Kia, Ora et Esteban

02/10/09 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres | Tags :

Perdus dans la jungle des nouveautés ? Lassés par le brouillard ? Les bandes-dessinées du mois vous donnent un bol d’air

Kia Ora

tome 3, Coney Island, Scénario de Virginie Ollagnier-Jouvray et d’Olivier Jouvray, dessin et couleur par Efa, Vents d’Ouest, collection Equinoxe, mai 2009, 46 pages

Comme les tomes précédents, nous reprenons le bateau avec nos trois héros vers une nouvelle terre, un nouveau continent. Cette fois, c’est l’Amérique qui nous attend.

Maaka, Awhina et leur petite fille Nyree sont des Maoris du début du XXe siècle. Ils ont quitté leur Nouvelle-Zélande natale à la demande d’un Anglais peu scrupuleux qui voulait présenter une troupe de Maori dans les contrées britanniques. Les prestations demandées tournent vite à l’exhibition, telles des animaux en cage. Awhina vit mal cette situation et se réjouit de la décision prise par sa communauté de rentrer au pays. Mais son mari, Maaka, entend ce retour comme un échec, un retour au point de départ. Sur la proposition d’un Américain, la petite famille embarque pour les États-Unis. Mais sur Coney Island, le cauchemar continue : elle se retrouve parmi les phénomènes de foire, abandonnée par leur patron, confrontée à l’indifférence des « bien-pensants » et à l’humanité des monstres.

Ce chapitre clôt ce récit rondement mené. Dans un album encore très dense, les auteurs nous font partager les joies et les peines de ses exilés un peu malgré eux. Le scénario, bien maîtrisé, débute sur un nouveau continent et permet presque de lire cet album sans avoir lu les précédents. Sans qu’il n’y ait ni suspens, ni rebondissement surprenant, l’histoire tient le lecteur jusqu’au bout, sans qu’on puisse s’en défaire. Il n’y a pas de fausses notes, de lourdeurs et l’enchaînement des évènements se fait à bon rythme. On peut reprocher toujours la densité, avec beaucoup de textes, écrits plutôt petit pour que tout rentre. Cela ne nuit pas à la lecture d’un adulte, mais pourrait rebuter les plus jeunes. C’est dommage pour un album plein d’humanité (parfois de « bons sentiments »).

Du coté du dessin, Efa nous entraîne aisément dans son propos avec un trait souple, clair, aux traits épais et bien marqués. Nous ne sommes pas dans le flou ou dans l’interprétation, tout est posé, présenté au public, ce qui en fait un album très visuel. Cet Espagnol de 37 ans possède l’art de la mise en page malgré peu d’effets très recherchés.

Une série à lire à tout âge, avec un très grand plaisir.

Le voyage d’Esteban

2 tomes, Le baleinier, Traqués, par Matthieu Bonhomme, Milan jeunesse, 2005-2006, 44 pages.

Une fois n’est pas coutume, je vous parle ici d’une série sortie il y a déjà quelques années. C’est qu’en cette période de rentrée où les bacs des librairies de bandes dessinées sont plus remplis que les portes monnaies, il faut parfois s’appuyer sur des valeurs sûres pour ne pas être immergé. Le voyage d’Esteban vous fera plonger loin du train-train, en vous embarquant pour un voyage rêvé.

Qui ne s’est jamais imaginé côtoyant la Grande Bleue ? Il ne s’agit pas de sortir en mer pour dire ça, je parle ici du plus grand mammifère existant sur notre planète. A une époque où la traque des baleines était répandue, le jeune Esteban est engagé sur un navire de chasse. Orphelin depuis peu, il projette sa survie dans le harpon, sur le baleinier d’un ancien ami de sa mère. Le capitaine, hésitant à l’engager, cède devant l’adresse du jeune garçon qui ne tardera pas à se confirmer. En ce XIXème siècle, au large du Cap Horn, s’organisent la vie et le travail autour de la chasse à la baleine sur un navire à voile, attaquant le mammifère sur de petites barques semblant bien dérisoires face au géant des mers. Mais l’équipage doit faire face à un prédateur encore plus hostile : l’Homme. Avec sa technologie, l’Homme a inventé le bateau à vapeur, allant plus vite à l’assaut des cétacés, n’ayant pas assez de proies à détruire, laissant derrière eux des cadavres à peine dépiautés. Voile et vapeur entrent en concurrence et s’affrontent entre les icebergs.

Les récits de Matthieu Bonhomme, qu’ils soient réalisés à quatre mains ou à deux, sont toujours un enchantement. Il réussit à chaque fois à créer un univers intimiste malgré les grands espaces et enferme le lecteur à l’intérieur de la narration. Une fois le livre fermé, l’histoire nous laisse le sensation d’un songe. Il oscille intelligemment entre la vie de ce garçon de onze ans, sa naïveté et son innocence, et un monde dur, d’homme de la mer, allant combattre beaucoup plus forts qu’eux.

Au niveau du dessin, le trait fin et dynamique, caractéristique de Matthieu Bonhomme est encore une fois magnifiquement servi par la couleur. Certes, son graphisme et l’ambiance qu’il véhicule ne sont pas très éloignés d’autres de ses productions, mais on apprécie toujours sa fraîcheur et sa mesure.
Le voyage d’Esteban est un diptyque encore une fois réussi.
Les images sont la propriété de Vents d’Ouest et Milan jeunesse

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