Gringos Locos : Jigé, Morris et Franquin partent en Amérique

23/05/12 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres | Tags : ,

L’histoire de la bande dessinée a retenu les noms de Jijé, Morris et Franquin comme des références incontournables, ayant marqué cet art à jamais. Ensemble, ils ont partagé le “rêve américain”, les conquêtes – ratées – du nouveau continent et des studios Disney. Mais, de retour à Bruxelles, rien ne sera plus pareil, l’aventure a stimulé leur imagination, boosté leur talent. L’ascension ne fait que commencer.

L’Amérique pour se relancer

Gringos Locos retrace l’escapade américaine des trois compères avec la femme et les enfants de Joseph Gillain (Jijé), à travers le désert du Grand Canyon pour finir au Mexique où ils s’installent en 1948. Dans une belle ambiance de désorganisation totale, toute cette petite “famille” déambule de péripéties en revers de fortunes, mais toujours dans la solidarité et la bonne humeur. Maurice de Bévère (Morris), cherche une nouvelle idée pour se débarrasser de son cow-boy de Lucky Luke dont il ne sait plus que faire et dont le succès n’est pas au rendez-vous. Il ignore encore que c’est à 9 000 km de Bruxelles qu’il rencontrera un français nommé Goscinny, lequel deviendra son scénariste et donnera une envergure insoupçonnée à l’homme qui tire plus vite que son ombre. André Franquin, lui, se cherche tout court. Il ne croit plus en son potentiel, ses dernières idées pour Spirou ne fonctionnent pas et ses parents le poussent à devenir ingénieur. Timide et un peu gauche, il ne sait plus où est sa place, entre un personnage de jeune groom, hérité de son ami Jijé et ses propres inspirations. Il peine à développer son style. Joseph Gillain (Jijé) s’élève un peu comme le patriarche de toute cette bande (il a dix ans de plus que les deux autres), connaît déjà un certain succès avec Spirou, dont il a pris les commandes après l’abandon de Robert Velter, lors la Seconde Guerre Mondiale. Imaginatif, soupe au lait et parfois burlesque, il pimente son quotidien et ses histoires d’une créativité foisonnante. Il sera l’un des moteurs des éditions Dupuis et de toute l’école Belge.

La “Nouvelle école belge”

Il a fallu attendre 2012 – et passer outre quelques péripéties – et deux français pour voir renaître cette fameuse “école Belge”, cette époque où la Belgique dominait la bande dessinée francophone et où Charles Dupuis y faisait la pluie et le beau temps. Il a fallu bien patienter avec de relire – j’aillais dire “d’entendre” ! – le patois bruxellois si fleuri et si abscons pour le reste de l’humanité. Yann (qui a travaillé sur le scénario d’un des dernier Lucky Luke) et Schwartz (qui a dessiné l’un des derniers Spirou) n’ont pas eu de mal à dépeindre l’atmosphère si particulière de cette époque où ces trois monuments étaient encore dans l’incertitude et les balbutiements. On pourrait qualifier cet album de “nouvelle bande dessinée belge”, tant on y retrouve avec plaisir la ligne claire, les aplats traditionnels de couleurs, et le lettrage grossissant selon l’énervement des personnages. Ce classicisme si pertinent pour le sujet devient, grâce au talent des deux auteurs, un véritable atout rendant le livre savoureux, bien pensé, parfaitement équilibré. Il ne convainc pas seulement les nostalgiques ou les historiens de la bande dessinée, il séduit également par son sens de l’aventure, du gag et du rythme. Bref un vrai moment de plaisir.

(Entre parenthèses)

Cette chronique a été écrite au mois de janvier 2012, alors que l’album devait sortir le 27 de ce mois. Pourtant, même imprimé et dans les cartons, le livre a failli finir au pilon, les héritiers des dessinateurs Franquin et Jijé s’érigeant contre cet ouvrage qu’ils jugent calomnieux. Après des mois de controverses, la publication a été enfin autorisée. Heureusement ! Pour en savoir plus, un bon résumé :  slate.fr

Gringos Locos, tome 1, scénario de Yann, dessin et couleurs d’Olivier Schwartz, éditions Dupuis, 04 mai 2012, 52 pages.

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1 commentaire

    Héloïse  | 27/06/12 à 9 h 07 min

  • ah je compte le lire celui-là du coup !

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