Le tour du monde en 80 cases

07/10/10 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres | Tags :

Il était une fois la Sibérie

Première époque : le paradis des hommes, Nicolaï Maslov, traduit du Russe par Joëlle Roche-Parfenov, Actes Sud BD, 2010

Lorsqu’il s’agit d’aborder les premiers mois de fraicheur, une plongée dans la toundra sibérienne a de quoi vous glacer le sang. Les premières pages de l’album s’ouvrent sur l’énumération des différentes peuplades de cet immense territoire. Puis vient la conquête russe, ses destructions et ses constructions. La Sibérie devient peu à peu telle que Nicolaï Maslov l’a connue. Parallèlement à la vie sibérienne du XVIIème siècle, Maslov présente le quotidien d’un jeune garçon, vivant dans un relais de radio. Cette enfance, c’est la sienne.

Prévu en trois tomes, ce récit transporte le lecteur dans un univers peu familier, tant narrativement que graphiquement. L’impression que laisse cet album est celui d’une grande maîtrise. Le dessin est assez réaliste, posé, nuancé par des jeux de camaïeu de gris exécutés au simple crayon à papier. D’une grande poésie et d’une grande finesse, l’élégance de son dessin fait oublier aux plus réfractaires la tristesse de cette grisaille envahissante. Les compositions sont simples, intelligentes, d’une belle mise en scène mais sans fioriture, sans artifice, en un mot : simple. Le croisement entre les événements passés et présents en ces terres lointaines ont tendance à perdre un peu le lecteur qui ne sait en réalité bien ce qu’on est en train de lui raconter. Il n’y a pas vraiment d’accroche dans le récit de Maslov, ni dans son dessin de prime abord, mais lorsqu’on s’y plonge…

Elizabeth Bathory

scenario, dessin et couleur de Pascal Croci, dialogues de Françoise-Sylvie Pauly, Emmanuel Proust editions, août 2009

Née à la fin du XVIe siècle en Hongrie, Erzsébet Bathory épouse un futur commandant des armées parti combattre les Ottomans. Elle passe donc le plus clair de son temps seule dans l’immense château de Csejthe. Au milieu des montagnes enneigées, elle ne reçoit la visite que de sa « cousine » dont elle tombe amoureuse. Ensemble, elles complotent d’infâmes jeux macabres avec quelques complices. La torture, la souffrance, le sexe sont leurs divertissements préférés. Mais tout ceci a un prix : en 1611, son procès condamne Erzsébet Bathory à finir ses jours enfermée seule dans son château.

Erzsébet Bathory descend d’une ancienne et célèbre famille Hongroise, liée à Vlad Tepes. La légende autour de ses crimes l’a transformée en un être sanguinaire, prenant des bains du sang de ses victimes pour ne pas vieillir. A ce titre, et de par sa descendance, elle s’apparente au comte transylvanien imaginé par Bram Stocker, Dracula. Pascal Croci connaît bien le comte pour lui avoir consacré deux albums (Dracula : livre I, le prince valaque Vlad Tepes et Le mythe raconté par Bram Stocker). Il semble ici vouloir faire un pont entre ces différents travaux, les portraits de femmes et les vampires. Pourtant, à la lecture de se livre, une question demeure : ne valait-il pas mieux en rester à Dracula ? Car Elizabeth Bathory est un album étrange, avec une construction particulière. Les premières pages font parler Jonathan Harker, le jeune clerc de notaire qui voyage jusqu’en Roumanie pour rencontrer le comte Dracula. Le dessin, la typologie des dialogues, la taille des bulles, les couleurs… tout éloigne ces pages du travail habituel de Pascal Croci. C’est grossier, figé, indigne d’un auteur si talentueux.

Puis une page grise sépare cette introduction indigeste d’une réalisation plus fine, plus racée. Jusqu’à la fin de l’album, soit près de cinquante pages, il n’y a plus de dialogues directs. L’histoire est contée par la voix-off, alors que les images ne racontent rien, si ce n’est l’épouvante et la violence liées au thème. Il n’y a guère qu’à la toute fin du récit que le graphisme et l’écrit se rejoignent. La moitié de l’album se compose de doubles pages montrant le paysage enneigé, l’autre partie perd le lecteur dans la décoration. Certes, on retrouve la finesse d’un Pascal Croci, au dessin impeccable et poignant, il n’en reste pas moins une grande déception à la fermeture du livre.

INFOS :

Le 04 juin 2010, la collection Poisson Pilote de chez Dargaud fête ses dix ans. Cette collection rassemble ce qui devait être l’underground de l’éditeur français et ce qui a fini par devenir la nouvelle vague : Lewis Trondheim, Joan Sfar, David B, Christophe Blain, Manu Larcenet … et bien d’autres.
A cette occasion, de nombreux albums sont réédités en une version plus luxueuse : dos toilé, couverture inédite, de quoi faire craquer les collectionneurs et les non encore initiés à cette collection que l’on peut qualifier maintenant d’avant-gardiste. Une belle initiative pour fêter l’anniversaire d’un poisson au poil !

http://www.poissonpilote.com/

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