Divers livres ibères

17/04/10 par  |  publié dans : Livres, Romans | Tags :

Charles Dantzig a écrit le Dictionnaire égoïste de la littérature française, certains journalistes ont définitivement opté pour le gonzo staïle ; alors à Envrak on s’est dit qu’on pouvait bien nous aussi donner dans le nombrilisme. Voici un petit tour opérateur complètement égo-centré de romans de la péninsule qui vous emmène loin de Cervantes ou de Delibes parce qu’il n’y a pas que Castille la Manche dans la vie.

Valence

Tranvia a la Malvarrosa,1994, (Tramway pour la Malvarrosa, charmante plage de Valence) de Manuel Vicent est un roman teinté d’autobiographie qui nous transporte dans l’Espagne des années 50-60 à travers les yeux de l’adolescent Manuel qui découvre la vie, la vraie, malgré la dictature ou l’autorité paternelle. Le lecteur assiste à son éveil intellectuel et sexuel grâce à différentes figures importantes : l’oncle à moto qui l’emmène dans un bordel, Camus et Gide passés sous le manteau, la fiancée française au moins aussi belle que Brigitte Bardot et qui en plus est existentialiste (que demande le peuple ?). Se mêlent donc au parcours initiatique qui fera de Manuel un homme, les figures d’autorité sombres et inquiétantes (hommes d’Église, professeurs, son père), les figures qui lui apportent la lumière, la couleur de la plage sous le soleil et l’odeur des orangers.

La force de ce roman ne tient pas forcément à l’histoire en elle-même, après tout le canevas est un peu usé, mais Manuel Vicent (qui collabore au quotidien El Pais) possède une justesse narrative rare et forcément touchante. Par ailleurs, les nombreuses références aux événements marquants de ces années-là permettent de retracer un portrait non-figé du Valence de l’après-guerre civile.

Barcelone

Nada,1941, (Rien) de Carmen Laforet est un roman témoignage qui revient sur la période de l’après-guerre civile espagnole. Andrea, jeune fille dont les parents sont morts pendant la guerre, rejoint ce qu’il reste de sa famille en Catalogne pour poursuivre ses études. Elle part pleine d’espoir, persuadée que l’attend une vie nouvelle et plus trépidante. Mais… Le moins que l’on puisse dire est que l’ambiance de la maison est austère, des oncles rarement présents dont un misogyne et violent, une tante qui la hait, une grand-mère un poil gâteuse et la décrépitude due au manque d’argent et à la guerre qui a laissé beaucoup de traces à Barcelone, un des derniers bastions républicains. Nada suit donc l’itinéraire d’une jeune fille au caractère renfermé et solitaire qui parvient pourtant à se lier d’amitié avec son oncle Roman, être mystérieux et poétique ainsi qu’avec la jeune et solaire Ena. Ce roman à la narration réaliste et tragique réussit le presque impossible : immerger le lecteur dans univers sombre et presque oppressant et lui faire aimer ça.

Sin noticias de Gurb,1991,(Sans nouvelles de Gurb) d’Eduardo Mendoza donne cette fois-ci dans le franchement burlesque. Deux extra-terrestres se rendent sur terre pour une mission d’exploration et atterrissent à Barcelone. Le sous-fifre Gurb, lassé des ordres de son supérieur, s’enfuit dès le début du roman et le chef, le narrateur, part à sa recherche.

Mendoza n’est pas un habitué de l’humour et du drolatique et c’est bien dommage car Sans nouvelles de Gurb fait mouche à chaque phrase. Écrit sous la forme d’un journal, le roman relate les aventures de l’extra-terrestre en chef confronté aux bizarreries de notre monde moderne. Les scènes de cocasserie jouissive sont nombreuses, les mots pris au pied de la lettre et la maladresse du protagoniste provoquent des chefs d’œuvre de comique de situation.

Madrid

Cuatro amigos, 2008 (Quatre garçons dans le van) de David Trueba est mon livre. Voilà j’ai lâché la première personne du singulier. Tant pis. Ce livre en vaut bien la peine. Le roman retrace les vacances ubuesques de quatre amis qui ont décidé de fuir la fournaise madrilène du mois d’août pour rejoindre la fournaise d’une fourgonnette et partir à l’aventure pour oublier les soucis et les tracas du quotidien. Ces quatre amis, des looseurs pas magnifiques, vont vivre les vacances les plus déprimantes de leur vie via des aventures à la loufoquerie extravagante, des engueulades mémorables et des claquages sonores de portière d’une fourgonnette déjà mal en point. Vulgaire, tristement ironique et désespéré, ce roman est d’une aigre douceur qui fait rire et réfléchir à la fois sur l’amour, l’amitié et les solitudes peuplées de gens.

La littérature espagnole des XX ème et XXI ème siècles est d’une richesse malheureusement méconnue. Elle n’a pourtant pas grand chose à envier à la française qui ces derniers temps laisse franchement à désirer. Espérons que cette humble sélection vous donnera l’envie d’y goûter.

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