Le cu-culte Twilight en 2 ou 3 leçons

09/01/09 par  |  publié dans : Livres, Romans | Tags :

Difficile de ne pas avoir entendu parler du phénomène Twilight, dont l’adaptation ciné sort ces jours-ci sur nos écrans après avoir fait un carton aux Etats-Unis. La saga de Stephenie Meyer serait un Roméo et Juliette moderne et un digne successeur des Harry Potter. Envrak a lu le premier tome de la série, Fascination. Ou comment Bella, 17 ans, se retrouve parachutée chez son père dans un bled pluvieux, et tombe éperdument amoureuse d’Edward, un vampire…

Oui… bon. On est dans la chick lit fantastique pour ado(lescentes) , une variation sur le thème des buveurs de sang bourrée de tension sexuelle : conclure ou ne pas conclure ? Alors que Bella, qui n’a jamais consommé, a la culotte en feu, on imagine aisément le dilemme d’un jeune vampire assoiffé de sang à l’idée de déflorer sa belle…

Pas de quoi bousculer le train de bananes cependant. Le style fleure bon le Bernard Werber, la trame est anémique, les atermoiements des deux héros fatiguent vite, c’est cul cul à n’en plus finir. Et non, vraiment, si on l’offrira sans problème à son ado de 14 ans, passé 18 en revanche, ça n’est vraiment pas sérieux.
Mais alors pourquoi ça marche ?

1) Ca parle d’amouuuuur, le vrai avec un A

L’auteur a assez bien rendu, à la première personne, la psychologie d’un âge où le sentiment amoureux se vit à fleur de peau et où l’on est sur-conscient du regard de l’autre, chaque geste, chaque remarque, chaque échange de regards donc, pouvant être interprétés selon 10 manières différentes et donner lieu à des heures de fantasmes (ou d’insomnies). L’extrait suivant est particulièrement parlant.

“Dès qu’il me lâcha du regard, je baissai les yeux sur mon livre et tentai de retrouver où j’en étais. Toujours aussi lâche, je fis passer mes cheveux sur mon épaule droite de manière à lui cacher mon visage. J’avais du mal à croire le flot d’émotions qui pulsait en moi – tout ça parce qu’il m’avait regardée pour la première fois en un mois et demie. Je ne pouvais pas lui laisser avoir une telle influence sur moi. C’était pathétique. Plus que pathétique, c’était malsain. J’essayai très fort de ne pas faire attention à lui pendant le reste de l’heure puis – vu que c’était impossible – de ne pas lui laisser voir à quel point j’étais consciente de sa présence”.

2) Bella parle pour toutes les ados, y compris celles qui sommeillent en nous

Les adolescentes du monde entier se sont projetées en Bella Swan, qui se voit comme un être à part, et se demande si elle est bien normale, selon des modalités qui parlent à tous les ados du monde (le besoin de vivre en groupe et de l’intimité amoureuse, vouloir conserver sa singularité tout en se fondant dans le monde des adultes…). Dans le même temps, son corps, sorti des phases les plus embarrassantes de la puberté, s’affine et elle commence à plaire aux garçons – mais elle ne le sait pas encore. Bien qu’elle redoute d’être exclue (le début du livre, l’arrivée de Bella dans son nouveau lycée, rappelle les affres de la rentrée à tout un chacun), elle rêve d’être princesse. Le ténébreux du lycée lui apporte ses fantasmes sur un plateau.

Enfin, la mécanique banale des journées de lycée est plutôt bien décrite : lever, petit déj, cours, temps mort à parler de tout et rien, cours, temps mort et retour à la maison, y compris les heures qui filent et celles qui s’éternisent…

3) Finalement, c’est consensuel en diable, même les parents kiffent

Les teens de Twilight boivent du Coca, ne fument pas, sont propres sur eux, ne jurent pas, ne couchent pas (l’auteur est mormon, et nombreux ont déjà pointé la morale pro-abstinence sous-jacente au roman). De son côté, Bella est une élève studieuse, le roman insiste sur les nombreux moments où elle fait ses devoirs ou ouvre un classique plutôt que de regarder la télé. Ce n’est pas pour déplaire aux mamans un peu sentimentales…

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