Pietrolino, De Gaulle à la plage

02/01/08 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres | Tags : ,

De cape et de crocs

tome 8, Le maître d’armes, scénario d’ Alain Ayroles, dessin de Jean-Luc Masbou, Delcourt, collection Terres de Légendes, novembre 2007, 48 pages

Depuis douze ans maintenant les amateurs de joutes verbales, théâtrales et épéistes se retrouvent autour de la série d’Ayroles et Masbou. De cape et de crocs met à l’honneur deux personnages aussi attachants que farfelus, l’Espagnol Don Lope de Villalobos y Sangrin et le Français Armand Reynal de Maupertuis, l’un étant un loup, l’autre un renard. Amateurs d’aventures et de rimes, ils arpentent les rues de Venise comme une immense scène de théâtre où tout est prétexte pour faire vibrer le vers. La série développe plusieurs univers en même temps, allant de la théâtralité marquée des premiers albums jusqu’à l’aventure, la chasse au trésor et la piraterie dernièrement. L’histoire tend maintenant vers la fantaisie, terre de prédilection de cette collection à succès de chez Delcourt.

Pour cet épisode, nos deux compères sont toujours plongés dans leur quête, accompagnés du lapin Eusèbe. Ils se retrouvent face au Maître d’Armes, aussi vaillant et bon orateur que nos deux acolytes. Mais les choses s’enveniment dans l’ilôt d’Oxymore et la guerre n’est plus très loin.

Que l’on ne s’y trompe pas, sous des aspects de contes pour enfants, De cape et de crocs est bel et bien une série pour adultes. Malgré un rythme et un certain suspens laissant toujours le lecteur accroché à chaque page, la construction de cette série, son succès et son originalité tiennent surtout dans les propos d’Ayroles, dans son amour des mots et de la syntaxe. En effet, les deux compères, ainsi que leurs adversaires bien souvent, se livrent à des joutes verbales pas piquées des vers (hum…). Ils ponctuent leurs discours d’alexandrins et tout ça dans le feu de l’action. Cette démarche peut surprendre mais avec le talent d’Ayroles les mots coulent de source et nourrissent une série décidément surprenante.

Pietrolino

scénario d’Alexandro Jodorowsky, dessin d’Olivier Boiscommun, Les Humanoïdes Associés, octobre 2007, 48 pages

Alexandro Jodorowsky, grand homme du neuvième art qu’on ne présente plus (La caste des Méta-barons, L’Incal, etc.) confie ses idées aux crayons magiques d’Olivier Boiscommun qui, bien que beaucoup plus jeune que Jodorowsky, jouit également d’une belle renommée avec des ouvrages et séries comme Anges, Joe, Le livre de Jack, etc. Ensemble, ils composent un album plein de poésie et de délicatesse, pourtant bien ancré dans un monde de brutes.
L’histoire est celle de Pietrolino, un jeune mime qui n’a que son talent et sa dérision pour remonter le moral de ses concitoyens alors sous domination allemande. À l’instar de Chaplin, Pietrolino n’hésite pas à se moquer ouvertement des nazis. Malheureusement pour lui, son humour n’est pas communicatif pour tout le monde et il est envoyé en camp de travail. Alors commence une période sombre pour ce jeune homme plein de vie mais brimé par les soldats. Il en sortira troublé, ne voyant plus ses mains que comme des instruments de labeur.

Jodorowsky avait composé ce récit pour le mime Marceau auquel les allusions faites dans l’album sont assez nombreuses. Pour diverses raisons, le projet n’a pas abouti entre les mains du mime mais beaucoup plus tard sur les planches d’Olivier Boiscommun. La particularité du trait de Boiscommun convient généralement mieux – voire quasi exclusivement, au regard de sa bibliographie – à des récits fantastiques, féeriques. Ici la réalité est bien ancré, le récit se développant dans une période historique bien connue. Le trait du dessinateur a évolué, il en garde toute la souplesse tout en étant moins ample qu’à l’accoutumée. Bref, entre le scénario sur mesure de Jodorowsky et le trait souple et élégant de Boiscommun, cet album est une bonne surprise de cette fin d’année.

De Gaulle à la plage

scénario et dessin de Jean-Yves Ferri, Dargaud, collection Poisson Pilote, décembre 2007, 46 pages

Après la série des Martine et des Caroline, les De Gaulle ? Jean-Yves Ferri, scénariste, entre autre du Retour à la terre aux cotés de Manu Larcenet, se lance ici en solo pour nous livrer un album humoristique sur l’ex-chef de l’Etat.
D’ordinaire, le Français moyen va à la plage durant ses vacances d’été. Mais quand on est général de l’armée française, libérateur de la France occupée, que fait-on de ses vacances ? Et bien on va à la plage, comme tout le monde ! En 1956, notre ami Charles s’ennuie. Il n’a plus de chars à conduire, dirige un parti politique naissant (le RPF) et n’est pas encore président de la France. Alors il n’y a rien d’autre à faire que des pâtés de sable avec son fils ou Bobonne, jouer avec son chien au nom ironique de Wehrmacht, raconter ses mémoires à Lebonnec, etc.
Le personnage est à la fois drôle et attachant, toujours un peu ridicule, loin de l’image du vrai De Gaulle et c’est justement ça qui est drôle. La couverture est à l’image de l’album : on nous présente le corps du général sans qu’on en voie la tête et sa posture seule nous permet de l’identifier du premier coup d’œil. Les gags également évoquent De Gaulle comme une image que l’on reconnait dans les mots ou les mimiques, mais cette fois dans des situations burlesques. Les gags se déroulent sur deux strips de trois cases, soit deux gags par planches. Le découpage est un peu rigide mais assez commun à de nombreuses bandes dessinées humoristiques. De Gaulle à la plage est donc un album plein d’humour voire de tendresse à l’égard d’un futur chef de l’État, le trait y est léger. On ne rit pas à chaque gag mais on passe un bon moment.

À noter que vous pouvez lire les six premières planches sur le site de l’éditeur.

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