C’est bon, la honte : 50 nuances de Grey

17/10/12 par  |  publié dans : Livres, Romans | Tags : , ,

PORNO POUR MAMANS

“Elle est douce et dure à la fois, comme de l’acier dans du velours, et étonnement bonne :

salée et veloutée… c’est ma petite sucette goût Christian Grey”

J’ai honte. Pas parce que je me suis mis au porno pour mémère, ni parce qu’il m’a émoustillé – hem – une ou deux fois. J’ai honte parce qu’il fut un temps où je lisais régulièrement – c’était avant qu’internet et Battlefield 3 ne salopent ma concentration, et où je croyais encore au côté sacré du livre. Quitte à finir religieusement le plus ennuyant des pavés. J’ai honte, parce que je ne terminerai probablement pas 50 nuances de Grey, le livre aux 40 ou 50 millions de lectrices (eurs).

J’ai pourtant fait des efforts, esprit ouvert et coeur léger, pour lire ce best seller annoncé – sortie le 17 octobre en France. Je n’ai pas dépassé les 200 pages, ou plutôt les 41%, sur Kindle. Juste au moment où les choses commencent à s’emballer, où notre héroïne signe le contrat d’exclusivité et de confidentialité avec son mentor es sado mado bondage, Christian Grey.

Soit Anastasia, une petite oie blanche pure comme le premier flocon de neige à être tombé sur la terre, sur le point de terminer la fac. Soit Christian Grey, PDG d’une grosse société riche à milliards. Il est beau et ténébreux, elle n’a jamais rien vu, jamais rien fait, elle est insipide et légèrement demeurée. Elle blushes (rougit) 3 fois par page, dès que Christian lui prend la main (“personne ne m’a jamais tenu la main“). Elle le “regarde subrepticement de sous mes cils…“, elle tremble et se liquéfie au moindre déplacement d’air provoqué par son amant à la voix “chaude et grave comme une coulée de chocolat noir fondu et caramel… il n’est pas seulement beau, il est l’épitome de la beauté masculine, à couper le souffle… il n’a rien à envier au Michel-Ange de David“.

C’est aussi mignon que transparent.

Elle est tellement nunuche que d’elle à lui, d’emblée la soumission est totale. Alors à quoi bon ? Oh, oui, il y a des nuits torrides, et des étreintes sensuelles. “Lentement, il s’introduit en moi, lentement, lentement, jusqu’à y être complétement enfoui. Il s’étire, il me remplit, impitoyable. Je gémis fort. Je le sens plus profondément cette fois, et je m’en délecte. Je gémis à nouveau, et il fait délibérément des cercles avec son bassin avant de se retirer – une pause – et de me pénétrer à nouveau

Mais devant tant de consens-ualité… encore une fois, à quoi bon ? Je mets mon membre turgescent à couper qu’ils termineront mariés à la fin. Relecture de Cendrillon façon Harlequin, 50 nuances de Grey fait rêver les mémères et vend des sex-toys à la pelle. Il peine surtout à cacher son statut de fanfiction, décalque à peine déguisé de Twilight (dont on trouve quelques traces évidentes dans les personnages). Plus syndrome de la malbouffe culturelle qu’objet de débats de société, 50 nuances… frappe par sa médiocrité.

J’ai honte. C’est bon la honte. Mais pas ici. Ce comble !

[Traductions libres, indépendantes du texte français final].

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5 commentaires

    Marc  | 21/10/12 à 23 h 25 min

  • Pourquoi honte ?
    Je trouve déja plutot interéssant d’avoir tenté la lecture de ce livre sans a priori.
    J’ai l’impression de me retrouver sur les débats qui expliquaient que c’était ridicule que des adultes lisent harry potter … Du moment que chacun y trouve son compte (ou pas du coup, vu que la le livre ne sera pas fini ;) )

  • Marie  | 19/12/12 à 5 h 15 min

  • J’en pense un peu la même chose. Je me dis que si la protagoniste principale est si nunuche, c’est pour rajouter un peu de piment, l’opposer entièrement à son mentor, l’image de la vierge pure qui se laisse embrigader dans des jeux extrêmes…

  • Héloïse  | 21/01/13 à 13 h 58 min

  • Mes collègues féminines adorent. C’est le seul roman qu’elles auraient lu ces derniers mois. J’essaie de ne pas faire preuve de snobisme, mais bon… En même mieux : vaut peut-être lire avec plaisir un livre facile et nunuche que ne rien lire du tout ou de s’emmerder sur un bouquin qui aurait reçu les grands hommages littéraires… I don’t know.

  • Karine  | 26/04/13 à 18 h 21 min

  • N’ait pas honte… Je suis comme toi, j’ai pas pu aller au bout… C’est insipide, plat… Je ne comprends pas cet engouement…
    Mais effectivement, comme le dis Heloise : “vaut peut-être lire avec plaisir un livre facile et nunuche que ne rien lire du tout”
    Mais j’aime ton analyse :)

  • Aline  | 04/09/13 à 10 h 18 min

  • Vraiment aucune honte à avoir … Le navet surgonfflé aux hormones, cela se repére à des km.
    Le pire c est de voir des exemplaires à la vente (aux caisses et en hauteur) chez une célébre chaine de jouets en Belgique… J ai cru que j allais étouffer de rire… Mais pour qui nous prends ton ?
    Faut vraiment s’emmerder ferme pour lire cette outre.
    Et le mythe de la vierge… Bonjour le puritanisme ambiant, on peut se faire trombiner à toutes les sauces mais heureusement il y aura (peut être ) mariage à la fin…
    En plus, s il est riche… Le compte est bon… On finit même au générique d’ amour, gloire et beauté.
    Ah, oui, j ai oublié de dire… Je ne l ai pas lu ! Délibérement…
    Ras le bol de la connerie

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