Trois ombres, Victor Lalouz

01/03/08 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres | Tags :

Couleurs acidulées ou noir et blanc? Ligne claire ou expressionniste? Venez faire votre marché aux bds!

Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill

scénario de Jean Regnaud, dessin d’Emile Bravo, Gallimard, collection jeunesse, juin 2007, 122 pages

A la vue de ce titre, de la couverture, du dessin d’Émile Bravo, on pourrait s’attendre à un album pour enfants, confirmé par la collection dont est issu l’album – duquel album nous pourrions discuter à savoir s’il s’agit de bande dessinée ou d’illustration. Mais dès l’ouverture du livre, s’estompe la volonté de mettre des mots précis, de faire rentrer des idées dans des cases. On a qu’une envie, c’est de plonger dans cette histoire pleine de tendresse.

L’originalité et la douceur de l’histoire se trouvent d’abord dans son titre Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill. Jean entre au CP, c’est son premier jour. Il est un peu intimidé, mais se fait rapidement un nouveau copain. Jean a un frère, Paul, d’un an son cadet. Il passe son temps à se battre avec lui, à coups d’édredon le soir au moment de se coucher. La vie de ce petit Jean est on ne peut plus classique, accepter que la dame qui vient le chercher le soir à l’école n’est pas sa maman, mais Yvette, sa gouvernante. Jean aime beaucoup Yvette et Paul a même tendance a l’appeler « maman ». C’est que leur vraie mère, ils ne la voient plus depuis si longtemps que Jean a du mal à s’en souvenir. Entre cour de récré, copains d’école et vacances chez les grands parents, la vie de Jean se déroule sous nos yeux avec toujours cette question en suspens : mais où est la maman de ces deux garçons ?
Jean cherche des réponses, autour de lui, comme en lui, avec toute sa naïveté et son imaginaire d’enfant. Sa voisine un peu plus âgée, peste comme pas deux, écrit de fausses cartes à Jean qui ne sait pas encore lire. Elle imagine qu’elles lui proviennent de sa maman mais que cette dernière veut que seul son aîné soit au courant de cette correspondance. Elle lui raconte ses voyages à travers le monde, sa traversée de l’Afrique, sa visite d’un supermarché (nous sommes dans les années 70) et sa rencontre avec Buffalo Bill. Jean rêve.

Dans cet album, la magie opère à tous les niveaux, dans l’image, dans le texte, dans l’imbrication des deux, dans l’atmosphère, dans l’histoire. Tout est baigné de l’infinie tendresse et de la cruauté du monde des enfants, de leur imagination sans borne. On est plongé dans les pensées de Jean, dans sa façon de se matérialiser ce qu’il dit et c’est souvent drôle. Jamais l’album ne tombe dans la mièvrerie, dans le gnangnan redondant de certaines histoires destinées aux plus jeunes. C’est peut-être que cette histoire n’a pas été conçue pour les enfants, ou du moins pas uniquement pour eux. Les adultes – et c’est sans doute la plus grande part du lectorat – peuvent prendre un grand plaisir à lire ces dessins autant que ces textes, d’une justesse simple et efficace.

Trois ombres

par Cyril Pedrosa, Delcourt, collection shampooing, septembre 2007, 268 pages

On pourrait commencer par se demander ce qu’est la collection « shampooing ». Le titre n’est pas très attrayant, mais lorsque l’on sait que Delcourt a confié carte blanche à Lewis Trondheim (Les aventures de Lapinot, la série des Donjon…) pour animer cette collection, alors il n’y a plus à hésiter : les albums vont y être joliment décalés.

Trois ombres raconte le périple d’un père et son fils, fuyant leur propre maison. La raison en est la venue de trois ombres sur le fil de l’horizon, approchant petit à petit jusqu’au seuil de la maison, disparaissant à la moindre tentative d’approche. Mais qui sont-ils ? Que veulent-ils à cette famille parfaitement heureuse ? La mère, Lise, va consulter une extralucide qui lui affirme que les ombres sont venues chercher son fils. Elle semble résignée à cette nouvelle, ne pouvant lutter contre les ombres. Mais Louis, le père, ne l’entend pas de la même oreille. Il décide d’emmener son fils loin d’ici, sur la terre de ses grands-parents. C’est ainsi que commence le périple des deux hommes, de cavalcades en traversée maritime légèrement… houlée (la traversée, comme la mer).

Cyril Pedrosa n’a pas fini de nous étonner. La patte graphique de cet album ne laisse pas entrevoir que le jeune homme est passé par les studios Disney ! Et même au regard des ses albums précédents, la touche n’est pas tout à fait la même. Dans Ring Circus, par exemple, les traits des visages sont plus détaillés, plus lisses, sûrement dus à la mise en couleur qu’il réalisa lui-même. Ici, Pedrosa utilise toute la force évocatrice du noir et blanc, des grands traits et des coups de pinceau. Le traitement est résolument expressionniste, où toutes les émotions des protagonistes transpirent sur la planche. Le lecteur est plongé au cœur de ces personnages et emporté par l’histoire. On rit, on s’émeut, on s’interroge, bref on vit l’album.
Le style graphique de Pedrosa peut rebuter au premier abord, le noir et blanc peut sembler un peu trop tranchant, mais je ne saurais mieux vous conseiller de plonger dans la lecture, ne serait-ce que de quelques cases, pour apprécier l’âme de l’album, loin de la froideur de certaines planches aux couleurs faites par ordinateur et au tirage sur papier glacé.

Lanfeust des Etoiles

tome 7, Le secret des Dolphantes, scénario de Christophe Arleston, dessin de Didier Tarquin, Soleil, décembre 2007, 47 pages

On ne présente plus Lanfeust, ce grand gaillard pas très dégourdi, qui pourrait s’apparenter à un anti-héros mais qui n’en est pas un. Lanfeust nous revient avec toute la compagnie pour une nouvelle aventure. Cette fois, son propre fils et celui de Cixi a été enlevé par Thanos, le pirate. Toute l’équipe part donc à la recherche de l’enfant, traversant moult dangers et rencontrant de nombreuses créatures étranges.
Derrière un scénario apparemment maigre, on retrouve tous les ingrédients qui ont fait le succès de cette série mais également tous ses travers ; pêle-mêle nous citerons la violence, l’humour, la dérision, l’imagination, l’absurde et l’ingéniosité. Cet album ne déroge pas à la règle et vise donc les – très nombreux – amateurs du genre.

Victor Lalouz

tome 3, La rançon du succès, par Diego Aranega, Dargaud, collection Poisson Pilote, janvier 2008, 44 pages

Avec un nom pareil, difficile de plaire aux filles. D’ailleurs, Victor ne plait à personne : il est aussi intelligent que son physique rappelle celui de Brad Pitt, il est aussi grand que son œil est vif et perçant. Bref, Victor a tout pour lui. Alors, avec un tel physique , il ne pouvait faire que de la radio et en devient une vedette. Toujours à coté de la plaque, souvent irritant, Victor a le panache des gens qui ne se rendent pas compte qu’ils sont lourds. Du coup, il va de scènes burlesques en gamelles profondes, le tout avec un sourire niais. Il est de ceux dont on aime se moquer car on ne voudrait surtout pas lui ressembler.
Ce troisième tome suit la lignée des précédents et l’humour acéré de Diego Aranega également auteur de Focu. On rit, on a presque pitié parfois, pour ce pauvre Victor. Un album humoristique d’un auteur dont la drôlerie n’est plus à démontrer.

Le complexe du chimpanzé

tome 2, Les fils d’Arès, scénario de Richard Marazano, dessin de Jean-Michel Ponzio, Dargaud, janvier 2008, 54 pages

Le premier tome nous racontait la découverte d’une capsule spatiale de la NASA avec à son bord Neil Armstrong et Buzz Aldrin. Les deux hommes sont repêchés vivants de l’océan indien où ils se sont échoués. Mais voilà, il y a un problème : les astronautes de la mission Apollo XI sont morts depuis longtemps, nous sommes en 2035… L’histoire mêle réflexion historique et philosophique : que ce serait-il passé si les Russes étaient arrivés les premiers sur la lune ?
Le complexe du chimpanzé est une histoire…complexe. On s’y perd un peu – souvent ? Il faut accrocher avec l’entremêlement des univers, histoire, science-fiction, philosophie, astronomie… On attend vraiment la fin de la série pour pouvoir dire si on a compris. Quant au dessin de Jean-Michel Ponzio, il est assez époustouflant d’hyper-réalisme, ce qui convient parfaitement à la volonté de détails du scénario. Malheureusement les expressions sont souvent faussées par une rigidité du trait et une froideur des couleurs. Au fin fond de l’espace, il manque un peu de vie.

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4 commentaires

    Fan n°1  | 03/03/08 à 15 h 40 min

  • Pour Lanfeust, le jour où ils vont se décider à en faire un film, (Arleston et Tarquin sont des gens trèèès pointilleux qui ont déjà refusé pas mal de propositions en ce sens) ben ça va tout déchirer.

    J’aime bien tes chroniques.

  • marlène  | 07/03/08 à 11 h 45 min

  • merci pour le compliment

    quant au film sur Lanfeust, ça va être dur de rendre cet univers semi-réaliste auquel le dessin de Tarquin colle si bien

  • Engy  | 10/03/08 à 13 h 17 min

  • Lanfeust, j’ai suivi “de Troy” mais ai laché aux étoiles… On s’en lasse je trouve…

  • Diana  | 28/03/08 à 13 h 08 min

  • Je crois que je vais me mettre aux BDs! Je vais commencer avec “Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill ” :-)

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