Cassio, les Sambre et nos pères

01/07/07 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres | Tags :

Là où vont nos pères

scénario, dessin et couleur de Shaun Tan, Dargaud, collection Long courrier pour l’édition française, 2007, 18€.

Pour fuir un mal-être sur une terre en proie à une oppression – symbolisée par l’ombre de la queue d’un monstre – le héros de l’album se trouve contraint de quitter sa famille. Contrairement à d’autres récits sur le sujet, Shaun Tan fait atterrir son héros dans un univers complètement imaginaire. On oscille ici entre le surréalisme, la fantaisie, l’onirisme, on se rapproche parfois des illustrateurs du début du XXe siècle ou de l’interprétation des rêves de Winsor McCay.

Shaun Tan, né en 1974 en Australie de parents d’origine malaisienne, nous transporte donc dans un monde à part, dans une bande dessinée complètement décalée. Rien n’y est conventionnel, pas même le format (il y a une grande quantité de pages – l’album n’est pas paginé, alors amusez-vous à compter !) ni le temps passé à le réaliser : quatre années. Mais le résultat est à la hauteur des sacrifices de son auteur : graphiquement magnifique, des couleurs tournant autour du sépia ou du gris clair, aucun encrage ne vient contraindre le dessin, pas même les contours d’une case. Aucun dialogue ne perturbe le lyrisme de l’album. Shaun Tan a choisi le langage universel de l’image pour faire évoluer son personnage dans un monde qu’il ne comprend pas, où il ne connaît pas les légumes qu’il doit manger, les animaux qui l’accompagnent, le langage écrit sur les affiches.

Là où vont nos pères est un album très particulier. L’ambiance est totalement imaginaire, les codes de la bande dessinée n’existent plus. Shaun Tan utilise des principes très cinématographiques (comme le zoom arrière), des concepts nouveaux dans l’illustration narrative – tel que la lecture de strip sur les deux pages. C’est un album décalé, auquel on accroche totalement ou pas du tout.

Cassio

tome 1 Le premier assassin, scénario Stephen Desberg, dessin et couleur Henri Réculé, Le Lombard, juin 2007, 9,80€

L’histoire de ce nouvel album du scénariste Stephen Desberg (le Scorpion, I.R.$) se déroule à la fois dans l’Antiquité romaine et de nos jours. Ornella Grazzi, une jeune archéologue, est à la recherche d’un jeune homme mort il y a près de mille neuf cents ans. Elle et son équipe font la découverte d’une ancienne demeure romaine, enfouie dans la montagne. Tout cela ramène notre jeune et belle archéologue – et oui, bizarrement ce n’est pas un vieux tromblon comme on en a en fac – vers Lucius Aurelius Cassio, l’homme qu’elle recherche depuis longtemps. Celui-ci fut assassiné par quatre tueurs, dans sa maison. Tout du moins c’est ce que ses assassins et l’Histoire croient.

Stephen Desberg est l’un des scénaristes les plus en vogue dernièrement. Ses séries sont toutes des succès et il s’allie avec de grands talents, tel que Enrico Marini. Cependant ici, le jeune Henri Réculé n’a pas l’envergure d’un Marini. Si son trait s’en approche légèrement, il n’en est rien au niveau de la couleur et de la mise en page. Les cases de Réculé sont assez épurées – trop ? – ce qui laisse tout le champ à de vastes aplats de couleurs souvent criardes, voire agressives. Le dessin, bien que globalement maîtrisé, est lésé par la coloration. Le tout constitue un album agréable à lire. Desberg manie toujours intelligemment le scénario, malgré un air de déjà vu général.

La guerre des Sambre

chapitre 1, Printemps 1830, scénario Bernard Yslaire, dessin et couleurs Bastide et Mezil, Futuropolis/ Glénat, mai 2007, 12,50€

On connaissait la série Sambre imaginée par Balac et Yslaire, cette saga familiale en plein XIXe siècle, où les passions, les douleurs et les déchirures vont si bien ensemble.
Avec La guerre des Sambre, l’action se situe avant les déboires de Bernard et Julie, les héros de Sambre. Nous restons dans la même famille et le contrôle parental excessif qu’ils manient si bien. Hugo Sambre est contraint d’épouser Blanche Dessang. Par la dot de sa femme, il obtient une vieille mine de cuivre dans le Hainaut où il découvre une grotte ornée de peintures préhistoriques et des ossements tout aussi récents. Cette découverte deviendra son obsession, délaissant par-là même sa femme et son nouveau-né.

Pour cette nouvelle facette de la famille Sambre, les rênes sont confiées à deux jeunes auteurs, Bastide et Mezil, Yslaire écrivant le scénario et dessinant une introduction. Le style si particulier d’Yslaire avait fait le succès de la précédente série que l’auteur belge compte bien continuer en parallèle. Pour une succession difficile, Bastide et Mezil s’en sortent plus qu’honorablement. Le dessin rappelle un peu celui du maître, mais le rendu change grâce à la couleur savamment apposée. Là où Yslaire était plus lisse, plus épuré, Bastide et Mezil sont plus chaleureux, d’une patte peut être plus épaisse. Le scénario révèle toujours d’intéressants portraits psychologiques pas piqués des vers pour cette famille où décidément tout va mal.

La guerre des Sambre nous livre donc un parallèle non indispensable à la lecture et à la compréhension de la première série, bien que développant des faits antérieurs. Mais la beauté des dessins, la retenue et la maîtrise de la couleur, la justesse du scénario en font un album délicieux.

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3 commentaires

    Marie  | 18/07/07 à 18 h 29 min

  • J’aime énormément le graphisme des deux images de Là où vont nos pères. Tu m’as donné envie d’aller voir cette bd de plus près.
    Et autant pour moi, tu as bien précisé qu’il n’y a pas de dialogue (mais c’est noyé dans le flot de paroles).
    [non, pas mauvaise fois…] :P

  • Marlène  | 26/07/07 à 14 h 45 min

  • il me semblait aussi que c’était une information importante, mais me connaissant, j’aurai pu oublier…

  • Marlène  | 11/02/08 à 10 h 57 min

  • Pour information, le travail de Shaun Tan vient d’être récompensé par le prix du meilleur album au festival international d’angoulême 2008

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