Voir la mer et rencontrer Patrice Leconte

31/10/11 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags : , ,

Sorti en DVD le mois dernier, Voir la Mer, qui n’a pas trouvé son public lors de sa sortie, est indéniablement un petit bonbon acidulé qu’il faut savourer. Outre un duo de comédiens exemplaires (Clément Sibony et Nicolas Giraud), le premier rôle de la délicieuse Pauline Lefèvre, on y retrouve un Patrice Leconte des très bons jours. Et il n’est pas dit que son long métrage ne devienne culte pour des générations en soif de romantisme ou d’évasion amoureuse.

Quel soulagement de vous voir revenir au cinéma, plutôt que de vous regarder faire une sortie à la Jospin !

Patrice Leconte : Oui, enfin à la Maurice Chevalier…

C’est vous, le personnage de Pauline Lefèvre, à la fin du film, hésitant entre deux directions à prendre ?

Oui, il y a un peu de ça. Ce qui est vrai surtout, et c’est pour cela que je suis très attaché à ce film et que j’ai adoré le faire, c’est que j’avais conscience que je m’étais un peu perdu dans mes précédents films. Perdu, c’est relatif. Je ne regrette rien, mais j’ai fait des films qui n’étaient plus très personnels. L’enthousiasme s’effiloche très vite, et un jour, vous vous prenez en grippe à faire des films qui ne vous ressemblent pas. Cela semble prétentieux, mais je voulais faire des films plus à moi, plus sincères. Je suis d’autant plus triste, pour des tas de raisons, que Voir La Mer n’ait pas marché du tout, qu’il ait été mal distribué et mal sorti.

Pourquoi ce sujet, ces deux frères qui visitent leur mère, et cette jeune fille qui les perturbe ?

J’avais l’envie de faire un film qui ne coûte pas très cher, qu’on soit sur les routes avec une petite équipe ayant la liberté et la légèreté que j’ai connues sur d’autres films, que j’avais perdu depuis quelques temps. Mais surtout : l’envie d’exprimer des sentiments précis, qui soient vraiment des choses que je ressente fortement. De raconter cette histoire d’amour à trois. D’exprimer cette forme de sensualité-là.  C’est magnifique et lumineux. De courir après ces choses légères et enchantées. De parfumer la vie des gens, le temps d’un film, et les emmener vers quelque chose de plus beau que la vie. Ça semble cul-cul, dis comme ça (rires).

Pas cul-cul, j’ai vécu une sorte d’histoire similaire, lors de vacances d’hiver à Gérardmer. Nous étions trois frères, juste adolescents, fous amoureux de la même superbe fille. C’était un énorme fantasme. Aucun d’entre-nous n’avaient l’ombre d’une chance (rires).

C’est un peu de ça. Cette fille est comme toutes les femmes qui bouleversent nos vies. Ce sont des parachutistes. Elles tombent, on ne sait pas d’où, mais elles vous tombent dessus. Prudence, dans le film, est comme votre inconnue à Gérardmer, elle tombe sur ces deux frères. Ce ne sont pas celles que l’on voit venir de loin qui nous bouleversent, ce sont ces femmes parachutes. Je crois aux femmes parachutistes.

La genèse du projet est venue d’une amitié masculine entre Nicolas Giraud, Clément Sibony et vous. Manque de pot, le scénario fait la part belle à une donzelle qui fout un peu la mouise. Ça n’a pas phagocyté la promotion du film, Nicolas et Clément restant en retrait par rapport à la demande des média sur Pauline Lefèvre, ex miss-météo ?

Sur le tournage, pas du tout.  Il y avait de la générosité et de la confiance, personne n’était en observation de l’autre. Pauline nous a tous bluffé. L’insouciance, le naturel, la désinvolture apparentes, que possède Pauline, dans son comportement quotidien et quand elle joue, sont quelque chose d’assez confondant et merveilleux. Nous y étions tous sensibles. On ne peut pas reprocher aux journalistes de se précipiter sur le tout nouveau, tout beau. Sur cette fille Miss Météo, extravagante et excentrique, qui fait sa première apparition au cinéma. La promotion s’est centrée sur elle plutôt que sur les deux garçons, et oui, j’en étais assez déçu. Avec mon idéalisme à la con, je disais que la promotion se ferait à trois ou ne se fera pas. C’était un vœu pieu.

Et on retrouve la fille aux cheveux courts, chère à Patrice Leconte.

Je ne peux pas tourner avec des filles aux cheveux longs dans mes films. C’est pas possible. Il faut que cela se sache et cela se sait. Pauline était bouleversée, émue et enchantée que je lui propose ce rôle. Mais il y avait deux conditions. Il fallait qu’elle se coupe les cheveux. Ce qui ne a lui posé aucun problème. Et qu’elle devait accepter des scènes de nudité. C’était dans le script, je ne la prenais pas à contre-pied.  Ces scènes ne sont pas les plus bidonnantes à tourner, mais faut les faire les plus joliment possibles. Je ne suis pas tordu et mon regard n’est pas vicieux. Aucun acteur ne vous dira jamais qu’il aime tourner des scènes de cul.

Pauline Lefèvre
La météo vous a-t-elle posée problème lors du tournage ?

On  s’est bien arraché les cheveux. Elle n’a pas été sympathique. Pour la scène de Saint de Luz, on a même eu du bol incroyable. On ne pouvait pas attendre, car une mauvaise période s’annonçait. C’était fin de journée, un peu plombé et il y a une espèce de bout de soleil qui a éclairé l’écume des vagues. Au final, c’est pas mal que l’océan que découvre le trio soit tumultueux. A cause du tumulte de leurs relations, de la mort de la mère…

Le début du film est très Bliesque.

J’ai fait un film qui s’appelait  Tango et qui était délibérément assumé comme un film fait sous influence Blier. J’enviais beaucoup Bertrand Blier d’avoir cette liberté d’inspiration dans l’écriture.  Ce mec peut tout se permettre. Et ça m’est retombé sur le coin du nez car il n’y a que Blier qui peut faire du Blier. Je me suis embourbé dans Tango. Là, ça m’a été dit et je suis tombé un peu de la lune. C’est très inconscient, mais je le reconnais. Il y a un petit truc.

On a parlé des Valseuses et de Jules et Jim à propos de Voir La Mer. Je pense que ce film, c’est foncièrement vous. C’est votre style de road-movie, à la Tandem, le Parfum d’Yvonne… Dans Voir La Mer, il y a un énorme attachement à l’enfance. D’ailleurs, Nicolas dépose un jouet Kinder sur le lit de mort de sa mère. Un petit avion en l’occurrence.

Il y a beaucoup d’enfance dans ce film, c’est vrai. Et je tenais vraiment à ce que le personnage de Nicolas garde un petit Kinder dans sa poche et qu’au lieu d’emmener des fleurs ou de déposer un baiser sur le front, il lui dépose ce petit jouet. Comme un gamin. C’est simple et dérisoire. Donc, émouvant. La question était de savoir quel Kinder. L’accessoiriste m’a montré différents jouets. L’avion, c’était l’idée de s’envoler. J’aime bien quand on me pose ce genre de question !

La présence constante de Max, l’ex-compagnon de Prudence, n’est-il pas un film dans le film ?

C’est possible. Si on s’ingénie à filmer l’insouciance, il faut filmer son contraire. Si on filme du blanc, il faut du noir pour compenser. J’ai senti que c’était utile. Un contrepoint important. C’est juste un mec pathétique, balourd, maladroit. Dangereux parce que dévasté par un chagrin amoureux et qui pouvait menacer l’équilibre heureux du trio. Une sorte de petit nuage gris menaçant sur un fond de ciel bleu.

Et bientôt, sort sur les écrans Le Magasin des Suicides. Encore un Teulé général !

(Rires). Ce film est fantastique. Pour ce film d’animation, on a fait de la 2D relief. Je voulais garder le dessin. C’est un peu comme un Pop-Up. Chaque plan est en deux dimensions. Le rendu est inouï. Ça sortira au printemps 2012. Trois ans et demi de travail. Ça apprend la patience. Et à l’automne 2012, je tourne l’adaptation d’une petite œuvre de Zweig en allemand. : Le Voyage dans le passé. Je dois tourner en Allemagne et en allemand, sinon ce serait une perversion de l’esprit. C’est une très belle histoire. Ce n’est pas : l’amour résiste-t-il au temps ? C’est plus aigu et préoccupant, c’est : le désir amoureux résiste-t-il au temps ? Une homme et une femme, follement amoureux l’un de l’autre, se promettent l’un à l’autre dans deux ans.  Peuvent-ils vraiment se le promettre ? Cela semble vertigineux. On parle d’appartenance charnelle. Lui est au Mexique, elle en Allemagne et nous sommes en 1918.  On a fini ces jours l’adaptation avec Jérôme Tonnerre.

Photos © Océan Films

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