Guillaume ou Célestin ?

01/08/07 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres | Tags :

Célestin Gobe-la-Lune

tome 1, L’amour a ses raisons…, scénario Wilfrid Lupano, dessin Yannick Corboz, Delcourt, juin 2007, 12,90€

L’ascension sociale par le mariage était – est – une pratique courante dans l’aristocratie. Mais lorsque Célestin, un jeune orphelin un peu gauche, se croyant de noble descendance, tente de séduire la princesse Pimprinule, la farandole séductrice tourne au comique. Surtout que le Célestin ne se contente pas nécessairement d’une seule donzelle.

Wilfrid Lupano nous livre une histoire oscillant entre l’aventure et la comédie, d’un ton léger, renforcé par le dessin vif de Yannick Corboz. L’histoire est sans surprise, mais les répliques sont drôles, les gaffes, gamelles et autres fourberies fonctionnent bien. Le dessin et l’animation sont assez dynamiques malgré des traits de contours très épais. On peut regretter encore une fois des couleurs trop criardes. Une fois les lunettes de soleil chaussées, vous pouvez déguster cet album amusant, par le scénariste d’Alim le tanneur.

Les Vaincus

scénario et dessin Frantz Duchazeau, Dargaud, juin 2007, 18€

Nord du Pérou 1532. Les premiers bateaux espagnols approchent des côtes de l’Empire Inca. Les vieux Indiens connaissent les présages et savent que l’arrivée d’étrangers annonce la fin de leur ère. Mais beaucoup voient en eux des dieux, des « Viracochas ». Il ne faut pas longtemps pour que ces dieux se transforment en démons, ravageant des villes, tuant les civils, violant des femmes. C’est la triste histoire de la conquête espagnole que nous raconte ici Frantz Duchazeau en prenant pour héros Apoo, un jeune chasqui, c’est-à-dire un messager royal. Sa première mission est de participer au relais du message concernant l’invasion. Lorsque les espagnols capturent et tuent l’empereur Inca, il décide de se rendre à Cuzco, la capitale, afin d’y retrouver sa sœur.

Franz Duchazeau mélange, dans un récit de 156 pages, les points de vue d’Apoo et la narration historique, replaçant la conquête espagnole dans le contexte de la situation interne de l’Empire Inca. Il relate, par exemple, le soulèvement des peuples soumis par l’Empire, profitant du chaos ambiant pour s’affranchir. L’auteur de cet album est un habitué de la civilisation Inca. Tout petit déjà, il baignait dans les Mystérieuses Cités d’Or ; il fit plusieurs voyages au Pérou et publia en 2003, la Nuit de l’Inca (Dargaud).

L’album se construit un peu comme un roman graphique, où le récit en « voix-off » tient une place importante. Cette impression est renforcée par le format de l’album, plus petit et plus épais qu’un album traditionnel. A l’intérieur, le dessin se développe exclusivement en noir et blanc, mêlant encrage à la plume et au pinceau. Les lignes peuvent donc être fines et nerveuses ou bien épaisses, expressives. L’expressivité est une notion importante de l’album. Le dessin n’est jamais très fouillé, de grandes ombres masques les visages. Pourtant, l’émotion que ressent Apoo autant que la barbarie ambiante sont rendues par le travail sur la matière. Cela peut paraître contradictoire avec la notion même de graphisme, dénué de matière, privilégiant seulement le trait. Ici, Duchazeau travaille sa case à l’égal des peintres de l’Art Brut, ciselant la matière comme un corps écorché. Un vrai petit bijou graphique.

Messire Guillaume

tome 2, Le pays de vérité, scénario Gwénael de Bonneval, dessin Matthieu Bonhomme, collection Repérages, Dupuis, mai 2007.

Le premier tome des aventures de Messire Guillaume présentait ce jeune garçon : orphelin de père, sa mère se remariait pour subvenir aux besoins de sa famille isolée par les recherches pseudo-médicales du père. La sœur de Guillaume n’accepte pas la mort de son géniteur et affirme qu’il est vivant. Une nuit, elle décide de partir à sa rencontre. Découvrant sa disparition, Messire Guillaume lui emboîte le pas, seul lui aussi dans une forêt infestée de soldats mercenaires pillant et tuant tout ce qui bouge. La fin de ce même opus permettait l’une des premières incursions du fantastique dans cet univers médiéval : messire Guillaume était retrouvé par des hommes acéphales –sans tête.
Ce second volet des aventures du jeune homme se continue sur les mêmes bases que le précédent avec cette fois une importance grandissante du fantastique, apparitions d’êtres étranges, brouillant les pistes ou aidant notre héros sur le chemin de sa sœur et de son père.

De Bonneval nous avait déjà habitué à un univers à la fois étrange et lyrique avec, notamment, Samedi et Dimanche (Dargaud). Il compose ici encore un scénario tout en douceur, transportant certes son personnage dans un monde violent mais sans excès, sans surenchère de brutalité. Le monde dans lequel évolue Guillaume n’est ni nommé ni daté, le fantastique y est bien présent, pourtant nous ne pouvons parler d’Héroïc Fantasy pour cet album, mais de médiéval fantastique : c’est-à-dire que les auteurs placent leurs personnages durant l’époque médiévale, en y incluant des phénomènes et êtres fantastiques, et non sur une planète inconnue dans une ère non précisée tel que le fait l’Héroïc Fantasy où rencontrer des monstres fait partie du quotidien. Dans cet album, on trouve parfois l’imaginaire même du Moyen Âge avec l’exemple des êtres acéphales, censés peuplés les terres inconnues.
Le dessin de Bonhomme s’accorde parfaitement à cet univers avec une touche simple et efficace, à l’encrage épais donnant un visuel clair et très lisible n’oubliant pas pour autant l’action et le dynamisme. On peut regretter peut être la ressemblance entre le chevalier de Brabançon et Jean Reno dans les Visiteurs… Le tout est bien desservit par des couleurs en aplat donnant un ton juste.

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