Kafka, Les Tuniques bleues

02/11/07 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres | Tags :

Dans la colonie pénitentiaire

de Franz Kafka, scénario de Sylvain Ricard, dessin de Maël, éditions Delcourt, collection Ex-Libris, septembre 2007, 48 pages.

Je vous avez déjà parlé de cette histoire bouleversante qu’est Dans la colonie pénitentiaire au cours de l’article sur les adaptations littéraires. Cette bande dessinée s’approprie une nouvelle de Franz Kafka, écrite en 1914, narrant l’explication d’un système judiciaire plus que particulier dans une contrée pas forcément si lointaine que ça. Tout y est abstrait, pas de nom, pas de pays, pas de localisation temporelle, cette universalité fait d’autant plus peur qu’on ne peut pas se réfugier derrière des considérations temporelles ou géographiques du style « ça n’est plus possible aujourd’hui » ou « on ne verrait pas ça chez nous ». Et pourtant. Dans cette colonie pénitentiaire existe une machine plus que sordide, inscrivant sur le dos du condamné sa sentence qui n’est autre que la mort, bien souvent. Ce système judiciaire barbare ne donne aucun droit à l’accusé, qui se retrouve pris dans l’engrenage de la justice et de la machine sans même savoir ce qui lui est tombé dessus.

La nouvelle de Franz Kafka se déroule comme une sorte de grand monologue de la part du soldat en charge de la machine, prenant pour un temps la casquette de guide afin d’expliquer son odieuse machine à un invité de marque. Ce dernier doit assister à une exécution afin d’en rendre compte. Le soldat narre, avec une grande nostalgie, le temps de l’ancien commandant où les exécutions étaient légions et très appréciées d’une foule toujours plus nombreuse. Mais c’était l’ancien temps, aujourd’hui il est le seul gardien de cette invention. À la lecture de l’album, le visuel aidant, on a l’impression de se retrouver face à une scène de théâtre, face à un décor minimaliste, une action absente et très peu de personnages. Tout est dans le dialogue, dans la force des mots de Kafka et le découpage très soigné de Sylvain Ricard. Si nous étions au théâtre, l’acteur interprétant le soldat aurait sans doute eu un Molière. Le trait vif et incisif de Maël colle parfaitement à l’histoire, à la tension nerveuse de la situation. L’expressivité donnée aux personnages, et surtout au soldat, rend cet album encore plus exceptionnel que le récit ne l’avait déjà fait. On finit presque par être touché par les émotions du soldat, déplorant de ne plus utiliser sa machine.
Indéniablement, on vient vers cet album pour son histoire, pour l’adaptation de Kafka et on en ressort avec l’assurance d’avoir lu un bon album de bande dessinée issu d’auteurs maîtrisant leur sujet.

Les Tuniques Bleues

tome 51, Stark sous toutes les coutures, scénario de Raoul Cauvin, dessin de Willy Lambil, éditions Dupuis, septembre 2007, 46 pages.

Qu’attendre d’une série après la parution de cinquante albums ? Du nouveau ? Après tant d’années passées à la tête des Tuniques Bleues, Lambil et Cauvin peuvent-ils encore surprendre leur public ? Ce sont assurément les questions que l’on se pose devant chaque nouvel album d’une si longue série.
L’action de ce nouvel opus se passe en huis-clos au sein du camp de base du vingt-deuxième de cavalerie. On y retrouve tous nos compères habituels, telle une réunion de famille à chaque album. Aujourd’hui la vedette s’appelle Ambrose Stark, capitaine de la cavalerie dans laquelle sont incorporés Chesterfield et Blutch, nos héros. Cette fois-ci, ils se sont mis dans le crâne d’aider leur capitaine à soigner ses vieilles blessures et à recouvrer une santé mentale, grâce à l’intervention du vaguemestre, le facteur, ami d’enfance d’Ambrose Stark. Celui-là leur raconte que Stark est dans cet état depuis la pénétration d’éclats d’obus dans son crâne. Après une intervention chirurgicale, Stark se voit hotté ces bouts de métal et retrouve un état normal. Lui revient alors la pratique de son premier métier, couturier, d’où le titre. Seul problème, c’est qu’à présent il ne veut plus être soldat.

La trame de départ de ce nouvel opus est assez intéressante, mais on se lasse vite de voir Stark essayer de remonter à cheval, repriser les uniformes de tous les soldats qui passent devant lui et au final ne rien avoir à dire ou à faire d’autre de plus captivant. On tourne les pages parce qu’il faut bien arriver à la fin, mais c’est sans grande motivation. On ne rit même plus aux situations maintes fois usées, des répliques entre Chesterfield et Blutch. Il semble que nos héros soient aussi vieillissants que leurs auteurs, auxquels on ne saurait leur reprocher. On se demande juste la raison d’un nouvel album. Cinquante semble déjà un bon chiffre pour clore une série, d’autant que ce ne sont pas les occupations qui manquent à un scénariste aussi prolifique que Raoul Cauvin.

Miss Endicott

tome 1, scénario de Jean-Christophe Derrien, dessin de Xavier Fourquemin, éditions Le Lombard, collection Signé, septembre 2007, 81 pages

Pour régler ses petits problèmes quotidiens, les Londoniens du XIXe siècle avaient l’habitude de s’adresser à Marguerite Endicott, la « conciliatrice ». Seulement voilà, Endicott mère trépasse. Le flambeau revient donc à sa fille, de retour des Indes. Celle-ci accepte volontiers de reprendre les activités de feu sa mère la nuit et de devenir gouvernante le jour. Une double vie pas facile à mener lorsque les deux univers se mêlent et qu’on manque de sommeil.

Le Lombard avait créé la collection Signé pour de grands noms de la BD. Une réorientation éditoriale permet désormais à de jeunes auteurs de se distinguer dans cette collection prestigieuse. C’est ce que font à merveille Fourquemin et Derrien avec ce Miss Endicott. L’album se distingue tout d’abord par son format, 81 pages, et par sa sortie jumelée avec celle du tome 2. De quoi nous faire dépenser plus que notre budget, certes, mais une façon surtout de ne pas oublier l’histoire entre deux albums et d’apprécier d’autant plus cet univers attachant. Miss Endicott est une jeune femme pleine de ressources, qui ne s’en laisse pas conter mais qui subit les revers d’un double travail en ressentant la fatigue. Nous n’avons pas affaire ici à une super héroïne mais à une femme bien réelle, bien qu’ayant une façon particulière de manier les aiguilles à tricoter. Le scénario est bien cousu, on ne s’ennuie pas une seconde avec ce double de Mary Popins en plus musclée. Le dessin et la mise en couleur sont très agréables, le trait de Fourquemin est ferme et souple, dans un style mi-réaliste, ce qui colle parfaitement au scénario et à l’univers que les auteurs veulent créer. L’ambiance est très plaisante, on rit parfois. En attendant avec impatience la suite. Ça tombe bien, elle est déjà en librairie.

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8 commentaires

    Camiiille  | 03/11/07 à 15 h 44 min

  • Moi qui ne suis pas BD, tes chroniques me donnent toujours envie d’en ouvrir une. Merci bcp Marlène pour ce regard toujours aiguisé :)

  • Dolly  | 06/11/07 à 17 h 50 min

  • Bon moi j’y comprends rien en BD, mais “Les Tuniques Bleues” ca me rappel Lucky Luke non ? Y’a un rapport ?? ou c’est juste le fruit de mon imagination ?

  • LVB  | 06/11/07 à 21 h 06 min

  • C’est le fruit de ton imagination. Surement à cause des chevaux ! :D

    Lucky Luke c’est la conquete de l’ouest, le western, Les tuniques bleues c’est la guerre de cessession ! Ok … ok … l’un suit l’autre chronologiquement parlant ! :D

  • LVB  | 06/11/07 à 21 h 09 min

  • Cécession pour parler pour correctement me semble t’il !

  • marlène  | 07/11/07 à 10 h 50 min

  • disons que ce qui peut t’y faire penser, Dolly, c’est le style graphique, très franco-belge, ce qu’on nomme le style “gros nez” (allez savoir pourquoi)

    Camiiille: merci du compliment, j’essaye justement de faire découvrir des albums qui me touchent et qui mérite une plus large diffusion que le simple cercle des bédéphiles

  • dolly  | 07/11/07 à 20 h 10 min

  • oui c’était le dessin qui me faisait penser a ça ! apres l histoire je m’en doute bien que non c’est pas la même chose lol

  • Sab  | 16/11/07 à 13 h 20 min

  • “Sécession”. J’ai gagné !

  • LVB  | 18/11/07 à 17 h 50 min

  • Où comment corriger une coquille en en écrivant une autre ! :D

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