Aya de Yopougon : l’Afrique autrement

17/04/10 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres | Tags : ,

Si vous pensez que l’Afrique est un pays ou que Côte d’Ivoire est une marque de chocolat, alors docteur Envrak vous prescrit une bonne dose d’Aya de Yopougon. Aya, c’est une jeune femme ivoirienne qui rêve de devenir médecin. Pas facile dans une société qui vous incite plutôt à faire un bon mariage. Une norme qu’ont d’ailleurs totalement intégrée ses plus proches amies, Bintou et Adjoua. Le personnage éponyme de la série occupe une place importante mais n’est pas pour autant le centre de l’histoire. Elle est celle à qui tous viennent parler de leurs malheurs mais surtout un prétexte pour raconter la vie des habitants d’un quartier d’Abidjan surnommé Yop City par les locaux.

Pas de guerre, pas de famine, ni de misère extrême, Aya de Yopougon raconte simplement la vie quotidienne du quartier. On se délecte du langage cru de ses habitants, parfois un peu hermétique pour le profane – heureusement « l’incontournable lexique » de fin est là-, de leurs proverbes imagés qui se passent de traduction – « si pressée que soit la mouche elle attend que l’excrément soit sorti » – , et de leur logique implacable – « je t’ai mis au monde donc j’en sais plus que toi ». Au fur et à mesure de l’évolution de l’histoire, les trajectoires des personnages divergent et certains s’éloignent de Yopougon. C’est par exemple le cas d’Innocent, coiffeur gay qui se rend à Paris où il pense pouvoir vivre sa différence au grand jour. Ce sosie de Michael Jackson y expérimente cependant en premier lieu un choc culturel. Il découvre par exemple qu’en France, il vaut mieux éviter d’appeler une femme « la vieille »… La variété des personnages permet à l’auteur d’aborder des thèmes divers tels que la polygamie, la différence d’éducation garçon/fille, l’ascension sociale ou encore l’homosexualité, et de casser par là même des clichés bien ancrés sur les sociétés africaines. Loin de la soumission à laquelle on les réduit trop souvent, les femmes y apparaissent comme des personnages forts et bien décidés à ne pas se laisser marcher sur les pieds par des maris coureurs ou autoritaires. Elles n’en sont pas moins considérées comme des acteurs secondaires par les hommes qui veulent s’imposer comme « chefs ». Une réalité qui ne se vérifie pas forcément à l’intérieur du foyer…

L’auteur, Marguerite Abouet, sait de quoi elle parle. Née à Abidjan, elle a passé son enfance à Yopougon avant de boucler ses valises et partir à Paris à l’âge de douze ans. L’humour dans ses dialogues et le dessin simple mais expressif de Clément Oubrerie font du lecteur un spectateur amusé de toutes les situations, des plus burlesques à celles qui pourraient être dramatiques. Si la parution annuelle est suivie, le sixième tome devrait voir le jour fin 2010.

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