Carmilla etcetera

01/08/08 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres | Tags :

Espagne, Styrie autrichienne, France, Egypte…choisissez votre destination, les héros de bd iront pour vous !

Carmilla

par Sofia Terzo, Vertige graphic, 102 pages, avril 2008

Pour toute une gamme de spécialistes des histoires vampiriques, Carmilla est un nom qui ne manquera pas d’évoquer beaucoup de choses : cette nouvelle fonda une grande partie de la mythologie du Vampire. Ecrite par l’Irlandais Joseph Sheridan Le Fanu en 1872, elle précède le Dracula de Bram Stocker de quinze années. Tout comme Dracula, Carmilla a connu plusieurs adaptations dans divers genres artistiques, cinématographiques notamment, en 1932 et 1970, puis en bande dessinée.

Lorsqu’une jolie jeune femme mystérieuse doit être recueillie par un riche châtelain et sa fille à la suite d’un accident de voiture, l’atmosphère de la plaisante campagne de la Styrie autrichienne s’en trouve totalement perturbée. Laura, la fille du châtelain, fait des rêves étranges, s’accroche à son invitée pour reporter ses angoisses. Comme son hôte, la jeune Carmilla se dit bouleversée par les récents meurtres des habitants de la campagne. L’air ambiant devient lourd, angoissant et les deux jeunes femmes se rapprochent en partageant leur inquiétude. Seulement, Laura sent sa nouvelle amie distante : Carmilla refuse de dire d’où elle vient et qui elle est vraiment ; elle lui murmure des phrases ambiguës, intimes, possessives voire dévorantes que Laura ne comprend pas. Ce que la châtelaine ignore, c’est que sa nouvelle amie n’est pas si fragile et innocente qu’elle veut bien le laisser paraître et que sa langueur et son rythme de vie n’a rien à voir avec une quelconque maladie mais bien à une nature particulière, celle de l’oupir !

Ecrite à la fin du XIXème siècle, cette nouvelle s’insère dans la mouvance de la littérature néo-gothique, aimant les ambiances mystérieuses, calmes, séduisantes. L’italienne Sofia Terzo porte son coup de crayon aux faveurs de cette histoire qu’elle sert magnifiquement. Ses traits et son esthétique rappellent les gravures de la fin du XIXème siècle, alors que l’art a digéré les courbes torsadées et les angles brisés du néo-gothique pour s’orienter vers les envolées de l’Art Nouveau. L’auteure reprend délicatement à son compte cette esthétique pour le plus grand plaisir de ses lecteurs.

Au niveau du scénario quelques modifications interviennent mais ne perturbent pas le déroulement. Les ajouts n’apportent pas grand-chose, mais n’enlèvent rien non plus. On passe.
En ce qui concerne le dessin, nous l’avons dit, le coup de crayon de Sofia Terzo est assuré, maîtrisé en grande partie, esthétique et délicat. Le noir et blanc sert parfaitement cette histoire tout en pureté, qui souffrirait d’être bariolée. Pourtant, quelques points noirs viennent teinter l’album d’un bémol. La mise en page et la mise en scène ne sont pas toujours très réussies. Voyez, par exemple, les deux cases suivantes. A la première lecture, on y voit un seul dessin divisé en deux cases. Mais en réalité, la seconde est un gros plan sur le vampire placé derrière la femme qui lui donne un coup de seau. Le début du visage de la femme dans la première case et le visage du vampire dans la seconde se confondent à tel point que la lecture de l’image s’en trouve perturbée. La lourdeur de cette erreur est d’autant plus dommage qu’il y a des scènes absolument sublimes.

Pour en finir avec les points négatifs, on peut citer également l’édition. Les planches sont assez irrégulières, parfois les traits sont épais, parfois plus fins. A la page 23, par exemple, les lignes dévoilent tous les pixels de l’agrandissement dont elles ont fait l’objet. De quoi casser l’ambiance mystique et gothique de l’album. Somme toute, ce Carmilla ravira les grands amateurs d’histoires vampiriques, séduira sans doute ceux qui ne connaissent pas encore l’atmosphère de la nouvelle de Le Fanu.

Les gens honnêtes

scénario de Jean-Pierre Gibrat, dessin de Christian Durieux, Dupuis, collection Air Libre, 64 pages, aout 2008

On connaît Jean-Pierre Gibrat pour ses chroniques sentimentalo-historiques se déroulant pendant la seconde guerre mondiale. On apprécie surtout son trait fin et délicat, ses couleurs directes tout en aquarelle. Chaque album de Gibrat est une succession de planches plus belles les unes que les autres. Mais cette fois-ci, trop occupé par le prochain album de Matteo, Gibrat confie son histoire à un autre, Christian Durieux. Savant mélange ?

Tout commence par un gâteau d’anniversaire qui se révèlera avoir un goût amer. Alors qu’il défait le ruban entourant son nouveau vélo tout terrain, Philippe, 53 ans, reçoit un appel de son patron. Suite aux difficultés économiques de la mondialisation, des licenciements ont cours et Philippe en fait partie. Comment se retrouver au chômage si près de la retraite ? Comment digérer cette humiliation sociale alors que l’on a déjà trimé pendant près de trente ans ? Philippe va sombrer dans une introspection flirtant avec la dépression.

Il n’est pas fréquent de trouver des héros de cet âge-là dans les albums de bande dessinée. Mais que les jeunes ne s’en trouvent pas rebutés, les ennuis et questionnements de Philippe sont valables à tout âge, même si Gibrat et Durieux ont volontairement accentué leur histoire sur le fait que le début de la cinquantaine rime souvent avec confort. On a fini de payer la maison, les enfants sont désormais assez grands pour se prendre en charge. On a de quoi voir venir les coups durs de la vie… Du moins c’est ce que l’on pourrait croire, car il suffit d’un coup de téléphone pour changer le cours d’une histoire. En peu de temps, on perd sa confiance voire son toit.

De ce constat peu enthousiaste, Gibrat et Durieux tirent une chronique vivante, prenante mais pas démoralisante. On y retrouve l’honnêteté des pensées de Gibrat, où en chaque homme vit quelque chose de bon, de courageux et d’assez vaillant pour faire face quoi qu’il arrive. Ici, Philippe affronte la situation à sa manière, avec ses propres armes. C’est d’ailleurs sa profonde humanité qui en fait un personnage attachant. Le dessin de Durieux, assez réaliste pour ne pas ressembler à une histoire drôle, assez arrondi et caricatural pour ne pas plomber l’ambiance, est plutôt bien mesuré et tout à fait à propos. Prévue en trois tomes, cette série est à découvrir dès à présent et, peut-être, à conseiller à tous les cinquantenaires inquiets.


Mano en mano

scenario d’Emilio Ruiz, dessin d’Ana Mirallès, Dargaud, 56 pages, juillet 2008

La bande dessinée nous a offert tous types de héros, mais lorsque l’élément central d’une histoire est un billet de vingt euros, là, les choses deviennent plus originales. C’est ce que nous proposent Emilio Ruiz et Ana Mirallès qui décidément ne se quittent plus après la série A la recherche de la licorne dont l’intégrale est parue au mois de juillet chez Dargaud. Un billet de vingt euros, fraîchement retiré du distributeur, va passer de main en main, au fil des paiements et autres pertes. Cette succession entraîne une avalanche de personnages aussi différents les uns que les autres et nous permet d’apprécier autant de portraits d’Espagnols contemporains qu’il y a de pages dans l’album. Ana Mirallès, que l’on connaît surtout pour son coup de crayon pour Djinn ne cesse de nous surprendre avec des planches plus enlevées et hautes en couleurs. Un album aussi original qu’agréable.

Le marquis d’Anaon

tome 5, La chambre de Kheops, scénario de Fabien Vehlmann, dessin de Matthieu Bonhomme, Dargaud, 48 pages, juin 2008

Pour ce cinquième tome, nous retrouvons Jean-Baptiste Poulain sur les rivages parisiens. Il vient d’apprendre qu’il est l’héritier d’un mystérieux inconnu, féru d’égyptologie et ayant passé les dernières années de sa vie à essayer de percer à jour les secrets de la pyramide de Khéops. Cet héritage entraîne notre jeune héros sur les traces de son bienfaiteur, au bord rives du Nil. Accueilli par des notables français résidents sur place, le jeune Jean-Baptiste va vite comprendre qu’il se trame quelque chose de pas très clair entre eux.
C’est avec grand plaisir que nous retrouvons notre voyageur du XVIIIème siècle, dans de nouvelles contrées. Dès la couverture, le ton est différent. Moins conventionnelle, plus moderne et percutante, la couverture nous laisse espérer une nouvelle aventure encore plus prenante que les précédentes. Nous ne sommes pas déçus, surtout par le dessin de Matthieu Bonhomme, comme toujours, qui allient, finesse du trait et rigueur, des couleurs pastelles pour un univers graphique bien défini, au coup de crayon relativement sec. Pas de déception donc pour ce nouvel opus.

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