William Finley (1942-2012)

17/04/12 par  |  publié dans : Cinéma | Tags :

William Finley, avec Jessica Harper, dans Phantom of the Paradise (1974)

William Finley était un grand acteur : 1m95 de corps dégingandé surplombé par deux globes bleus et une tignasse blonde jamais coiffée. Quand Finley déboulait, on le voyait arriver de loin. On l’a d’ailleurs rarement vu débouler ailleurs que dans un film de Brian De Palma. Amis d’université, c’est ensemble que le comédien et le réalisateur ont fait leurs débuts dans les années 60, dans des films d’étudiants, puis des productions plus ambitieuses inspirées de la Nouvelle Vague française (Woton’s Wake, Murder a la Mod, The Wedding Party, Dyonisus in 69…) Le potentiel comique de Finley, son visage expressif et sa silhouette si particulière y sont naturellement exploités, De Palma n’étant pas encore conscient que la palette du comédien lui permet de jouer dans un registre beaucoup plus inquiétant.

C’est en 1973 que le réalisateur a enfin cet éclair de génie, et qu’il confie à William Finley le rôle ambigu du docteur Emil Bretton (photo ci-contre) dans Sisters : dans ce vertigineux opus hitchcockien, il campe un psychiatre amoureux d’une de ses patientes, jeune femme perturbée par une opération qui l’a séparée de sa sœur siamoise. L’acteur y montre une nouvelle facette de son jeu, assez convaincant pour gagner le droit, l’année suivante, d’interpréter le rôle de sa vie, dans ce qui reste le film le plus personnel et le plus culte de la carrière de Brian De Palma.

Avec Phantom of the Paradise, William Finley, dans le double rôle du timide chanteur Winslow et du redoutable fantôme hantant les coulisses d’une salle de concert, marque sa carrière au fer rouge. Sous le masque d’un personnage incarnant un condensé de toutes les peurs de De Palma (celle, particulièrement, de se voir dépossédé de son œuvre par les studios hollywoodiens), Finley est magique. On parlera beaucoup, par la suite, du travail accompli sur le film par son partenaire Paul Williams, chanteur américain qui a ici la double responsabilité de composer la bande originale du film et d’interpréter le propriétaire du Paradise, ennemi de Winslow, cible du fantôme, mythique méchant de cinéma qui a durablement marqué les mémoires. Dans l’ombre de ce géant d’1m57, Finley tire pourtant les ficelles, et livre une prestation inoubliable. Tour à tour monument d’humanité et monstre de vengeance, le comédien entre dans la légende des grands discrets. De ceux qui n’ont pas voulu (ou été capables) de tirer leur carrière vers le haut après un film mythique (dans une moindre mesure, Malcolm McDowell, star d’Orange Mécanique, est de ceux-là). On reverra Finley, toujours chez De Palma, dans Furie. On entendra sa voix – clin d’œil pour les fans – dans Pulsions. On l’apercevra dans quelques séries télé, de loin. On le retrouvera ensuite, avec un plaisir assumé de cinéphile, dans Le Dahlia Noir (De Palma, encore). Puis plus rien. Jusqu’à ce jour du 14 avril 2012 où un entrefilet nous apprend qu’il vient de décéder suite à une opération, à l’âge de 70 ans. Aucune chaine de télévision ne rendra hommage à William Finley, personne ne vous parlera de lui, rien ne vous oblige à le connaître. Mais ici, cette nouvelle nous a rendus orphelins. Aujourd’hui, Finley hante le Paradise. Pour de bon, cette fois.


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