Créatures de la nuit … des temps

17/06/09 par  |  publié dans : Livres | Tags :

Le monde entier connaît Dracula, tremble devant l’image d’un vampire, frémit à la vue d’une goutte de sang coulant de longues canines. On imagine ces êtres maléfiques tout droit sortis de l’imaginaire, et pourtant…

Le culte du sang

Impossible de dater l’origine des vampires. Lorsque les premiers textes apparaissent en Occident au XIXème siècle, la tradition de ces êtres mi-vivants, mi-morts est déjà bien ancrée. La première représentation picturale remonterait au XIIIème siècle, sur une prédelle d’un retable italien. On y voit un être aux dents pointues, dépassant de sa bouche. C’est visiblement un être démoniaque, même si l’air féroce et attirant des futurs Vampires laisse ici à désirer.
En remontant pratiquement à la nuit des temps, on rencontre, à chaque coin de la planète, un culte du sang pouvant correspondre à des pratiques proches du vampirisme. La première représentation d’un tel culte serait un être monstrueux suçant le sang d’un homme sur un vase préhistorique découvert en Perse. Quelque soit les civilisations ou les religions, le vampire ou son dérivé, connut dès lors une belle expansion. Le Livre XI de l’Odyssée présente Ulysse sacrifiant un mouton et donnant à boire son sang aux défunts. Ces mêmes défunts qui, plus tard, entretiennent une conversation avec lui. Outre la résurrection, très présente dans de nombreuses religions ou civilisations, c’est plutôt la vitalité donnée par le sang qui est intéressante pour notre propos.
Chez les Hébreux, le sang jouit aussi d’une aura purificatrice autant qu’il est la marque d’une souillure importante. La loi mosaïque interdit la consommation de sang, car l’âme de chaque être se trouve dans celui-ci. Autrement dit, on pourrait prendre la vie et l’âme de quelqu’un en buvant son sang.
Chez les Chrétiens, le sang est associé facilement à celui du Christ. En cela, il est à la fois rédempteur et purificateur. Mais il est également signe de mort physique, puisque c’est sur la Croix que Joseph d’Arimatie recueille le sang du Christ. Tout comme les Juifs, les Chrétiens croient en l’âme véhiculée par le sang et donc à la préciosité du liquide. Il n’y eut pas d’interdit lié à sa consommation dans les Écritures, ainsi l’Église dut lutter contre de mauvaises interprétations et assimiler la consommation de sang non christique à un culte satanique. Les suceurs de sang étaient donc considérés comme des démons.

Naissance du vampirisme

A partir de ces cultes, des événements étranges ont été mis en rapport. Au XIème siècle, certains récits rapportent la vision de morts dont le corps avait été retrouvé loin de leur tombe, tel que l’a vécu l’évêque de Cahors en 1030. On interprète rapidement ces faits comme l’intervention du malin, jouant avec les corps des défunts impurs. En Angleterre, certaines histoires vont plus loin en parlant de corps sortant de leur tombeau chaque nuit. Bientôt, tous les méfaits provenus durant la nuit et ne trouvant pas de responsables leur sont attribués.
Certaines pandémies créent des « vampires » : en Bohème, la maladie faisait tellement peur que l’on se hâtait d’enterrer les corps sans s’assurer préalablement de leur mort. Ainsi, il n’était pas rare de voir des corps ressurgir de la terre et se relever indemnes.

Non loin de là, au XVème siècle, le prince de Valachie Vlad IV, fait régner la terreur. Il porte le surnom de Dracul, terme provenant du corps militaire auquel il appartient, signifiant à la fois dragon et démon. Plus tard, on lui attribue le surnom de Tepes, l’empaleur, car il se délecte à empaler ses ennemis, à les voir se vider de leur sang et dîner entouré de ce spectacle. Prince de Valachie, région de Roumanie, il est mandaté par son père et la Hongrie pour repousser les Turcs de ses terres. Héros national vénéré par ses hommes, le sort se retourne contre Vlad lorsque son père est déchu du trône remplacé par son propre frère. Prisonnier, il n’hésite pas à s’allier aux Turcs pour récupérer le trône et faire jaillir le sang de ses amis d’antan. Le prince Vlad alimenta de nombreuses chroniques à l’époque jusqu’à Bram Stoker quatre siècle plus tard.

D’autres personnages sanguinaires ont défrayé les chroniques de l’époque, telle que la comtesse Erzsébet Bathory soupçonnée d’avoir fait enlever et saigner quatre-vingts à trois cents jeunes filles.

De l’âge d’or à la littérature

Le XVIIIème siècle fut l’âge d’or des croyances sur les Vampires, alors même que le siècle des Lumière permet à la raison de l’emporter sur les superstitions. Les nombreuses pandémies, tel que la Peste, redonnent un élan aux peurs engendrées par la quantité de cadavres à mettre en terre. En 1726, la Serbie contaminée comme le reste de l’Europe, donne lieu à des affaires de Vampire rapportées par les légendes et chroniquées dans un rapport en langue allemande mentionnant pour la première fois le mot « vanpir ». Les écrits sont rares à l’époque, seules restent les légendes, transmises de générations en générations qui traversent toute l’Europe et même au-delà. On s’intéresse de plus en plus à cette figure énigmatique qu’est le vampire et peu à peu ses caractéristiques spécifiques se dessinent : être ressuscité sous sa forme humaine, ne vivant que la nuit, se nourrissant de sang humain pour acquérir la vitalité qu’il lui faut pour survivre.

Vampire d’Edgar Burne-Jones

Les Romantiques de toute l’Europe, les Allemands en tête de liste, prônent un renouveau du fantastique et les allégories issues de la pensée médiévale notamment. Cet engouement pour le surnaturel remet au goût du jour les thèmes des Vampires. Leur évocation est d’abord assez succincte : dans les poésies, on s’attarde sur les étreintes fatales de jeunes gens revenus à la vie. La propension sexuelle n’est pas encore à son comble et leur capacité à sucer le sang n’est pas encore retenue. [iChristabel[/i] de Coleridge rédigé en 1816, la Belle dame sans merci et Lamia du poète britannique John Keats. L’inspiration est parfois antique, comme dans Lamia, personnage qui, dans la mythologie est connue pour avoir dévoré des enfants par jalousie et s’être nourri de leur sang. Mais de ces histoires, les poètes ne retiennent que l’aspect de femme fatale et peu le caractère vampirique.
Le thème devient de plus en plus porteur, des grands de la littérature s’y intéressent, Alexandre Dumas, Baudelaire, Théophile Gautier. Dans nombres de ces récits, les femmes sont à l’honneur, vampires comme séduisants et mystérieux êtres diaboliques et sensuels. En point de mire de cette vision de la femme-fatales aux crocs acérés, Carmilla de l’irlandais John Sheridan Le Fanu composé en 1871. Outre les caractéristiques aujourd’hui les plus basiques sur les Vampires exposées ici comme autant de bases littéraires sur le thème, Carmilla développe une sexualité débridée, penchant même fortement vers un lesbianisme, sanctionné à l’époque. La nouvelle de Le Fanu, moins célèbre que le Dracula de Bram Stoker, est l’un des premiers récits phares sur les Vampires à avoir marqué la littérature fantastique jusqu’à nos jours et jouissant de nombreuses adaptations.

Adaptation de Sofia Terzo, Vertige Graphic, 2008*——*

Seize ans après le Fanu, un autre irlandais fait vivre les vampires : Bram Stoker. Stoker fut tenté par l’écriture de ce récit par les nombreuses productions sur le sujet ces dernières années et par le récit d’un amoureux de l’Orient, ami de l’écrivain, qui lui fit part de la vie et des actes de Vlad Tepes, voïvode de Valachie.L’écrivain mit dix ans pour composer son œuvre magistral, reprenant les codes de vampirisme précédemment établis, mais en établissant de nombreuses bases reprises par la suite. Inutile de dire à quel point l’œuvre de Stoker a d’importance dans la littérature de vampires. Tout le livre de Stoker dépeint les goûts et les aspirations gothiques et romantiques de l’époque. Dix ans plutôt, l’Angleterre frémit sous les actes de Jack l’éventreur et à la sortie de Dracula, les meurtres du comte résonnent étrangement.

Les vampires d’aujourd’hui

Les histoires de vampires n’appartiennent pas seulement au passé. La poésie et la finesse des récits du XIXème siècle, les goûts pour une certaine forme de littérature fantastique ont peu de chose en commun avec les vampires actuels. A l’exception d’Anne Rice et Entretien avec un vampire, peu ont marqué les esprits. C’est que depuis Dracula et ses nombreuses adaptations cinématographiques ou autres, le genre a du mal à se renouveler. Pourtant, plusieurs recueils ont vu le jour ces dernières années, prenant des directives particulières.
Baisers de sang est un recueil de nouvelles sur les Vampires d’auteurs contemporains composés récemment ou pour le recueil lui-même. Toutes ces nouvelles sont exclusivement érotiques. Le Vampire y apparaît très contemporain, se fondant dans le paysage actuel, se mouvant comme tout être humain. Ses caractéristiques démoniaques semblent s’estomper, il ne vit plus la nuit et fait toute sorte de rencontres. L’érotisme lui est toujours aussi naturel tout comme le meurtre. Comme les personnages des poèmes du XIXème siècle, leur amour est éphémère, même leur amant ne connaît pas de lendemain. Le recueil réunit des auteurs tel que Boris Vian, des habitués de la littérature jeunesse, de la chanson, de la radio… Le vampire apparaît comme un thème facile à aborder et inspirant, bien que peu novateur. Anne Rice, auteure américaine, se retourna vers le coté baroque des vampires avec les Chroniques des vampires et notamment Entretien avec un vampire, écrit en 1976. L’univers n’est plus contemporain, ni romantique mais bien baroque, violent et décalé.

Les librairies et bibliothèques foisonnent d’histoires de vampires, que ce soit des récits devenus des classiques ou des nouvelles contemporaines, les Vampires n’ont pas fini de séduire le publique et d’être à l’origine de toutes sortes de légendes.

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4 commentaires

    Ramuncho  | 27/06/09 à 12 h 46 min

  • Un très beau panorama du vampire en littérature. Un article magnifique. Bravo !!

  • Camille  | 03/07/09 à 14 h 22 min

  • +1

  • lyly shu  | 06/08/09 à 21 h 56 min

  • moi perso je crois a tout ça comme a la magie au vampires et fantomes .on peux me prendre pour une folle ;mais peu m’importe ce que pense les gens!moi j’y crois et c’est comme ça ;et j’ai trouver l’article fascinant!!

  • eriane  | 09/12/10 à 21 h 19 min

  • les vampire sont tres facinant

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