Jésus, Marie, BDs

02/06/08 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres | Tags : ,

Avant l’été, un petit bain de jouvence avec une chronique BD très… eau bénite.

En plein dans le mythe

tome 1 Les débuts de Jésus, scénario de Matyo, dessin de Bast, Soleil, janvier 2008, 38 pages

Les éditions Soleil nous ont habitués à de la fantaisie et des mondes improbables, peu à de l’humour – même si des séries comme Lanfeust n’en sont pas dénuées. Ici, c’est un album 100 % humour qui nous est proposé. Le concept présente quatre personnages, en autant de parties, au moment de réaliser les actions pour lesquelles ils sont connus. Le premier en piste n’est autre que Jésus. Il occupe la partie la plus longue de l’album, 12 pages, contre 8 pour chacune des autres parties. Jésus doit faire marcher un paraplégique, mais ne sait comment s’y prendre. Il essaie toutes les formules qui lui passent par la tête, avec toujours le même résultat : au début, Jésus échoue toujours. Il faut dire qu’il emploie parfois des moyens étonnants.
La formule de l’album est invariablement la même tout au long des pages : un cartouche nous dit, par exemple, “Au début, Jésus avait tendance à contourner les problèmes…”. Le dessin montre Jésus, debout à côté du paraplégique en chaise roulante, le regardant incrédule. À quelque chose près, le dessin reste inchangé tout au long des 88 cases que compte cette histoire. Tout ce qui change, c’est le discours de Jésus. Suite à ce cartouche, le fils de Dieu déclare : « Et si tu marchais sur les mains ? ».
Plus loin, c’est Roméo qui essaie de faire sa déclaration à Juliette en évitant le beau-père et en rivalisant d’originalité de case en case. Puis vient l’histoire de Moïse et de l’ouverture de la mer Rouge. Difficile, même quand on est prophète, de se faire entendre du premier coup par un bras de mer. Moïse a beau dire à la mer “ouvre toi”, cette dernière peut lui répondre “ferme-la” sur le même ton. Puis vient Arthur qui tente désespérément d’extraire Excalibur de son rocher.

Cette série, qui n’en est qu’à son premier tome, exploite un filon : toutes les cases de l’album s’articulent de la même façon. Dans le cas de Jésus, l’image du paraplégique est même du copier/coller digne de ce nom. Les décors sont minimes, voire totalement absents. Le dessin est assez minimaliste, à l’image de toute l’ambiance de l’album. La lecture n’est donc pas empêchée par des fioritures et l’on peut apprécier plus simplement l’humour au premier degré. Tout de même, cette répétition et cette épuration deviennent un peu pesantes. Certes, le dynamisme est avant tout dû au texte, à la spontanéité et à la mise en page où chaque case est une histoire à elle toute seule, un début et une chute.

Au delà de ce mécanisme un peu lassant, qui ne nous laisse pas tout à fait envisager une suite avec bonheur, on prend plaisir à la lecture de cet album. Si tant est qu’on soit sensible à ce genre d’humour un peu déjanté et désinvolte, l’album fait mouche. On rit souvent et ce n’est pas une manière de parler. Les albums d’humour peuvent être agréables, permettant de sourire, mais ici on rit vraiment. Pour l’avoir commencé dans le train, je peux vous dire que les regards des gens à mes rires montraient bien que je m’y amusais. Mais, je le répète, l’humour de l’album est particulier et ne conviendra pas à tous.
La première partie sur Jésus est sans doute la plus réussie, par contre on s’ennuie un peu avec Roméo. Tout l’album n’est pas de la même valeur et on apprécie au fond que le tout ne fasse que 38 pages. Étrange pour un album comportant quelques belles perles.

Noirhomme

tome 2 Sacrifices, scénario d’Antoine Maurel et dessin de Hamo, Casterman, collection Ligne d’Horizon, mars 2008, 48 pages

Voici le retour du Noirhomme, cet être mi-imaginaire, mi-réel. Dans le premier tome, nous faisions la connaissance d’un mystère vêtu de noir, une vision d’horreur qui inspirait un écrivain raté sombrant dans la folie. L’homme de plume a littéralement donné vie à son mentor imaginaire. Celui qu’il voyait, qui lui dictait quoi écrire entre deux verres d’absinthe, devient réel et commet des crimes sans motifs apparents. La tête du ministre en charge de l’ordre public est menacée, l’équilibre même de l’État se trouve ébranlé par ces forfaits impunis. Eugène Monceaux utilise ses talents d’orateur et la détresse du peuple pour essayer de faire tomber le ministre Jacques Vautrin. Mais si le Noirhomme n’était d’une poupée manipulée à des fins politiques ? Ou bien est-ce le Noirhomme qui manipule tout le monde ?

Cela faisait plusieurs mois que nous attendions le second tome de cette série prometteuse prévue en trois volets. Nous avions apprécié le premier opus, chroniqué dans le n° 9 d’EnvrAk, et il en est de même pour celui-ci. Pourtant, il n’est pas tout à fait de la même teneur que le premier. Baigné dans une atmosphère littéraire, le premier tome était apprécié pour son discours. Le scénario est toujours aussi bien ficelé, la teneur de l’album est cette fois plus tournée vers la politique que la littérature. Du coup, les dialogues s’en ressentent et l’atmosphère des phrases d’Antoine Maurel n’est plus tout à fait la même. Plutôt un signe de maturité dirons nous.

Du côté du dessin, Hamo maîtrise son style semi-réaliste. Il a abandonné l’encrage épais du premier tome pour un trait plus fin, voire plus dynamique. L’expression des visages est appréciable, les personnages sont vivants, mais les scènes d’action ne sont pas tout à fait au point. On a parfois du mal à en observer le déroulement, faute souvent à un cadrage hasardeux. Le tout donne tout de même un album très agréable, qui ne répond pas encore aux questions que l’on se posait lors du premier volet. On attend maintenant le troisième tome, pour enfin savoir la vérité et lever le voile sur cette ambiance noire et mystérieuse.

Dieu n’a pas réponse à tout

tome 2 Mais il sait à qui s’adresser, scénario Tonino Benacquista, dessin de Nicolas Barral, Dargaud, mars 2008, 76 pages

Imaginez-vous à la place de Dieu : résoudre les problèmes de chaque individu demande une sacrée qualification. Alors, lorsqu’on a auprès de soi, au paradis, des gens compétents dans un domaine précis, pourquoi se priver des conseils de spécialistes? C’est sur cette trame que se base le second volet de la série imaginée par Tonino Benacquista, auteur du roman Les morsures de l’aube, adapté au cinéma par Antoine de Caunes, et co-auteur de Sur mes lèvres avec Jacques Audiard. Nicolas Barral, quant à lui, est le dessinateur de plusieurs séries avec Philippe Veys, dont la très drôle et déjantéeBaker Street.

L’histoire se divise en cinq parties, racontant les histoires de personnes en détresse que Dieu décide d’aider par l’intermédiaire de spécialistes. Pour un artiste incompris, il envoie Michel-ange, pour un détective minable Agatha Christie, pour des escrimeuses lâchées par leur entraîneur Cyrano de Bergerac, etc. L’humour n’est pas toujours au rendez-vous, on sourit de temps en temps, on s’amuse surtout des mimiques de personnages propres au dessin de Nicolas Barral. Mais le burlesque connu dans Baker Street est lui toujours présent. On apprend des éléments de la vie des quelques personnages présentés, ce qui en fait un album de moyenne facture, plaisant mais sur lequel on ne reviendra pas.

Commando Torquemada

tome 2, Dominique, nique, nique, scénario de Philippe Nihoul, dessin de Xavier Lemmens, Audie, avril 2008, 46 pages

Encore un scénario mêlant religion et humour. Ici nous sommes au comble du politiquement incorrect avec un album qui ne voit le Vatican que comme le siège d’une entreprise financière de grande envergure. Sauf que les caisses de l’Église se vident dangereusement. Loin d’être à court d’idées, le pape et son conseiller Juan Carlos Albuferque décident d’organiser un grand concert avec, en tête d’affiche, sœur Dominique. Le seul hic, c’est que la chanteuse ne vend plus et passe ses journées à se shooter et étoffer son répertoire avec un groupe dont elle précise qu’à côté d’eux, “les Sex Pistols, c’est les Poppies”. Le commando Torquemada est appelé pour la remettre dans le droit chemin et faire venir les fidèles au concert et surtout à la quête.
Complètement déjanté, agressif, loufoque, osé, l’album se présente comme une unité scénaristique et graphique. Tous les adjectifs que l’on peut adresser à Philippe Nihoul sont aussi vrais pour Xavier Lemmens. Il faut accrocher à ce type d’humour qui ne recule devant rien, trash, au dessin anguleux, parfois complètement laids, aux couleurs jetées comme au pistolet à peinture. Bref, tout sert une idée commune : l’absurde.

Humphrey Dumbar, le croquemitaine

par Emmanuel Civiello, Delcourt, collection Jeunesse, mars 2008, 32 pages

Le dessinateur de la série Korrigans aime les histoires fantastiques qui favorisent son style et peuvent être à la fois très réaliste et proche de l’illustration de contes, avec des courbes légères et des décors étirés et anguleux. Ici, il réalise lui-même le scénario pour une histoire doucement fantastique.

Humphray Dumbar a la lourde tâche d’être un croquemitaine, un être venu d’un autre monde, hantant les nuits des enfants. Son terrain de chasse privilégié est un orphelinat d’Irishcastle où une nuit ordinaire, un jeune garçon nommé Jimmy n’a plus l’intention de se laisser faire. Il quitte son lit avant l’arrivée du croquemitaine, se cache, puis saute dans le chaudron qu’Humphrey porte toujours sur son dos. Il ne sait pas encore qu’une fois son travail terminé, le croquemitaine change de monde, retourne chez lui dans un autre univers.

L’un des atouts majeurs de cet album est la couleur directe employée par Civiello. Les planches y sont sublimes, l’atmosphère envoûtante. Il évite l’écueil du dessin à la Tim Burton pour garder son propre univers graphique, adapté à l’univers du conte. Même si l’album est manifestement une bande dessinée et non un livre illustré, l’univers graphique y est pourtant proche. L’histoire est plaisante, un peu simplette et courte, surtout la dernière partie qui semble presque écourtée. Le tout reste très agréable à lire, même pour les grands, qui se raviront plus précisément de la touche de Civiello qui fait admirablement mouche.

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