Bottomless et cie

02/05/09 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres | Tags :

Bottomless Belly Button (Nombril sans fond)

scénario et dessin de Dash Shaw, Editions ça et là, 2008, 720 pages

Les éditions Ça et là, spécialistes de gros pavés et d’auteurs étrangers à découvrir, nous présentent ici un jeune américain, Dash Shaw, figure encore peu connue en France de la bande dessinée d’auteurs américaine. Ce californien de 25 ans accorde son attention principalement au roman graphique, dont il a déjà signé trois albums.

Bottomless Belly Button est le premier livre à paraître en France. L’histoire est celle toute ordinaire d’une famille qui ne l’est pas moins : les parents divorcent. Pour annoncer la nouvelle à leur enfant, les parents décident de réunir ces jeunes adultes autour de la table familiale que tous ont quittée depuis longtemps. Durant le court séjour qu’ils vont passer ensemble – du moins dans le même espace -, Dennis, Claire et Peter digèrent le divorce de leurs parents de manière totalement différente.
Dennis est marié à Aki et père d’un petit garçon. Il croit au mariage, à la famille, à l’union. Il se pense l’héritier des valeurs de ses parents et se retrouve perdu devant leur amour envolé.
Claire, mère très tôt et divorcée pas plus tard, ne se fait plus d’illusion sur l’amour depuis longtemps. Elle relativise la situation de ses parents.
Peter, et sa tête de grenouille, plane toute la journée. Il est l’enfant transparent – l’enfant de trop ? Il n’a jamais eu beaucoup de sollicitations de ses parents et sa vie est un échec permanent. Il ne croit en rien si ce n’est que fumer un pétard fait du bien.

L’histoire est longue (720 pages). Elle s’étend à n’en plus finir, semble-t-il, afin d’aborder pleinement les joies, les misères, le quotidien, la vie de ses personnages. Il n’y a pas d’actions, parfois peu de paroles. Pourtant, malgré des temps morts, des moments de pause, jamais on ne s’ennuie et l’histoire se déroule sans laisser de place à l’inutile. C’est une tranche de vie où l’articulation entre les personnages est bien réglée. Le ton frise souvent l’humour, flirte avec le décalage et finit par nous toucher au fond.
L’illustration réduite à son minimum ne s’agrémente d’aucune couleur, juste le brun du trait. Les planches sont très épurées, la simplification du graphisme et l’absence de nuances chromatiques compliquent quelque peu la lecture. Pour cela, Dash Shaw aide son dessin de descriptifs parfois un peu lourds. Chaque planche jouit d’une répartition différente des cases et la mise en scène est plutôt dynamique. Un passage propose même une seule case par planche mais qui grossit au fur et à mesure. Lorsqu’on possède 720 pages, on peut se permettre.

Bottomless Belly Button est une œuvre amusante, caustique, étonnante, détonante, chiante aussi parfois : la vraie vie quoi ! La simplicité poussée à son extrême rend l’ensemble crédible mais on a des fois l’impression qu’on nous prend pour des débiles avec toutes les annotations. Ou bien est-ce une manière de palier à un manque de qualité graphique, ce qui n’est guère mieux.
En bref, cet album ne convaincra pas tous les lecteurs. On trouvera ça lourd et ennuyeux si l’on aime seulement les super-héros ou les mangas tonitruants. On appréciera sa justesse et son regard minutieux si l’on est sensible à ce genre de bande dessinée. Bottomless Belly Button est un album destiné à un lectorat éclairé, adulte (le dos indique même, avec humour, qu’il est interdit aux enfants). Drôle, attachant, c’est une œuvre intimiste et universelle, comme le sont toutes celles qui sont bien faites.


Je tue des géants

tome 1, scénario de Joe Kelly, dessin de J.M. Ken Niimura, éditions Quadrans, collection Azimut, 2009, 93 pages

Lorsqu’un auteur hispano-japonais rencontre un auteur américain, cela donne une composition graphique assez étonnante. Cet album ne concentre pas moins les influences des trois grandes civilisations de la bande dessinée : le manga, le comic et la bd franco-belge. De ce cocktail étrange sort une œuvre qui ne l’est pas moins : la jeune Barbara tient dans son sac une arme spéciale, destinée à tuer des géants. Car si elle suit les cours de son bahut, ce n’est pas pour devenir dentiste ou avocate. Elle sait déjà ce que sera son futur métier : tueuse de géants.
Conçu en diptyque, Je tue des géants ne laisse pas au lecteur le temps de souffler, si ce n’est pendant l’attente du second volume. Que l’on ait aimé ou non le premier, on attend impatiemment le second tome pour enfin y comprendre quelque chose. La lecture, tant graphique que narrative, n’est pas aisée. L’ensemble est agréable, mais on ne voit pas toujours la séparation entre la réalité et la fantaisie. Comme Barbara au fond.

Le vent dans les sables

tome 3, La tentation du désert, scénario et dessin de Michel Plessix, Delcourt, 2009, 32 pages

Crapaud est de retour aux affaires, synonymes d’inquiétude pour Rat et Taupe. Surtout lorsqu’il se lance dans la quête d’un trésor mystérieux accompagné d’un dromadaire allergique aux pollens. Après une phase plutôt calme pendant laquelle les trois compères se sont tranquillement installés dans leur nouvel univers, bien loin des saules et du manoir Têtard, la rencontre d’une vieille femme chahutée par deux trouble-fête va tout bouleverser. Et c’est parti pour une traversée du désert avec soleil, pénurie d’oasis et manque d’eau.

C’est toujours avec plaisir que l’on retrouve ces personnages inspirés de l’œuvre de Kenneth Graham. Le graphisme soigné et entraînant de Michel Plessix remplit toujours aussi bien son office. On suit avec plaisir Taupe, Rat et Crapaud, dans les villes aux mille couleurs, comme autant d’enchantements et d’invitations à l’évasion. Toujours une réussite.
Les images sont la propriétés de ça et là, Quadrants et Delcourt

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