[Extrait] Volodine et le post-exotisme

02/11/10 par  |  publié dans : Auteurs, Livres, Romans

Un avant-goût du récit complet de Christian, pour les habitués des quatrièmes de couvertures. Pour les autres, il y a l’article ci-après.
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Ainsi, nous voilà arrivés en septembre 2010, de notre temps, mais nous sommes peut-être plus tard, ou tout simplement hors du temps. Bref, Volodine publie Ecrivains où il nous livre une série d’histoires, des histoires d’écrivains. Inutile de répéter que nous sommes dans les règles du Post-Exotisme, il s’agit d’un roman où les histoires s’entrecroisent, les personnages apparaissent, disparaissent, sont à la fois auteur, narrateur et personnage. Ils sont tous rescapés ou victimes d’un monde qu’ils ont combattu, marqués par la défaite, ils ne renoncent pas mais résistent dans l’éternelle quête avec l’arme de l’écrit ! Si l’écrivain Mathias Olbane semble avoir renoncé, après vingt cinq années d’incarcération durant lesquelles il poursuit son œuvre en dressant de longues listes de vocables imaginaires accumulées en liasses épaisses, aujourd’hui libéré et atteint d’une horrible maladie qui le défigure, il a laissé son œuvre au pénitencier et les feuillets doivent servir comme jadis déjà de papier toilette à ses codétenus, Linda Woo elle, poursuit sa résistance… Elle donne une leçon de post-exotisme , elle rend hommage à Maria Iguacel, codétenue qui vient de mourir. Pour ce faire, elle prend le nom de Maria Iguacel , l’auteur qui lui prête la main aussi… Ainsi se déploie le mystère de l’écriture post exotique. Le ton de la leçon marque la détermination toujours intacte de Linda Woo. Du fond de sa cellule n° 1614, elle gueule, elle narre, elle romance, elle entrevoute, Linda : « Il y a douze ans, elle a tué des hommes qui méritaient d’être réduit à rien, des hommes qui avaient été tout, ou, du moins, beaucoup de choses , elle a tué des ennemis du peuple que beaucoup de gens auraient voulu tuer s’ils en avaient eu le courage, mais peu de gens ont le courage de faire justice, presque personne ne s’engage dans la vengeance et les représailles au nom du peuple. Elle, l’a fait. »

Elle définit le Post -Exotisme non dans sa théorie mais dans son action, elle dit : « Si les écrivains post-exotiques se sont autrefois engagés en politique et en littérature, ce n’était pas pour tenter d’obtenir plus de confort dans leur vie personnelle, ou parce qu’ils désiraient approcher ceux qui apparaissent avec une humilité tapageuse au dessus du monde et qui le gouvernent et l’ordonnent, et parce qu’ils voulaient jouir du droit de parler au nom des maîtres et en défense des maîtres, avec en retour le droit d’attendre leurs flatteries, les petites tapes sur l’échine, les friandises et les babioles que les puissants distribuent à leurs serviteurs, que ceux-ci soient des politiciens ou des artistes. Non, ils ne souhaitaient pas ronronner des bassesses et se frotter affectueusement contre les bottes des maîtres en imaginant qu’ils avaient choisi librement d’être domestiqués, alors que la présence prés des bottes est toujours le résultat d’une sélection des maîtres parmi ceux qui ont été éduqués selon la logique des maîtres. Non, il faut chercher ailleurs les racines de l’engagement. Il faut définir autrement nos désirs. » Lindo Woo s’arrête là, n’allons pas plus loin, ne la secouez pas, elle est pleine de larmes, lui aussi.

Chercher les racines de l’engagement, “comancer”, un autre chapitre d’Écrivains, la recherche des origines, alors que le narrateur est au seuil de la mort, torturé par ses ex compagnons devenus fous qui confondent victimes et bourreaux dans leur dernière révolte, il résiste. Il, nous ne connaîtrons pas le nom du narrateur, est-ce Volodine, cette fois ? Il, résiste, en se remémorant son enfance, il, écrivait déjà des histoires sur les protège-cahiers avec les mots d’enfant, sans maîtrise des signes et des règles, il, écrit avec l’assurance d’être le pont, le trait d’union, clairvoyance, aveuglement ? La situation est extrême, ses bourreaux vont lui éclater la tête avant l’assaut des gardes du pouvoir. Alors, “comancer”, c’est aussi la question de finir. A noir, I rouge, le poète de sept ans, le crayon marron ou le crayon mine, peu importe il écrit des histoires avec le sentiment qu’il poursuit le long cycle, il ajoute au palimpseste et d’autres après reviendront, écriront, réécriront… Et le récit qui s’éteint se régénère en puisant à la source des origines.

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