When Animals Dream de Jonas Alexander Arnby – Semaine de la Critique #Cannes2014

22/05/14 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , ,

when animals dreamLa Semaine de la Critique présente : un film sur deux femmes loup-garou, fort en sous-texte social, qu’on peine toutefois à célébrer. Ou l’histoire de la jeune Marie, dont la mère est malade et le père porteur d’un lourd secret, qui ne s’intègre pas à son village de pécheurs mais va y découvrir peu à peu sa nature, et sa sexualité.

A propos

Quand tu fais un long-métrage de loup-garou, et que tu es danois, tu ne peux pas passer à côté d’une querelle vieille comme Twilight, qui va t’opposer à Morse, pourtant suédois. Et quand tu signes un premier film de genre, aussi prometteur qu’il soit, mais que tu as l’ombre d’un des meilleurs films de vampire au dessus de toi, c’est impossible de t’en tirer. Jonas Alexander Arnby, nous n’avons rien contre toi, si ce n’est une exigence de qualité inspirée par tes pairs du grand nord, que tu frôles sans combler.

L’atmosphère de When Animals Dream a pourtant tout pour séduire, de ses poissons évidés à ses villageois mutiques voire cruels, qui entretiennent l’impression de danger. Son héroïne, pas si époustouflante qu’on nous la vendait, se débrouille assez bien, de la panique dans les yeux au sourire mutin. Sa relation avec sa mère se trouve être la plus grande réussite du film, celle d’une non communication entre une jeune femme en éclosion et ce qui reste de sa génitrice, à la fois crainte et inoffensive, car immobilisée. Les deux personnages féminins, semblables de caractère, auraient tant à dire si l’aînée, en fauteuil roulant, pouvait parler. Cette absence de passation de savoir entre les deux générations suffit aux fondations de la psychologie de Marie, et s’avère plus déchirante que les crocs de ses louves – que quelques scènes gentiment gores nous dévoilent aiguisés.

Trop c’est trop

Le film de Jonas Alexander Arnby use toutefois d’un meme rédhibitoire, celui de la pucelle à la libido activée, dont la peau frétille et les yeux s’éclaircissent. Ça passe une fois, deux fois, mais depuis Black Swan d’Aronovsky, métaphore par excellence de l’émancipation de la fille à maman, ce n’est plus possible au cinéma. Dès lors, on développe l’allergie des plans sur les omoplates qui poussent la peau, sur les bas-reins possédés et autres mouvements corporels – faussement animal – trop suggestifs, trop soulignés. S’il n’y a pas plus idéal que le prisme du genre pour traiter du réveil des adulescentes (cf Carrie de De Palma), on aimerait parfois qu’elles se contentent de serrer les cuisses, ou d’éponger leur culotte, comme on le fait en société.

Reste que la côte ouest du Danemark, sa communauté de pécheurs en autarcie, où la solidarité féminine n’existe pas et où les hommes se croient tout permis, sublime ce récit qu’on nous a déjà conté. De la scène d’agression sexuelle au poisson frais, à celle très moyenâgeuse de la chasse aux sorcières, à moto ou en bateau, on salue l’engagement féministe d’un réalisateur qui se réapproprie ces passages obligés, malheureusement toujours d’actualité. L’amourette entre Marie et le pécheur le plus mignon du coin, à laquelle on ne croit que parce qu’ils n’ont qu’eux sous la main, amène quant à elle une nouveauté très appréciable : l’homme peut aimer la femme qui laisse pousser – et assume – sa pilosité. Qu’elle vienne du père (“tu es belle”) ou du petit-ami (“tu es belle”), la réplique émeut, porte en elle tout l’espoir d’une évolution des mentalités.

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