La Ballade de la Geôle de Reading

02/02/09 par  |  publié dans : Livres | Tags : , ,

Davantage connu pour ses pièces de théâtre, ses essais sur l’art, la politique, les femmes… ou encore son seul roman Le Portrait de Dorian Gray, le dramaturge irlandais Oscar Wilde est aussi un poète. Moins talentueux dans ce domaine que ceux qui l’inspirent – les poètes grecs antiques – Wilde a souvent tendance à user de mièvrerie dans ses vers, malgré quelques fulgurances (le poème consacré à sa sœur décédée, Isola, est extrêmement touchant).

Pourtant, il signe avec The Ballad of Reading Gaol (La Ballade de la Geôle de Reading, 1897) un chef d’œuvre littéraire doublé d’un récit politiquement engagé. Condamné pour homosexualité et pédérastie* aux travaux forcés à la prison de Pentonville puis à Wandsworth avant de poursuivre sa peine à Reading, Wilde y fait la connaissance de Charles Thomas Wooldridge, un jeune officier envoyé à la pendaison pour avoir assassiné sa femme. Profondément ébranlé par cette exécution, Oscar Wilde, à sa sortie de prison, rédige un poème fleuve de plusieurs centaines de vers, véritable plaidoyer contre la peine de mort, qui offre des images saisissantes – celle de la chaux qui, la nuit, dévore les corps inertes des détenus et leur chair encore tendre – et une réflexion magistrale sur le sentiment de culpabilité. L’horreur et l’ennui y sont bercés ici par un refrain sublime :

Yet each man kills the thing he loves
By each let this be heard
Some do it with a bitter look
Some with a flattering word
The coward does it with a kiss
The brave man with a sword.

(Et tout homme pourtant tue la chose qu’il aime
Que tous entendent bien cela
Il en est qui le font d’un simple regard aigre
D’autres d’un mot de flatterie
Le lâche, pour le faire, utilise un baiser
Et le courageux, une épée – traduction : Bernard Pautrat)

Oscar Wilde photographié en 1882 par Napoleon Sarony.

Engagée, mais aussi irréprochable dans sa construction, La Ballade… offre en outre une véritable leçon de poésie (l’alternance entre octosyllabes et hexasyllabes est parfaite, tout comme le schéma rimique) rendant la traduction très difficile. Rien ne saurait égaler le texte original, dont voici un autre extrait en guise de conclusion, emblématique de son contenu et de l’infini talent d’un dandy révolté :

I know not whether laws be right
Or whether laws be wrong
All that we know who lie in jail
Is that the wall is strong
And that each day is like a year
A year whose days are long

(Je ne sais si la Loi a tort
Ou si la Loi est équitable ;
En prison on sait seulement
Que le mur est infranchissable ;
Que chaque jour est une année
Dont les jours sont interminables. – traduction : Jean Guiloineau)
* Oscar Wilde entretenait une relation passionnelle avec un très jeune homme, Lord Alfred Douglas. Le père de ce dernier traita publiquement Wilde de sodomite. L’écrivain décida alors de porter plainte pour diffamation mais la loi se retourna contre lui. Depuis sa cellule, il rédigea une longue lettre à Alfred Douglas dans laquelle il exprima sa rancœur. Elle fut publiée sous le titre De Profundis.

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