Découverte poétique : Soupe d’argile

01/03/07 par  |  publié dans : Livres | Tags :

Barz Diskiant (ou Barzou, pour les intimes…) est un jeune garçon d’une vingtaine d’années. Vous avez pu découvrir son aspect « artiste multitâches » à travers une interview le mois dernier (hey, retardataire, file donc consulter nos archives). Ce mois ci, intéressons nous donc plus particulièrement à sa plume.

Soupe d’argile est le premier recueil de cet auteur fraîchement débarqué, avec plus ou moins d’adresse, dans le monde de l’édition. Il s’articule en quatre parties : Instants périlleux, La vie de profil, Soupe d’argile et Histoires du soir. La préface est signée par Astrid Karoual et le livre est paru chez les Editions Bénévent. Voilà pour la « partie technique ».

Bien que ce recueil ne soit pas particulièrement long – il ne dépasse pas les cent pages – on est agréablement surpris par la succession de diverses formes poétiques. Tantôt conventionnelles, tantôt revisitées, entre prose et sonnet ou sous forme de contes, Barz Diskiant ne nous laisse pas le temps de nous enfermer dans une sorte de routine de lecture. Cette diversité de la forme, et c’est bien l’une des raisons qui rendent la lecture de ce recueil agréable, se retrouve pour notre plus grand plaisir dans le fond.

Ces poèmes ont été écrits à une période charnière entre la vie d’adolescent et d’adulte, et, comme chez tout « adulescent » à peu près normal, on retrouve donc l’évocation des doutes, des premières relations amoureuses, etc., le tout avec originalité. Barz développe un univers qui, en apparence, peut être ressenti comme doux, aux angles arrondis et magnifiés par les mots. En apparence, car derrière cette présumée légèreté, on peut capter quelques pics lancés ici ou là, avec plus ou moins d’adresse, mais il faut l’avouer, la cible est quand même assez souvent atteinte.

Barz travestit le détail et compose à partir des choses simples de la vie une sorte de tableau coloré, façon réalisme abstrait. Par moment, on arrive à s’extirper du réel grâce à la transformation que l’auteur fait subir à ces sujets en un matériau poétique ludique, paradoxal ou passionnant, selon les textes. Un peu à la manière d’un Mathias Malzieu dans Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi, on retrouve cette impression de lire une sorte de « conte autobiographique ». L’auteur s’y met en scène, mais parce qu’il s’appuie sur des événements simples du quotidien, il permet au lecteur de s’identifier plus facilement à ces situations. Révêrie et mélancolie se croisent, se mêlent, non pas sans humour.

Quelques fois hésitante, la plume de Barz Diskiant nous rappelle qu’il en est à son premier essai. Un premier palier a été atteint, parfois dans une touchante naïveté, parfois avec une maturité d’autant plus étonnante qu’elle s’extrait de contes faussement légers. On ne peut qu’espérer voir débouler rapidement une suite à ce premier recueil, on sera sûrement ravis d’être dérouté.

Je reprendrai à nouveau l’image du tableau car à mon sens, chaque texte apporte une touche à l’ensemble. Moi qui préfère parler de musique en terme d’albums plutôt que de chansons, j’ai particulièrement apprécié cette unité. Elle était pourtant loin d’être évidente, les textes ayant été écrits sur plusieurs années, mais la découpe du recueil en quatre axes et le bon classement des textes n’y sont sûrement pas étrangers.

Entre deux jambes agiles

Je me balade et je sème

Dans n’importe quelle direction

Je m’envole, en haut en bas, nos cœurs en guerre

Quelques instants la tête en l’air

Les yeux illuminés par la révélation

C’est fou comme poème

Je m’évapore en graine d’argile

Quatrième de couverture du livre

Soupe d’argile aurait pu être une apologie du Smecta. Il n’en est rien. Au contraire, cette soupe se révèle être une sympathique pilule contre la morosité. Pour conclure cet article, je m’adonnerai à mon tour au même jeu que l’on retrouve en quatrième de couverture, où l’auteur, puisant des vers tout au long de son recueil, compose un nouveau poème.

Je m’évapore en graine d’argile

Mais je continue ma gouache

Je n’ai jamais cligné de l’œil

Tes yeux sont dans les miens

J’ai bien envie de t’avouer

Je n’ai jamais pensé à toi

Je pourrais te mentir, tu pourrais me croire

Petit poème pour homme sensationnel

Soupe d’argile, de Barz Diskiant, aux Editions Bénévent.
Prix de vente recommandé : 11€
http://after-soupe.blogspot.com

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Pas de commentaire

    Dolly  | 01/03/07 à 10 h 32 min

  • Superbe chronique !! et excellent recueil à dévorer !

  • soapcooker  | 01/03/07 à 10 h 46 min

  • oui, ça donne envie, mais il y a un problème dans le lien en fin d’article :S

  • engy  | 01/03/07 à 13 h 39 min

  • Problème de lien résolu ;)

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