Automne en BDs

01/11/09 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres | Tags :

Et oui l’automne est la période des chauds/froids. En bande dessinée aussi.

Canoë Bay

scénario de Tiburce Oger, dessin et couleurs de Partick Prugne, éditions Daniel Maghen, mars 2009, 76 pages.

La bande dessinée fait partie de ces rares opportunités dans la vie où l’on peut réaliser son rêve de gosse. Tiburce l’a souhaité, Tiburce l’a fait : raconter une histoire de pirates, dans la grande tradition.

Jack est un jeune orphelin embarqué sur un navire anglais. Tout se passe naturellement lorsque l’un des marins se révèle être le très recherché « Lucky Roberts », un vieux loup de mer, spécialiste de l’insurrection. Il prend les commandes du vaisseau et baptise les anciens marins de la Royale en tant que « Pirates ». Dès lors, il vogue vers la Nouvelle-France, ce nouveau monde qu’il a connu, tout comme le jeune Jack, quelque temps plus tôt. Mais les projets de Lucky Roberts vont être perturbés par le médaillon que porte Jack, seul héritage de sa mère. Roberts y reconnaît la trace de Jack Rackham, alias « Calico Jack », célèbre pirate qui aurait amassé un trésor conséquent. Il ne met pas longtemps à faire la relation entre l’une des maîtresses de Rackahm et la mère de Jack. Toute la troupe se lance alors à la recherche du trésor, les Anglais aux trousses.

Les « frères de la côte » n’ont pas fini de faire couler de l’encre. Aventure, Histoire, liberté, trésor et rancœur tout y est. Dans ces récits exploités, qu’apporte un nouvel album ? Tout d’abord, la joie de ceux qui l’ont fait, elle est palpable et plutôt communicative. L’une des principales originalités de ce scénario est que nous restons la plupart du temps les pieds au sec. Rares sont les instants où les pirates prennent la mer, ce qui peut apparaître comme un comble. Mais c’est bien vu lorsqu’on a à ses côtés un décorateur attentif en la personne de Patrick Prugne. Cela permet également de donner une grande place aux Indiens et de voir leur position entre les différents pays qui les colonisent. Au niveau du scénario lui-même, on se perd un peu dans les dates, entre un récit se déroulant en 1758, un petit héros d’une dizaine d’années dont on comprend que le père est Jack Rackham mort en 1720 … Le texte lui-même participe à la perte du lecteur dans les méandres de l’histoire. Les dialogues sont truffés d’injures et de « bons mots » de pirates, que l’on ne comprend pas toujours mais qui sont là pour faire « plus vrai ». Associés à un lettrage parfois assez difficile à déchiffrer, la lecture de l’album n’en est pas aisée.

Un si grand et bel album – car c’est ce qu’il ressort – endommagé par une narration un peu lourde, on ne peut que le déplorer. D’autant que les jeux de prises de vue employées par Prugne renforcent cette idée de lourdeur.
Mais il ne faudrait pas s’arrêter à ces désagréments, l’album est un ensemble artistique et original très intéressant. La beauté des décors de Patrick Prugne font magnifiquement écho aux souhaits de découverte et d’évasion proposés par Tiburce Oger. Les deux hommes sont passionnés par leur récit et cela se voit, notamment dans leur complicité. Prugne maîtrise ses couleurs autant que son trait, un peu moins le jeu des expressions, mais chaque détail est pensé pour l’harmonie.

Un album à conseiller pour tous ceux qui connaissent l’aventure, embarqués sur un rafiot ou au fond d’un canapé.

les Quatre de Baker Street

tome 1, L’affaire du rideau bleu, scénario de Djian et d’Olivier Legrand, dessin et couleurs de David Etien, Vents d’Ouest, avril 2009, 52 pages.

Billy, Charlie et Black Tom, enfants des rues de Londres, occupent leur journée à donner un coup de main au célèbre Sherlock Holmes. Ils montent des filatures, se relaient dans les bas fond de la ville et soutirent des infos partout. Pourtant ce ne sont que des gamins. Tom, le plus âgé, en pince pour la petite fleuriste Betty. Cette dernière est enlevée sous ses yeux par deux individus louches dont l’un porte un étrange tatouage sur la main droite : une tête de mort couronnée et entourée de deux roses. Les p’tits gars de Baker Street – adresse du détective de Conan Doyle – décident alors de partir à sa recherche en allant voir Patch, un énergumène non moins louche. Selon Tom, il sait tout ce qui se passe dans cette ville. De fil en aiguille, ils découvrent que Betty est enfermée au « Rideau bleu », une maison close de luxe.

De prime abord, le scénario peut paraître décousu. On passe facilement d’un événement à l’autre, pour l’élégance du rebondissement plus que pour le bien de l’histoire. Cependant, l’album se déroule sans prétention et avec une certaine qualité narrative même. L’aventure est légère, la dure réalité assez édulcorée malgré tout et les dialogues assomment quelques peu l’ensemble. Pourtant, c’est un album à la lecture agréable où l’imagination ne manque pas. Les personnages sont travaillés, soignés comme l’ensemble des éléments de cette bande dessinée. Chaque protagoniste a une identité et cela se voit sur son visage.

David Etien, qui avait déjà collaboré avec Djian sur Chito Grant (EP éditions), semble travailler ses personnages au ciseau tellement leur visage est creusé, ciselé, modulé, tel une sculpture. La volonté de varier les points de vue est très appréciable et fait montre d’une belle maîtrise. Les mouvements sont élégants, les scènes d’action bien orchestrées, certaines planches transpirent même des heures de travail qu’il a fallu pour créer cette harmonie. Comme pour les dialogues, on est à la limite d’en avoir trop, mais l’habileté évidente permet de surfer sur cette limite.
La mise en couleur donne un ensemble très lumineux, avec des jeux d’ombre et de lumière savamment orchestrés, laissant tout de même quelques oublis (par-ci, par-là, quelques personnages n’ont pas d’ombre alors que les autres si)

Un album agréable, dynamique, ayant assez de punch pour plaire à de jeunes lecteurs.
P.S : le quatrième membre des « Quatre » est le chat.

Deuxième chance

tome 1, Mort et entêté, scénario de Jérôme Félix, dessin de Gunt, Bamboo, collection Grand Angle, octobre 2009, 54 pages.

On a toujours tendance à cantonner un éditeur à ses précédentes publications, comme si Bamboo était le spécialiste des parodies de métiers. Ce n’est pas faux, mais ce n’est pas que ça non plus. L’éditeur peut faire dans la bande dessinée d’auteur, en gardant tout de même le cap de l’humour. C’est le cas avec deuxième chance. Dès le titre du volume le ton est donné, on est dans la veine d’un crime farpait. Les auteurs se réclament même des frères Coen ou de Tarantino, pas maigres les références. Alors qu’en est-il au fond ?

De la grosse déconnade, sans vraiment plus de prétention, avec un fond d’enquête, de suspens et tout et tout. Les couleurs guimauves, les dialogues crus peuvent rebuter, mais ce serait dommage de s’arrêter à ces apparences car les personnages deviennent vite attachants et l’histoire prenante, d’autant qu’elle est bien scénarisée. Bref, un album à s’envoyer

Vierge froide et autres racontars

scénario de Gwen de Bonnval, dessin de Hervé Tanquerelle, d’après l’œuvre de Jørn Riel, éditions Sarbacane, octobre 2009, 168 pages.

Il est rare qu’un écrivain danois inspire la bande dessinée franco-belge. Et bien voilà chose faite avec cette adaptation de La Vierge froide, l’un des recueils composant les multiples volumes des Racontars arctiques. Riel passa plus d’une quinzaine d’années sur les terres gelées du Groenland et consacra beaucoup de son temps de plume à retranscrire la vie des hommes du froid.

La Vierge froide se compose de plusieurs récits de chasseurs, comblant leurs heures d’attente, au cœur de l’hiver, là où le soleil ne se lève plus. Chacun s’occupe à sa manière, d’aucuns essayent même d’apprivoiser un coq appelé Alexandre. L’immobilisme et l’absurde font partie du quotidien de ces hommes, du récit de Riel et donc de cette bande dessinée. Le choix du noir et blanc allait de soi, mais on ne tombe pas dans la caricature de l’atmosphère glaciaire grâce à un dessin volontairement mal soigné d’un des dessinateurs du Professeur Bell. Dommage que l’omniprésence du texte de Jørn Riel en fasse parfois oublier le dessin.
Les images sont la propriété de Bamboo, Daniel Maghen éditions, Sarbacane et Vents d’Ouest

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