Prenez le large !

03/01/10 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres | Tags :

Pour ce début d’année, prenez un peu le large !

COMMANDO COLONIAL

tome 2, Le Loup gris de la Désolation, scénario d’Appollo, dessin de Brüno, Dargaud, collection Poisson Pilote, juin 2009, 46 pages

Antoine de Robillard et Maurice Rivière sont deux français nés dans les colonies de l’Océan Indien. Tous deux se sont engagés pour leur patrie aux cotés du général de Gaulle. Ils viennent de quitter Madagascar – où se déroulait le premier tome – direction l’Afrique. En compagnie du Polonais Zborowski, ils survolent le canal du Mozambique à bord d’un avion de l’armée britannique en perte constante d’altitude et atterrissent tant bien que mal sur une petite île, propriété de Joao Dos Santos. Ce dernier s’avère être un « vendu » à la solde du plus offrant, en l’occurrence l’armée allemande. Il ne manquera pas de livrer ses invités à l’ennemi. Voici alors Robillard et Rivière embarqués à bord d’un U-boot allemand en direction du pôle Sud.

En septembre 2008, le premier opus de Commando colonial, Opération Ironclad, avait été la bonne surprise de la rentrée. Dans la veine des espions/agents secrets décalés à la OSS 117 de Jean Bruce, Robillard et Rivière mènent de vrais combats mais n’ont pas l’aura d’un James Bond. Le graphisme léger et plutôt rond, des couleurs pétillantes renvoient plus à un univers burlesque. Mais qu’on ne s’y trompe pas, Commando Colonial, sous ses airs de comédie, est une série sérieuse aux accents décalés. C’est tout le charme qui a opéré lors du premier opus et qui se révèle à nouveau aujourd’hui.
Le scénario est prenant, voire haletant. On ne lâche pas l’album une fois qu’on l’a en main. Une vraie histoire d’aventure comme on ne nous en a pas raconté depuis longtemps. Cet épisode nous renseigne un peu plus sur le caractère des personnages, tel qu’il ne se révèle mieux qu’en période de guerre. Robillard et Rivière sont des hommes en mission et ne l’oublient jamais malgré les situations. Il n’y a pas de place pour le manichéisme ni les « bons » sentiments. Commando Colonial dépeint les situations de deux hommes en charge d’une action pour la France en pleine Deuxième Guerre mondiale. La justesse des événements, des rebondissements et des dialogues font montre d’une intelligence de propos.

Les dessins de Brüno et les couleurs de Laurence Croix servent parfaitement ces aventures. Cela faisait bien longtemps que l’on n’avait pas autant apprécié les aplats de couleurs, la belle ligne claire, la justesse de composition, de rythme, pour servir la narration. Cela rappelle sans nul doute un petit reporter en pantalon de golf, excusez du peu. Les deux compères manient parfaitement le jeu des ombres et lumières, des contre-jours et les effets simples fonctionnent à merveille.

Il est difficile de faire la chronique d’un album tel que Le loup gris de la désolation : ce n’est peut être pas l’album de l’année, mais ce que les auteurs souhaitent produire, ils le font avec le bon dosage, la bonne manière. Il n’y a rien à redire. Si Robillard et Rivière sont toujours en œuvre, Appollo, Brüno et Laurence Croix ont d’ores et déjà rempli leur mission.

TERRE-NEUVAS

par Christophe Chabouté, éditions Vents d’Ouest, septembre 2009, 120 pages.

Chabouté fait partie de ces auteurs dont chaque album est attendu avec impatience, même si on connaît par avance le style qu’il prendra. A l’ouverture et à la lecture de ce livre, nous ne sommes pas déçus, c’est bien du Chabouté, dans le bon comme dans le « mauvais » sens du terme.

Mars 1913, la Marie-Jeanne vogue à travers l’Atlantique à la recherche des meilleurs bancs de morues afin d’en remplir ses cales. Terre-neuva, c’est le nom que l’on donne à ces hommes qui parcourent des miles et des miles pour conquérir les grands bancs de Terre-Neuve, au large du Canada. Une trentaine se trouve à bord de la Marie-Jeanne, luttant contre le froid, la marée, l’isolement du monde et la proximité du bateau. Parmi les marins chevronnés, un jeune mousse et un « boueux » sortent du lot. Louis Mannot n’est pas un pécheur comme les autres, c’est un homme de la terre fraîchement embarqué, un « boueux ». Alors que la pêche à la morue bat son plein, que les doris vont et viennent avec leur cargaison, un homme meurt. Puis un second, sans que personne n’ait ni vu, ni entendu quoi que ce soit. Pas le temps de se poser des questions, le poisson n’attend pas, il faut continuer.

Lorsque l’on ouvre un album de Chabouté, on est toujours happé par la rudesse qu’impose le trait de l’Alsacien. Il faut dire que les thèmes abordés par l’auteur s’y prêtent souvent bien. Tranchant comme une lame, le trait de Chabouté ne laisse pas indifférent, ses histoires non plus. Son précédent album évoquait déjà la mer avec un homme esseulé dans un phare (Tout Seul, Vents d’Ouest, voir Chroniques BD de mars 2009). Avec Terre-Neuvas les protagonistes se retrouvent en haute mer, confrontés à un mal bien étrange, des assassinats dont personne ne sait rien. Jusqu’au moment où l’on découvre le premier cadavre, le lecteur suit le récit sans broncher, ne sachant pas encore vers quoi Chabouté va l’orienter. Mais peu importe la finalité de l’histoire, on apprend avec l’auteur à profiter de chaque case et personnage, en se demandant quel va être le fil conducteur. Alors même qu’il n’y a pas encore de suspens, Chabouté entraîne le lecteur dans son univers que l’on ne saurait quitter. On se laisse embarquer dans les doris pour aller pêcher, comme le plus ignare des « boueux ». Quid du suspens ? On ne dira rien.
Chaque morceaux de l’album semble être ficelé différemment et, alors même qu’il ne semble pas y avoir de fil conducteur au départ, on se laisse continuellement prendre à suivre de fausses pistes. C’est que sur ce terre-neuvier du bout du monde, même les thèses les plus abracadabrantes semblent plausibles.

Le noir et blanc ciselé de Chabouté confie à cette album une atmosphère très… « Chaboutéienne ». On reconnaît parfaitement son style et la portée rugueuse de son trait. Il demeure toujours une appréhension à l’ouverture d’un album de Chabouté, tant l’on sait que l’on va y laisser des plumes : les histoires, souvent justes à tous points de vue, sont également d’une rigueur et parfois d’une dureté qui ne laissent pas indifférent. S’il est parfois difficile de démarrer la lecture d’un de ses albums, il est pourtant agréable de la terminer, mais plus pour les mêmes raisons. Le graphisme de Chabouté sait mettre en avant l’émotion voire les pensées de ses personnages. L’expressivité des situations se voit également sur les protagonistes et le lecteur ne peut que rentrer tout entier dans l’histoire. Un peu plus, on sentirait l’embrun, voire pire.
Mais si cet album évoque bien son auteur, c’est qu’il n’est pas très différent des précédents et un peu sans surprise. L’histoire est davantage racontée par le dessin que par le scénario lui-même, et d’ailleurs le résultat est souvent plus probant. Chabouté est souvent un raconteur d’histoire sans histoire.

Terre-Neuvas reste un bel album, que l’on ait le pied marin ou non !
les images sont la propriété de Vents d’Ouest et Dargaud

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