La petite fille aux allumettes

12/12/10 par  |  publié dans : Livres | Tags : , ,

Non mais ça suffit, là, d’être heureux. Vous qui sentez une flamme joyeuse naître en votre cœur à l’approche du 24 décembre, éteignez ça tout de suite. A Noël, des gens meurent de froid dans la rue. Depuis deux siècles, l’histoire de La Petite fille aux allumettes se charge d’inculquer cette réalité aux enfants, qui feuillettent, bien au chaud sous leurs draps, les pages d’un bel album illustré. Parmi les traumatismes infantiles les plus répandus, celui que provoque le conte d’Andersen concurrence sérieusement la mort de la mère de Bambi et la sorcière dans Blanche-Neige.

Un soir de Nouvel An, une fillette qui “n’ose pas rentrer chez elle car elle n’avait pas vendu d’allumettes, son père la battrait”, use sa marchandise pour voir apparaître des tableaux de confort, de chaleur, de nourriture en abondance, tout ce dont elle est privée. Sa grand-mère décédée apparaît soudain au bout d’une allumette. La petite fille supplie sa grand-mère de l’emmener avec elle. Le lendemain, on retrouve “le petit cadavre, assis avec ses allumettes dont un paquet était presque entièrement brûlé”.

La version originale d’Andersen tient en quatre pages, qui dégoulinent de pathos. Dès la première phrase, le climat est donné : “Il faisait atrocement froid.” La “pauvre petite” a les pieds rouges et bleus de froid à la fois. Elle porte des pantoufles “mais à quoi bon ! C’était des pantoufles très grandes”… Pour la qualifier, l’adjectif “petite” revient presque toujours. Blondinette, mignonne, fragile, elle est une victime idéale pour le méchant hiver.
Le conte d’Andersen contient une dimension importante que les adaptations pour enfants peuvent occulter : le salut y vient du ciel. La fillette et sa grand-mère s’en vont “auprès de Dieu”, indique le texte, “là où il n’y avait pas de froid, pas de faim, pas d’angoisse…”. D’ailleurs, la description faite de la grand-mère rappelle à l’évidence la figure de la Sainte-Vierge.

D’accord, des enfants qui n’ont rien fait de mal meurent de froid. Mais Dieu sauvera les malheureux. Elle n’est pas si triste que ça, cette histoire, en fait. On nous l’a mal racontée quand on avait cinq ans, voilà tout.

Précédemment dans l’Avent-Vrak :
Jour 11 – Tokyo godfathers
Jour 10 – Mémère Noël
Jour 9 – Noël comme à la maison
Jour 8 – Noël, ça troue l’cul !
Jour 7 – Le jeu de société, à nouveau tendance
Jour 6 – Le Sapin vert, une Histoire rouge
Jour 5 – Le combat de Noël : Tino 1 – Lily 0
Jour 4 – Un pyjama et bonne chance dans la vie
Jour 3 – Le noël de Saute-Flocon
Jour 2 – Une nuit avec Biolay
Jour 1 – Les marrons glacés

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