Les aigles de Rome, Château l’attente

01/12/07 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres | Tags : ,

Les aigles de Rome

livre I, par Enrico Marini, Dargaud, novembre 2007, 58 pages.

Un nouvel album d’Enrico Marini est toujours un petit événement en librairie, tant le dessinateur suisse multiplie les séries à succès : Rapaces, Scorpion, Gipsy, etc. Son indéniable talent lui a permi de travailler avec des scénaristes de renom, mais cette fois c’est en solitaire qu’il nous livre un album sur l’Antiquité romaine.
L’histoire commence sur un champ de bataille, tombeau d’une guerre opposant les légions romaines aux Chérusques, peuple germanique. Les Chérusques vaincus mais habiles combattants ne deviennent pas esclaves de Rome, comme l’a toujours craint Abraracoursix, mais des alliés soumis. En gage de cette soumission, des prisonniers sont envoyés en terres romaines, à la solde de l’Empereur, dont Ermanamer, fils du chef des Chérusques. Le César de l’époque décide de confier l’éducation de ce jeune barbare à l’un de ces anciens généraux, Titus Valerius Falco. Ce dernier est également le père d’un jeune garçon, Marcus, sensiblement du même âge qu’Ermanamer. La première rencontre entre les deux garçons, physiquement et socialement différents, est quelque peu houleuse ; ils passent leur temps à se battre, s’insulter ou se défier. Ensemble, ils vont subir l’éducation militaire de Titus Valerius, le père de Marcus, bien décidé à en faire des soldats valeureux.

La trame de ce premier album, s’inspirant de faits réels, n’est pas très fournie mais permet de présenter les personnages et le contexte dans lequel ils évoluent. L’originalité n’est pas vraiment au rendez-vous, mais après tout, ce n’est que le début. Marini a une telle qualité graphique et chromatique que chacun de ses albums est un régal pour les yeux. La virtuosité des mouvements, de la mise en scène se retrouvent une nouvelle fois, tout comme sa technique de couleurs directes. Mais il ne faudrait pas que le Suisse se repose uniquement sur ses talents graphiques car une bonne bande dessinée a besoin d’histoires riches et de dialogues percutants. Pour l’histoire, nous verrons au fil des albums, mais tout de suite nous pouvons remarquer que les dialogues sont parfois approximatifs et d’un langage peu châtié qui, à mon sens, donne un goût un peu trop contemporain. Bref, un bon album de dessinateur.

Château l’attente

par Linda Medley, ça et là pour l’édition française, novembre 2007, 457 pages.

Oui, 457 pages, vous avez bien lu ! Un bon petit pavé ! Une fois n’est pas coutume, c’est sur l’édition que nous nous arrêtons dans un premier temps pour parler de cet album. En effet, sa présentation frappe par son originalité. Vous pouvez ranger cet album aux côtés de l’intégrale d’Aristote ou de Voltaire qu’on y verrait que du feu ! Les planches sont en format A5, ce qui correspond au format de la plupart des livres de littérature. Pour soutenir ces 457 pages, la couverture est donc renforcée, les pages brochées, on a même le droit a un beau ruban rouge en guise de marque-page. C’est que tant de planches, ça ne se lit pas d’une traite. L’histoire se découpe en chapitres – 19 – et l’épaisseur de l’ouvrage entraîne une lecture plus proche de celle d’un roman que de celle d’une bande dessinée.
Que trouve-t-on donc à l’intérieur de ce bel objet ? L’histoire se passe dans un Moyen Âge fantastique indéterminé où vivent sorcières, princesses, homme-oiseau, cheval bipède et parlant, bref un monde comme on n’en trouve que dans les contes et légendes. D’ailleurs le livre s’ouvre sur un récit proche de celui de la Belle aux bois dormant. Sauf qu’ici, la belle est réveillée au bout de cent ans, se tire avec le prince, laissant le château et les habitants de Putney sans souverains.

Quelques années plus tard arrive Dame Jaine, venue jusqu’à Putney, nouvellement baptisé « château l’attente ». Elle y vient trouver refuge pour accoucher d’un enfant conçu hors mariage (ah, ils sont beaux les contes de fées !). Mélangez donc l’heroïc fantaisy, des contes remâchés et une bonne dose de dérision, vous obtenez Château l’attente. Dès les premières pages, la lecture de ce méga-album est un pur réjouissement, on s’y amuse beaucoup, l’humour orne chacune des pages, les idées reçues sont bouleversées, un vrai régal. On pose le livre avec difficultés, les yeux tombant de sommeil, après s’être dit plusieurs fois « allez, encore un chapitre ! »

Graphiquement, Linda Medley maîtrise son sujet. Elle nous propose une parfaite ligne claire, très épurée, le tout en noir et blanc. Elle nous régale de chaque détail et l’on passe parfois plusieurs minutes sur une grande case pour en apprécier tous les éléments qui la compose et chercher la dérision. En quelques traits, Linda Medley donne une expressivité à ses personnages, certes assez caricaturaux, mais justes et drôles surtout. Il n’y a que peu d’action, les plans américains ou les gros plans sont privilégiés, ce qui ne donne pas un grand dynamisme, mais on ne peut s’empêcher d’avaler les pages les unes après les autres. L’auteur arrive donc à jouer des conventions à ses fins, pour servir son humour. Le seul bémol à y voir serait, pour l’édition française tout du moins, le lettrage qui semble être posé là de manière un peu trop rigide. Soyez tentés par le Château l’attente, c’est un régal.

Les déboires d’une sorcières…à la grève des transports!

Golden City

tome 7, Les enfants perdus, scénario de Daniel Pecqueur, dessin de Nicolas Malfin, Delcourt, collection Série B, novembre 2007, 48 pages

Voilà deux ans que nous attendions la suite de Golden City, série futuriste à succès. Pour ceux qui n’auraient pas suivis, Golden City est le nom d’une ville implantée sur les eaux où vivent les plus riches, loin des misères et des nocivités du continent. Sur cette île artificielle vit Harrisson Banks, un séduisant jeune homme, président d’un immense groupe pharmaceutique et milliardaire de son état. À la recherche de sa femme, victime d’un attentat commis sur son avion, il sera amené à quitter la ville, tombant ainsi dans un piège visant à le remplacer à la tête de son groupe par son clone, manipulé par des personnages malveillants, bien entendu. N’ayant plus d’identité à proprement parlé, recherché par la police pour différents meurtre, Harrisson passa de l’état de milliardaire à celui de fugitif, voire de bagnard. Dans sa galère, il fera la connaissance d’une bande d’orphelins qui luttent pour survivre et vont lui venir en aide.

Le tome 6 nous avait laissé sur la résolution de l’énigme et sur le retour de Harrisson Banks à son véritable statut. Le tome 7 se consacre aux orphelins, si précieux dans la survie de Banks. On y apprend comment ces enfants se sont rencontrés, quels sont leur véritable lien et leur histoire. L’action ne se fait pas oublier avec l’enlèvement de la petite Lolie. Banks déploie alors toute la police et mène lui-même une sorte d’enquête parallèle pour connaître les ravisseurs de l’enfant.
À la suite du tome 6, nous pensions la série arrivée à son terme, malgré la fuite de certaines têtes pensantes du complot. Mais voilà que Daniel Pecqueur nous lance sur de nouvelles aventures du golden boy à la mèche rebelle. Et on en redemande. Le tome 7 n’est ni plus ni moins bon que les précédents. On y retrouve les mêmes ingrédients, le même trait pur parfaitement cerclé de noir, les mêmes couleurs, camaïeux de bleus, etc. L’ordinateur tient une place importance dans la réalisation d’un album de Golden City. Tout y est beau, propre et lisse. Trop peut-être. On est attiré par cette maîtrise ou totalement obtus, mais cela ne laisse pas indifférent. Il s’agit donc d’un album de série, dans la continuité des précédents. Pour les fans de la série donc, pour les autres, les éditions Delcourt propose les trois premiers tomes pour moins de 30 €, plongez dans les eaux de Golden City !

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