De 7 à 77 ans

01/12/09 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres | Tags :

Clockwerx

tome 1 Génèse, tome 2 Déluge, scenario de Jason Henderson et Tony Salvaggio, dessin de Jean-Baptiste Hostache, Humanoïdes Associés, nov.2008 et nov.2009, 48 et 55 pages.

Plongez dans un univers fascinant, mêlant aventure, Histoire et science-fiction. De ce voyage, vous n’en reviendrez pas indemne.

Trois hommes ont rendez-vous pour un travail clandestin aux docks de Londres, mais leur entreprise s’arrête lorsque de gigantesques machines articulées tentent de les massacrer. Un homme, Matt Thurow, intervient pour leur porter secours. D’autres machines du même type se trouvent à bord d’un navire en prise avec une tempête effroyable. Une jeune femme, propriétaire de la cargaison, dirige son équipe afin de sauver, coûte que coûte, le contenu des caisses. Mais à quel prix ? L’un de ses partenaires est emporté par les flots tandis qu’elle perd l’usage de son bras gauche. Les machines sont-elles si précieuses ? Leur création, leur fonctionnement, leur destinée constituent la trame de ces albums : on les appelle les Clockwerx.
Molly Vane et Matt Thurow croiseront leur chemin à la recherche d’une certaine justice. Mais l’ennemi est puissant et possède une arme redoutable, le luciferium, une source d’énergie plus forte que tout ce qui est connu jusqu’alors et capable de produire une arme de destruction absolue.

clockwerx est une série d’un genre particulier de science-fiction appelé le « Steampunk ». Quésako ? me diront certains. Le Steampunk, traduit volontiers par « futur à vapeur », est un genre de littérature de science-fiction se déroulant à l’ère du développement industriel, plus précisément l’époque victorienne, en y intégrant des données futuristes. Le Steampunk n’est pas seulement une facette de la science-fiction, le genre possède une esthétique à part entière. La lecture de cette série devrait en convaincre tout le monde.

Ces deux albums forment le cycle « londonien ». De ce fait, ils doivent être lus ensemble, sinon le déséquilibre scénaristique entre ces deux albums peut sembler grossier. Le démarrage de l’histoire est complexe, d’autant que les noms des personnages et des machines ne nous facilitent pas la tâche (tome 2, p.40, à propos d’une innovation technologique : « ça s’appelle ook, suffit que Lyon soit dans un Clock de Oak pour qu’on puisse communiquer »).
L’histoire se déroule à un bon rythme, on n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer même si une sensation de flottement quant à la compréhension domine tout le long du premier opus. Quoi qu’il en soit, le scénario tient la route et soulève sans cesse l’intérêt du lecteur. On peut juste regretter que parfois le suspens cède le pas à l’inintelligibilité des propos.

Du côté du dessin, la série se dote d’un ancien pro de l’animation et ça se voit. L’entente entre les scénaristes et le dessinateur se sent pleinement à chaque page des albums. La justesse du trait et des situations en font un graphisme remarquable. Lorsqu’un incendie éclate, les flammes montrent toute leur transparence et une sensation de chaud s’installe même auprès du lecteur. On croit à tout ce que nous dit Jean-Baptiste Hostache. Et que dire des machines et des décors typiquement industriels ! La précision, la méticulosité des détails, la justesse des mouvements des machines, le foisonnement des décors : le travail de Hostache est assez époustouflant et une fois n’est pas coutume, on se rend compte des heures de travail qu’il a dû passer à chaque planche.
On regrettera à moins les petites erreurs, la rigidité de certaines expressions, donnant une impression de saccades, la ressemblance des personnages féminins (surtout dans la scène du bal, tome 2), et la confusion des robots dans la scène finale, malgré une maîtrise des mouvements.

De toute beauté, d’une intelligence de récit et d’écriture, Clockwerx est une série à mettre entre toutes les mains, y compris celles du Père Noël.

Anatole Latuile

tome 3,Personne en vue!, scenario d’Anne Didier et Olivier Muller, dessin de Clément Devaux, Bayard BD, septembre 2009, 88 pages

Anatole Latuile est de ces enfants qu’il vaut mieux côtoyer en bande dessinée plutôt que dans la vraie vie, tant il accumule les gaffes et fait perdre la boule à son entourage. Espiègle et malin, cet écolier entraîne le lecteur dans un univers où l’on ne s’ennuie pas.

L’album est composé de 14 épisodes soit indépendants les uns des autres, soit continus. Anatole, jeune écolier continuellement ébouriffé et jamais à court d’idées, sème les catastrophes avec son camarade Jason Bombix. Il confectionne, par exemple, des gâteaux avec tous les restes du frigo et prend peur lorsqu’il voit, à terre, l’oiseau qui avait mangé les miettes. Il fait croire à la sœur de Jason qu’elle a été sélectionnée pour faire partie de la Star’Epidémie, mais se retrouve bien penaud lorsque Jean-Yannick de la Star’Ep appelle Mylène pour lui proposer une audition. Ou bien il n’hésite pas à payer de sa personne en allant donner les cours de la journée à une camarade malade, clouée au lit avec un rhume de hanche, espérant ainsi être victime des mêmes symptômes et sécher les cours. Mais un rhume de hanche, ça n’est pas contagieux, Anatole.

Drôle et malicieux, cet album pour la jeunesse amusera toute la famille. Il ne suffit pas d’être un lecteur assidu de J’aime lire, revue dans laquelle il est publié, pour apprécier ces farces et pitreries. Il n’est pas fréquent de sourire, voire rire, à la lecture d’un album humoristique, adulte ou jeunesse d’ailleurs. Anatole Latuile fait partie de ces exceptions, car on passe un très bon moment à la découverte de ces cases. Les histoires mises en place par Anne Didier et Olivier Muller sont bien articulées, bien cadencées, simplement bien écrites. Peut être est-ce l’exigence de la littérature jeunesse qui oblige les auteurs à une certaine rigueur qui se perd parfois chez des auteurs « pour adultes » qui ont tendance à faire des albums pour eux-mêmes.

Du côté du dessin, Clément Devaux nous entraîne encore du coté de l’univers J’aime Lire avec des formes proches de celles de Bernadette Desprès, créatrice de Tom-Tom et Nana. Là encore, pas de grande originalité, mais ce n’en est pas le lieu. Le récit est maîtrisé, la narration fluide et facile à suivre sans avoir des personnages grotesques ou grassement caricaturaux.
Anatole Latuile est une série équilibrée et drôle, à conseiller pour les petits et les grands.

Le fils de l’ogre

par Grégory Mardon, Futuropolis, janvier 2009, 69 pages.

Grégory Mardon, spécialiste du one-shot, se lance une fois de plus dans un récit unique, plaçant, cette fois, ses personnages aux confins du Moyen Âge.

Benoît est un jeune homme tiraillé. Il s’ennuie dans cette petite contrée, vivant seul avec sa brodeuse de mère. Il cherche à savoir qui est son père. Un homme bon, lui dit sa mère, mort trop tôt. Benoît ne se contente pas de ce récit, fasciné par le bourreau qui lui renvoie ce qu’il souhaite : une violence intrinsèque, inavouable et inassouvie. Sa fascination pour l’exécuteur l’entraîne jusqu’à sa tanière, lui dérobant le collier de sa maîtresse qui n’est autre que celui de la Reine. Il cache le bijou chez lui. Découvert entre les piles de linges de sa mère, le bijou condamna la pauvre femme à passer entre les mains du bourreau et envoya le fils temporairement dans les geôles royales. Il en fut relâché et s’en alla brûler la maison du bourreau. Il s’échappa du royaume et, d’errance en désespérance, il rejoignit une compagnie de mercenaires avec lesquels il put assouvir sa violence.

Conte moderne se passant dans les temps anciens, voilà ce qu’on peut retenir de ce récit qui nous apprend surtout ce qu’est « l’effet papillon ».
Grégory Mardon maîtrise son graphisme, parfois léger, esquissé, parfois dur, charbonneux, travaillé à la manière d’un Frantz Duchazeau. Le traitement du noir et blanc y est plus doux que chez Duchazeau, plus en lavis qu’en fusain, mais renforce la morosité environnante de ce jeune homme. La narration graphique est bien maîtrisée, le rythme suffisamment soutenu pour que l’on ne s’ennuie pas. Les cadrages, sans être spectaculaires, s’articulent à merveille avec le trait de Mardon : simples, efficaces, sans trop en faire, sans paresse.
L’édition participe à cette qualité graphique avec un papier épais, doux, plus proche d’un livre que d’un magazine.

La narration se fait davantage par des cases muettes que par les dialogues et renforce la prédominance du dessin sur la narration ici. Ce n’est d’ailleurs pas toujours un compliment, car si le graphisme et la mise en scène sont réussis, qu’en est-il du scénario ? On parlait plus haut d’un conte, mais on est plus proche de l’anecdote. Le récit est trop court pour que s’établisse un véritable drame ou cas de conscience. On n’est pas dans la tragédie à la Shakespeare, certes, mais alors quelle est la finalité du récit ? On suit l’histoire du début à la fin, entrecoupée de chapitres qui ne servent pas à grand-chose, pour arriver où, à la dernière page ?
Une fois n’est pas coutume, le one-shot n’était peut être pas la meilleure option.
Les images sont la propriété des Humanoïdes Associés, Bayard Jeunesse et Futuropolis.
La vidéo à été conçue et est la propriété des Humanoïdes Associés.

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