Minik et Miss pas touche

01/07/09 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres | Tags :

Miss Pas Touche

tomes 1-2, scénario de Hubert, dessin Kerascoët, Dargaud, Collection Poisson Pilote, 2006 et 2007, 46 pages.

Domestiques dans une grande demeure, Agathe et Blanche sont deux sœurs différentes : la première aime danser, sortir et s’amuser, la seconde, craintive et chaste, reste calfeutrée chez elle. C’est qu’en ces soirées parisiennes des années 30, le « tueur des guinguettes » rôde. Un soir, Agathe est tuée sous les yeux de sa sœur qui venait d’être témoin d’un autre meurtre en regardant par un trou dans le mur de sa chambre. Sa patronne, croyant au suicide d’Agathe, congédie Blanche. La jeune fille décide alors de partir à la recherche de ce mystérieux tueur en suivant la trace de sa dernière victime, une jeune prostituée, ancienne pensionnaire de la maison close « le Pompadour ». N’ayant plus de travail et l’envie d’en savoir plus, Blanche se fait engager pour un emploi bien particulier : jouer la « pas touche ».

Ces deux premiers tomes de Miss pas touche correspondent au premier cycle de la série. On y découvre les personnages et l’univers de cette maison close réputée de la capitale, recevant ministre, commissaire et même membre de la famille royale d’Angleterre. De quoi abuser des confidences d’oreiller. Le scénario de ce cycle est dense et bien construit. Les personnages de cette maison close, hauts en relief, détonnent tous par leur personnalité, leur genre, voire leur trans-genre. Cousue comme un polar, Miss pas touche tient son lecteur en haleine tout au long des albums, tout en instaurant un climat burlesque voire drôle. Les personnages sont attachants et intéressants, bien travaillés avec une profondeur donnant encore plus d’intelligence au propos. Hubert construit un scénario sortant de l’ordinaire, bâti autour des maisons closes et développe une intrigue surprenante et bien ficelée.

Le dessin de Kerascoët est assez épuré, entraînant un dynamisme qu’appelle la densité du scénario. Le coup de crayon est rapide, la mise en page se renouvelle volontiers avec des cases de petits formats et des plans différents. On y retrouve le goût actuel pour un dessin aux lignes aléatoires. Ce n’est pas à première vue d’une grande originalité graphique, mais l’adéquation avec le scénario, l’ambivalence avec une certaine forme de violence, rendent la lecture agréable et entraînante.

Ce premier cycle inaugure magistralement cette série très prometteuse. Les deux albums se lisent très facilement, tenant en haleine le lecteur comme peu de bandes dessinées peuvent y prétendre. La noirceur et le suspens lié au polar sont bien présents avec l’originalité du déroulement de l’intrigue en plaçant les personnages dans un bordel. Une série à ne pas manquer.

Minik

scénario de Richard Marazano et dessin d’Hippolyte, éditions Dupuis, collection Aire Libre, mars 2008, 68 pages

Dans la chaleur estivale, rien de tel que de prendre un bol de fraicheur avec la lecture de cette bande dessinée qui met en scène des Inuits. Le thème, plutôt rare, a le mérite d’être original, d’autant que l’on connaît la spécificité du dessin d’Hippolyte. Cela suffit-il à en faire un bon album ?

Minik est un jeune garçon d’une dizaine d’année, exilé avec une partie de sa tribu de ses terres glacées jusqu’à New-York. Ils ont suivi, bon gré, mal gré, l’expédition menée par le capitaine Peary, pour le compte du Museum d’Histoire Naturelle de la première ville des États-Unis. Mais l’étude lancée par le docteur Boas sur ces indigènes tourne court : les Inuits, peu habitués aux maladies, ne résistent pas à la grippe. Seul survit Minik, le fils du chef de la tribu. Pour ne pas le laisser seul et pour en prendre soin, monsieur Wallace, un employé du Museum, l’adopte et en fait un compagnon de jeu pour son fils, sensiblement du même âge. Minik s’adapte bien à sa nouvelle vie jusqu’à une visite au Museum où il tombe sur la dépouille de son père empaillé. Ç’en est trop pour le jeune Minik qui fuit.

L’histoire de Minik peut s’adapter à toutes les civilisations minoritaires qui, un jour, ont subi les volontés des autres. L’album est conçu comme un one-shot, avec un début et une fin, même si l’entrée dans l’histoire est un peu difficile. On a du mal à reconnaître les personnages et à se faire à leur nombre, d’autant qui’ils n’ont pas tous un rôle probant. En revanche, les héros et méchants sont dépeints avec précision et leurs sentiments évoqués. On ne reste pas en superficie des actions grâce à un rythme assez lent.

Le dessin d’Hippolyte, toujours réussi, brouille un peu plus les pistes, avec un crayonné dynamique voire nerveux. La coloration est en deux teintes : bleu et blanc pour l’évocation de l’Arctique et ocre pour New York. En séparant ces flash-back de l’histoire chronologie, Hippolyte aide le lecteur à une meilleure compréhension que le scénario n’aide pas toujours. L’album, un peu confus, relève d’un intérêt certain, même si on reste un peu sur sa faim.
Les images sont la propriété de Dargaud et Dupuis

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1 commentaire

    Ramuncho  | 18/07/09 à 17 h 08 min

  • Encore une fournée de critiques, très bien ! Je vais aller lire Miss pas touche de suite, ça donne envie…

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