Histoires de batailles

02/03/10 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres | Tags :

UNE HISTOIRE POPULAIRE DE L’EMPIRE AMÉRICAIN

Howard Zinn, Mike Konopacki et Paul Buhle. Traduit de l’anglais par Barbara Helly, éditions Vertige Graphic, paru en France en août 2009, 288 pages. Sélection officielle Angoulême 2010

Pas de tromperie sur la marchandise. Le titre l’annonce, le livre est engagé. Tout comme l’est Une histoire populaire des États-Unis, le best-seller d’Howard Zinn dont il est l’adaptation graphique. Caricatures, photographies, documents d’époque, bandes dessinées, ou encore mélanges de dessins et de photographies authentiques sont autant de moyens graphiques mis au service du combat d’Howard Zinn. Mort le 27 janvier dernier, l’historien aura lutté jusqu’au bout contre la guerre et “l’impérialisme américain”.
Le livre s’ouvre sur le 11 septembre 2001 et la catastrophe que l’on connaît. La réaction radicale des dirigeants politiques des État-Unis fait réagir un petit Howard Zinn dessiné : « Ils n’ont rien appris, vraiment rien, de l’histoire du vingtième siècle, d’une centaine d’années […] de violence répondant à la violence en un cycle sans fin de stupidité. »

A travers la mise en scène d’une conférence devant des militants pacifistes, cet Howard Zinn de BD raconte alors au lecteur des épisodes marquants de ce siècle. Du massacre des Indiens d’Amérique à l’ingérence des État-Unis dans le régime iranien en passant par les conflits mondiaux, la politique étrangère en Amérique centrale ou encore la guerre du Vietnam. Le profit du grand Capital se retrouve en dénominateur commun de tous les conflits intérieurs et extérieurs présentés ici. Répressions, mensonges, interventions justifiés publiquement par les intérêts de la nation, le sont officieusement par la course au profit. Et bien sûr au détriment des plus “petits” qu’ils soient ouvriers, noirs américains ou peuples résistants à un tank avec un fusil. C’est cela que montre Une histoire populaire de l’empire américain.

Présenté comme cela, on peut se dire « Super, un livre gaucho bien pensant, y’en n’avait pas assez ». Sauf que le but n’est pas ici de dire « A bas les États-Unis! Sus aux impérialistes! » ni de réécrire l’Histoire. Seulement de la raconter d’un point de vue différent de celui habituellement adopté par les manuels, en donnant la parole à des acteurs modestes de l’Histoire comme Howard Zinn lui-même.

On peut regretter les raccourcis pris pour certains épisodes -la seconde guerre mondiale est traitée en 20 pages- ou encore l’absence d’autres -comme le conflit israélo-palestinien. Un parti pris que justifient les choix obligés de l’historien et la place prise par les graphismes. Ces derniers sont d’ailleurs jugés inutiles par certains. Ce n’est pas mon avis. Toute l’horreur décrite par les mots trouvent son écho dans des photographies désolantes. Quant à la bande dessinée, elle permet de raconter une multitude de petites histoires ayant contribué à construire la Grande. Que le dessin réaliste ne plaise pas, c’est autre chose.
Quoiqu’on en dise, ce livre apporte des éléments pour une meilleure compréhension des conflits et enjeux actuels. Il ne suffit pas à tout comprendre et ce n’est pas son ambition. D’ailleurs, en le terminant je n’avais pas l’impression de tout savoir, mais au contraire de prendre la mesure de mon ignorance.

DE CAPE ET DE CROCS

Tome 9, Revers de fortune, scénario d’ Alain Ayroles, dessin de Jean-Luc Masbou, Delcourt, collection Terres de Légendes, novembre 2009, 49 pages

La fin tragique du tome 8 laissait le lecteur sur sa faim. Tout semble perdu… La bataille est un échec, le maître d’armes capturé et surtout Don Lope… mort. C’est dans cette atmosphère de désespoir, inhabituelle pour la série, que s’entame le tome 9.

Qu’à cela ne tienne! Attention spoiler : il faut plus qu’une balle pour abattre un loup -la bête du Gévaudan l’atteste. Cet effroi passé, Armand le renard, Don Lope et leurs amis repartent chasser du trône lunaire le coquin servant de frère au roi. Pendant ce temps, auprès du maître d’armes, Eusèbe, le petit-lapin-tout-mignon-qui-semble-ne-servir-à-rien, se révèle une fois de plus très utile. Les uns s’acoquinent avec les pirates, les autres avec les mimes. Tout cela dans le joyeux univers lunaire inventé par les deux auteurs. Un monde où les mots peuvent vaincre l’épée, où l’on peut croiser des Contrepétuns – j’ai passé un quart d’heure sur cette page- et où un vers vaut plus qu’un lingot d’or. Toujours truffé de subtils références littéraires et jeux de mots, De cape et de crocs ne lasse pas. On s’habitue même à voir un loup et un renard vivre une histoire d’amour avec les humaines Hermine et Séléné -ok j’avoue, ça me perturbe toujours. Le dénouement du tome 9 est digne d’une farce théâtrale et il fait redouter la fin de la série… du moins si l’on ne lit pas la troisième de couverture.

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Pas de commentaire

    marlène  | 02/03/10 à 16 h 00 min

  • bravo pour cette chronique Flo, je vois que la relève est assurée !

  • Anna Lfabète  | 03/03/10 à 13 h 03 min

  • Super chronique, ça donne envie d’apprendre à lire !

  • Flo  | 03/03/10 à 17 h 25 min

  • Merci Marlène :)
    Anna je sais qui tu es! :D

Laisser un commentaire