Houellebecq : à ne pas revendre sur ebay

08/01/11 par  |  publié dans : Auteurs, Livres | Tags : ,

A Noël, tu as, peut-être, trouvé un livre bien emballé du papier doré adéquat. Si après les agapes tu as ouvert ce cadeau tout en pensant que le livre c’est pas cher du point de vue des ratio économiques, que c’est valorisant du point de vue culturel, qu’en plus tu as découvert qu’il s’agissait du Goncourt en ouvrant précautionneusement l’emballage car ce cadeau pourrait resservir la semaine suivante et qu’en somme ton donateur ne s’est pas foulé, un conseil : profites-en quand même pour jeter un œil dans cet ouvrage bien singulier.

Ça s’appelle La carte et le territoire . Alors là dessus que dire qui n’ait été dit, qu’écrire qui n’ait été écrit ? J’arrive après la bataille, mais bon, jamais trop tard pour bien faire comme on dit. Alors tu peux ouvrir le livre ! Tu t’apercevras que le Houellebecq il sait raconter des histoires et bon dieu ! C’est un peu ce qui manque à nos écrivains hexagonaux, lui, donne dans la cour des grands qui se joue dorénavant par delà l’atlantique et oui, Bret Easton Ellis peut bien se tenir. En plus, il est gonflé Houellebecq, il est lui même un de ses personnages et il s’offre le luxe de décrire sa propre mort et d’assister à son propre enterrement. Et oui, il y a du polar là dedans parce que le brillant auteur qui devenait au fil des ans le challenger perpétuel au titre suprême a été assassiné, découpé en morceaux qu’on retrouve éparpillés, dans une esthétique à la Pollock.

Mais bien évidemment ne te laisse pas embarquer dans les digressions macabres qui ne sont que jouissance d’auteur. Recentre toi sur le fond, l’histoire c’est bien mais Houellebecq n’écrit pas seulement des histoires. En lecteur averti tu as certainement lu, au moins, un des précédents, il faut bien faire mode et puis les génies méprisés par les jurys c’est tendance dans la France qui ne s’est pas encore aperçue qu’on avait changé de siècle. Tu vois alors que le style s’est allégé, il n’y a plus ces tentatives d’introduire de la poésie dans le roman, droit au but, allez MH, le style est dépouillé, incisif, percutant, tant mieux les pages tournent plus vite et ta semaine de trêve s’écoulera vite, elle aussi. Mais, hop là ! ralentis la cadence et réfléchis !

Photo © Sophie Bassouls Corbis-Sygma

C’est quoi une œuvre d’art, un tableau, un roman, une sculpture ? Pourquoi à un moment X une foule d’individus se pâme devant le chef d’œuvre, une rencontre mon vieux, tout simplement ça, un cursus historique et un éclair artistique. Et boum, ça fait tilt pour Jed Martin le « héros artiste » de Houellebecq. Au moment opportun, il a su par hasard allier son talent de photographe et la beauté des cartes Michelin ! Et tout ça parce qu’on vit dans l’époque Jean Pierre Pernaud, le retour à la France rurale, celle du camembert et du saucisson, la France du terroir qui fleure bon la joie de vivre.

Alors maintenant, un conseil, réfléchis avant de suivre les bêlements des moutons. Alors si tout ça t’intéresse et puisque tu es connecté, jette un œil sur ce lien et durant deux heures et demie tu vas pouvoir te délecter d’une interview littéraire comme un journaliste en a rarement fait depuis Pierre Dumayet.

Mais alors, pourquoi je te parle de  La Carte et le Territoire en pleine période post-noël enneigée ? Oui c’est ça, il fallait que je retombe sur mes pieds, alors voilà : les écrivains et Noël, les sapins, la littérature et le roman de Houellebecq, mon retard au démarrage pour la critique… Et bien Noël c’était la pièce manquante de la critique autour de Houellebecq, j’ai fouillé, lu, relu, rerelu, revu pas un mot sur l’importance de Noël et des fêtes de fin d’année dans la critique de l’ouvrage goncourtisé. Et oui, la carte et le territoire sillonne l’espace mais en bon théoricien romanesque, fidèle à la narration quantique, Houellebecq circonscrit l’espace temps, chaque césure romanesque nous ramène à Noël et aux fêtes de fin d’années, depuis les repas rituels avec le père, le soir de noël, la panne du chauffe eau, qui nous interroge sur l’inhumanité à venir, le passage de l’outil à la machine, l’homme virtuel et l’homme machine. La dernière nuit d’amour à la saint sylvestre et la dernière rencontre entre Jed et Houellebecq, dans la campagne gâtinaise le premier janvier.

Noël, noël, tu vois la tradition doit se respecter ! D’ailleurs il faudra bien vivre avec la tradition quand le pays se réveillera, quand la selve galopante aura recouvert les friches industrielles. Et oui mon vieux, à la mi siècle, selon le faux défunt auteur, la France sera redevenue un pays agricole et touristique, une fois l’économie virtuelle digérée, le problème des retraites, de l’immigration se résolveront avec le retour à la tradition alors : vive Noël et bonne année !
La Carte et le territoire de Michel Houellebecq – Prix Goncourt 2010. Ed Flammarion.

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1 commentaire

    JFP  | 29/01/11 à 12 h 19 min

  • Bien vu, bien dit, une œuvre merveilleuse, par un auteur peut être bien infréquentable…

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