Big Crunch : Super héros et tablettes de chocolat

25/04/12 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres | Tags : ,

Paris est en proie à des « émergences », des masses d’énergies et de matières s’abattant sur toute personne se trouvant à proximité, la transformant en un monstre destructeur. Pour les empêcher de nuire, Cosmos est toujours là. Il fait rêver les enfants, Hollywood en a fait des films, il est LE héros dont la ville a besoin. Mais que se passe-t-il quand Cosmos disparaît ?

Les émergences qui étaient des manifestations extraordinaires mais presque anodines deviennent dangereuses voire meurtrières. Parmi les enfants qui adulent Cosmos, trois frangins ont la surprise de trouver leur idole inconsciente dans la cuisine. Le masque tombe : c’est leur père. Entre excitation et inquiétude, les garçons, accompagnés de l’amie de l’aîné, se rêvent en successeur de leur géniteur, en héritier de super-pouvoirs, bien que fragiles face à l’état de santé de leur père et leurs nouvelles responsabilités.

À la lecture de Big Crunch, on se rend compte que l’on a vieilli, que le temps a passé, que les nouveautés d’hier sont les références d’aujourd’hui, que les auteurs présents affichent les mêmes lectures de jeunesse que nous…. Bref, les années quatre-vingt sont loin déjà, l’arrivée des mangas, les dessins animés, toute une génération. Ce sont toutes ces influences qui submergent Big Crunch. Dans le format (21×15 cm contre 30×22 cm en moyenne pour un format franco-belge classique), dans l’utilisation du noir et blanc avec peu d’effet d’encrage, juste des jeux d’ombres à l’aide de trames ou de points, la présence de « speed-lines », ces traits plus ou moins épais, soulignant la vitesse ou l’importance, etc. On pourrait évoquer encore la mise en page, le cadrage, l’évocation constantes des mangas et comics aussi, avec le thème même du super-héros, mais concentrons nous sur le travail même de Rémi Gourrierec.

Comme quoi, l’esbroufe…

Le jeune homme d’origine bretonne commence sa carrière d’illustrateur par un blog bd sous le pseudonyme de l’Esbroufe. Big Crunch est son premier album. Son travail s’apparente tantôt à la nouvelle vague de la BD franco-belge, avec un trait énergique, d’apparence peu soigné, à la physionomie des personnages non proportionnée, tantôt à un style lisse et épuré de certains indépendants américains. Cette culture ou contre-culture adaptée au thème des super-héros ne pouvait que donner un résultat étonnant. Pour cet album, le dessin de Gourrierec a gagné en amplitude, en épaisseur, les protagonistes semblent moins décharnés quoique toujours désarticulés. L’attrait de l’album, d’un point de vue graphique tient surtout à la mise en page et au cadrage ultra-dynamique de l’auteur, ce qui donne à son récit un rythme très soutenu. Sa réalisation ne se noie pas dans les détails de décors réalistes, mais esquisse la ville et ses phénomènes de manières concises et justes. On ne s’étonne donc pas de retrouver ce livre dans la collection Shampooing.

… ça en impose

Du point de vue du scénario, le parti pris de Rémi Gourrierec est étonnant et se détache de ce qui a été fait avant lui. Cela démontre une belle créativité et une belle inspiration, surtout pour un thème que le blogueur nantais n’affectionne pas particulièrement, celui des super-héros. Le parti pris de ne pas montrer ce sauveur du monde – mystérieusement réduit au silence – mais ses enfants jusqu’alors innocents des pouvoirs de leur père, permet à l’auteur de poser de nouvelles questions sur le genre, voire d’en créer un nouveau. Le rythme, très soutenu, cadencé en pique et en creux, ne laisse cependant pas au lecteur le temps de s’interroger, emporté comme il l’est – et le sera – par les 192 pages qui défilent.

Six volumes sont attendus, dont encore deux en 2012. De quoi ne pas être [trop] impatient !

Big Crunch, tome 1, Cosmos ne répond plus, de Rémi Gourrierec, éd. Delcourt, collection Shampooing, février 2012.

http://www.lesbroufe.fr/
Images ©Delcourt/Gourrierec.

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