviers et le profil d’un gendarme, reconnaissable à son képi, se voit nettement à gauche de l’image (4min27). Il faut savoir qu’à sa sortie, le film de Resnais a été censuré d’une manière bien particulière. Le gendarme avait tout bonnement disparu. Il était de très mauvais ton en 1955 d’admettre, ou de rappeler, que la gendarmerie et la police avaient activement participé à la collaboration avec les nazis. Mieux valait se souvenir de l’action héroïque de celles-ci lors de la libération de la ville de Paris.

De fait, il a été particulièrement long et laborieux pour les historiens chercheurs d’avoir accès aux archives témoignant de cette collaboration et de l’épuration des fonctionnaires en bleu qui a eu lieu à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Une consciencieuse omerta a longtemps imposé un silence gêné et honteux sur les activités de la police et de la gendarmerie dans le traquage quotidien de juifs, de traîtres, de communistes ; leur participation à de tristes événements comme la rafle du Vél d’Hiv ; le zèle de certains, des commissaires aux simples agents…

Par ailleurs, si les archives ont été longtemps fermées aux chercheurs, la reconnaissance publique de la collaboration policière (malgré les nombreux procès de policiers et de gendarmes dans les années 50) a également été très longue. En effet, ce n’est qu’en juillet 1995 que le Président Jacques Chirac, lors d’une allocution pour des cérémonies commémorant la grande rafle des 16 et 17 juillet 1942, reconnaît qu’ “il y a cinquante-trois ans, le 16 juillet 1942, 450 policiers et gendarmes français, sous l’autorité de leurs chefs, répondaient aux exigences des nazis”.
Si le thème vous intéresse : BERLIERE Jean-Marc, Policiers français sous l’Occupation, Tempus Perrin, 2009
Le discours de Jacques Chirac peut être lu ici

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