Licorne, sorcières et nazis

01/02/08 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres | Tags : ,

La Licorne

tome 2 Ad Naturam, scénario de Mathieu Gabella, dessin d’Anthony Jean, Delcourt, collection Machination, février 2008, 48 pages

La Licorne tome premier a été l’une des bonnes surprises de la fin d’année 2006. Mélange habile de fantastique et d’historique, le scénario engagé par Mathieu Gabella nous laisse beaucoup d’espérances quant à la suite de la série. Et que dire du travail de virtuosité d’Anthony Jean. Que ce soit son trait ou la couleur directe qu’il utilise, sa technique relève d’une maturité que son âge ne traduit pas. Bref, à la fin du premier tome, tous les espoirs étaient permis.
En ce début d’année, après avoir digéré les crêpes de la chandeleur, vous reprendriez bien un peu de licorne ? Pour ceux qui n’avaient pas goûté au premier opus, voici un petit rappel des faits, somme toute complexes : au début du XVIème siècle, plusieurs grands savants sont assassinés dans des circonstances particulières. Tous étaient les destinataires ou possesseurs de tentures de tapisserie. Ces tentures leur sont alors volées par des entités encore inconnues, qui essayent par tous les moyens de récupérer l’intégralité des panneaux. Tous ces mystères entraînent Ambroise Paré, médecin de la cour du roi François Ier et père de la chirurgie moderne, sur les traces des assassins. Ses péripéties lui font rencontrer des êtres plus qu’étranges, les « primordiaux », sortes de monstres au corps tout en muscles et ligaments, capables de changer de formes. Ils ne sont plus très nombreux et leur mémoire est très précieuse. Malheureusement, leur mode de communication n’est pas des plus faciles, puisqu’il faut leur donner un baiser sur la bouche pour qu’ils vous livrent leurs secrets (qui veut essayer ?)

Le second tome nous entraîne à Milan, où tout semble avoir commencé. Mais qu’est ce que ce « tout » ? C’est là où les choses se compliquent : les tentures de tapisseries volées, une fois rassemblées, donnent des indications sur la création d’un être nouveau. A Milan, à l’église Santa Maria delle Grazie, Ambroise Paré et ses acolytes visitent la fresque peinte par Léonard de Vinci, la Cène. L’un des primordiaux réussit à activer un mécanisme leur permettant d’accéder à un atelier secret, l’atelier d’un homme ayant manifestement entrepris des recherches sur la création de l’homme nouveau. Ces découvertes peuvent entraîner de nombreuses conséquences pour ses créateurs comme pour les commanditaires derrière tout cela. Mais qui sont-ils? l’Église qui essaye par tous les moyens d’empêcher l’avancée des investigations d’Ambroise Paré ?

Le scénario de Gabella, bien que complexe, est tout à fait passionnant. L’histoire mérite d’être lue dans son intégralité, et non par petites touches, aux risques de ne plus rien y comprendre. Des personnages et des faits réels font partie de l’histoire, Ambroise Paré, les tapisseries de la Dame à la licorne conservées au musée du Moyen Âge à Paris, et les dessins de Léonard de Vinci, etc. Le tout se mélange à des conspirations étranges, des créatures inédites, sans jamais tomber dans le n’importe quoi. La seule crainte que l’on peut avoir envers cette série est justement la noyade dans des univers complexes et d’y perdre le sens de la mesure autant que les lecteurs.

Sorcelleries

tome 1 Le ballet des mémés, scénario de Teresa Valero, dessin de Juanjo Guarnido, Dargaud, janvier 2008, 48 pages

Le nom de Juanjo Guarnido vous parle ? Certes, à la couverture de l’album on n’y reconnaît pas grand-chose. Et si je vous parle d’un grand chat détective, vous resituez ? Bien vu, Juanjo Guarnido est le très talentueux dessinateur de Blacksad. Cette fois il confie ses crayons à la femme de Juan Diaz Canales, le créateur du grand chat parlant, et en profite pour changer de registre et passer à un album résolument plus tourné vers les plus jeunes.
Sorcelleries conte l’histoire d’un bébé fée, déposée par erreur devant la maison de trois sorcières. Celles-ci ne s’attendaient évidemment pas à ce genre de présent, mais décident tout de même de le garder. Une fée parmi les sorcières, de vieilles sorcières qui plus est, pourrait être le point de départ de l’éducation négative d’un petit ange par des êtres maléfiques. Mais c’était sans compter que la petite Hazel est une peste qui en fait voir de toutes les couleurs à tout le monde.

Tous ceux qui ont l’habitude de voir le trait réaliste de Guarnido, trempant son pinceau dans le flux de l’action, peuvent être surpris de le retrouver ici dans un album gentillet et sans prétention. Mais c’est aussi la force des grands dessinateurs que de savoir jongler entre les styles et être là où l’on ne l’attend pas. A ce petit jeu, Guarnido s’en sort plus qu’honorablement. Sorcelleries est un album amusant, léger, parfait pour les enfants, mais pas trop niais pour les plus grands. On notera avec plaisir l’alliance entre le monde étrange et farfelu des sorcières et la réalité telle qu’on la connaît. Le mari de la cousine des sorcières, par exemple, se plaint pendant un long moment de ne pas trouver de télévision chez Fébris, Brygia et Sortilega. Un album bien sympathique.

Le livre des destins

tome 2, Métamorphose scénario de Serge Le Tendre et dessin de Franck Biancarelli, Soleil, janvier 2008, 62 pages

Lorsque deux grandes pointures comme celles-ci s’associent, cela ne peut être passé sous silence. Mais voilà bien longtemps maintenant que l’on attendait la suite de ce duo. Le Livre des destins n’avait pas, à l’époque de la sortie du premier tome, éveillé beaucoup d’enthousiasme malgré la présence de ces deux signatures. Peut être l’album relevait-il de conceptions trop personnelles ou trop cérébrales. Le premier tome nous emmenait sur les traces d’un ouvrage un peu particulier, ayant la faculté de contenir le récit de la vie de son lecteur. Cet ouvrage atterrit dans les mains du jeune Roman Guénodon – au prénom un peu ambigu. Le garçon est un passionné de lecture, y trouvant un confortable refuge dans le tourbillon des hautes sphères mondaines de la société des années 30, confronté à la montée du nazisme. Evidemment, sa découverte en intéresse plus d’un. Qu’arriverait-il si le livre tombait entre les mains du Führer ?
Deux années ont passé pour Roman lorsque s’ouvre le tome second. On l’avait laissé après une violente explosion, le livre lui ayant échappé. Aux premières pages de l’album, un agent nazi, Grubert, ramène avec lui un prisonnier prétendant être Roman. L’homme est complètement brûlé et donc totalement méconnaissable. Les deux hommes se retrouvent aux États-Unis, chez le professeur Smith. Malgré sa captivité, Roman n’a de cesse de retrouver le livre magique.
Si le premier tome avait un enfant pour héros, ses deux années de captivité l’on bien fait grandir. Le jeune homme aux faux airs d’Harry Potter est transformé en homme blessé, extérieurement et intérieurement. Si les premières pages du premier opus partaient sur des élans assez gentillets, il faut faire confiance au scénariste de La quête de l’oiseau du temps pour ficeler une histoire bien moins maigre qu’il n’y paraît au départ. Le dessin de le Tendre, ses couleurs pastel et son trait semi-réaliste conviennent parfaitement au ton de l’album, entre Histoire et faits imaginaires, questionnements quasi existentiels et légèreté. Bref, une série entre deux teintes, qui peine encore à trouver un public.

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